Elle n’a que 37 ans lorsqu’elle décède dans un accident d’auto.

 À 14 ans, le choc se traduit par une terrible catastrophe pour Jessica. Perdre sa mère s’avère tragique. D’autant plus que son père doit s’absenter la nuit à cause de son travail et qu’il y a les frères jumeaux qui ne doivent pas rester seuls, une règle qui prévaut en France. Elle en assumera la charge. Sa vie prendra une tangente différente.

 Conservatrice de nature, elle admet aujourd’hui qu’Olivier (Le Mener) l’a changée, il l’a aidée. « Je me suis trouvée, réactualisée. Ça devenait nécessaire. Les missives, on doit les écouter. »

 Jessica Lange possède une voix d’ange et le sourire qui l’accompagne.

 « La cousine d’Olivier, c’était ma meilleure amie ». Coup de foudre. « Son sourire m’a englobé. À 19 ans, je le voyais différent de toutes mes autres rencontres. »

 

Une belle petite famille.

 

La recherche de méditation la propulse maintenant vers les longues distances. Ce qui l’amène à parler de la dépression qu’elle a dû combattre, il y a à peine deux ans. « Jadis, je ne voulais pas, mais voilà un mot que je dois utiliser. Je l’assume. Un jour, j’ai rencontré une personne qui m’a conseillée de ne jamais parler de dépression, d’utiliser d’autres termes. Ce fut un élément déclencheur. Ça m’a révoltée. »

 Employée aux ressources humaines pour le gouvernement provincial, Jessica réalise qu’à l’époque, le métro-boulot-dodo l’a fait sombrer dans un marasme. « Lorsque nous nous sommes établis au Québec, je fus pris dans un tourbillon et j’ai craqué. Je ne conduis pas depuis le décès de ma mère. Je suis restée avec une peur incontrôlable, c’est vraiment par choix. »

 Sauf qu’on imagine que ce handicap suscite des inconvénients qui en bout de ligne, ont pesé lourd dans la balance. « Question logistique, ça ne fonctionnait plus. Nous avions décidé de dénicher un appartement au centre-ville de Québec afin de diminuer les déplacements. Je m’isolais de plus en plus et mes idées se noircissaient. Un dimanche soir, j’ai demandé à Olivier si je pouvais me rendre seule à l’appartement. Inquiet, il m’a demandé si je l’aimais encore. Je n’ai jamais été en mesure de lui répondre. Je réalisais que j’avais créé cette situation problématique et que j’étais en train de tout perdre. »

 

Les deux frères jumeaux de Jessica.

 

Suite à une visite chez le médecin, elle se retrouve en arrêt de travail pour une dépression. « Je me sentais dans le déni, je ne le croyais pas. Je venais de perdre toute l’estime de moi-même. Je m’éloignais de plus en plus de ma famille. »

 Sa prescription : Une marche de trente minutes à tous les jours. Elle trouve ça ridicule. Le lendemain, elle part et après dix minutes, impuissante, elle s’arrête en pleurs. Puis, elle découvrira la marche en forêt dans un parc aux abords de la maison à Pont Rouge. « J’adorais cet environnement, ça me changeait les idées. Je pouvais pleurer tant que je le voulais car seuls les arbres me regardaient. Voilà pourquoi présentement, j’abonde vers les longues distances, une question de méditation en pleine conscience. »

 Et son fameux projet, courir la distance de Québec à Halifax et de Paris à Chartres, un total de 1117km, du 20 mai au 16 juin prochain, prend son origine en août dernier, suite à un appel téléphonique de l’un de ses frères qui éprouve des ennuis avec sa santé mentale. Il se soigne mais il lui confie qu’il souhaiterait être heureux, de vivre une existence normale. Il ignore comment faire. Jessica est fortement ébranlée par ce témoignage et décide de se retrousser les manches.

 

Elle ne peut pas toujours courir !

 

Elle va créer la Fondation du grand défi car elle veut passer son message, de dire aux gens qu’ils doivent porter une attention particulière à leur santé mentale en faisant de l’exercice physique, peu importe via quelle discipline sportive.

 Déjà, en l’espace de deux semaines, les ambassadeurs s’entassent dans la porte. Ils veulent activer les personnes de leur entourage respectif.

 Son défi, Jessica le terminera chez son frère. Ce dernier ne semble avoir aucune idée de l’ampleur de cette démarche. Tout ce qui importe pour lui est de voir surgir sa sœur, son sourire, son aide, son support. Jessica se dit prête psychologiquement mais la grande question est l’aspect physique. Elle qui n’a jamais couru un marathon s’embarque dans une série d’un 42km par jour pendant 26 jours !

 

La course à pied occupe une grande partie de sa vie.

 

Toutefois, elle se surprend de constater qu’elle court présentement plus de 150km par semaine en entraînement. On s’entend pour dire qu’elle bénéficie des conseils du meilleur coach au monde, Olivier Le Mener, son mari ! Les trois enfants de Jessica regardent progresser leur mère et la prennent de plus en plus au sérieux. « En 26 jours de course à pied, je sais que je devrai rencontrer des imprévus. Je vais les gérer au fur et à mesure », précisant qu’Olivier la suivra tout au long du trajet en auto.

 Lorsque nous lui avons demandé pourquoi cette distance précise, elle n’avait aucune réponse sauf celle-ci : « Je ne sais pas, je ne parle pas en anglais ! »

 Heureuse, Jessica se sent en mission. « Le sport, c’est tellement puissant. Je ne dis pas que ça règle tous les problèmes mais de mon côté, j’y ai retrouvé un épanouissement et je ressens maintenant le besoin de me sentir utile dans le milieu où je vis. Il devient important de réaliser qu’il ne s’agit pas d’un défi personnel. Je le fais pour la cause et ma fondation, je veux qu’elle prenne de l’ampleur dans l’avenir car d’autres distances suivront lors des prochaines années. »

 

Quand les deux membres d'un même couple courent, ça donne de belles expériences.

 

Jessica espère amasser une somme de 50,000$ et la remettre entièrement à la Fondation Cerveau de Québec. Toutes les dépenses encourues par cette aventure seront absorbées par le couple. « Je ne fais que t’en parler et je ressens déjà toute la passion en moi », ajoute une Jessica émotive, qui perdait rarement le sourire durant l’entrevue.

 Suite à sa dépression, Jessica a décidé de se trouver trois personnes pour l’inspirer. Bien sûr, Olivier son mari, son précieux voisin Philippe Bélanger mais également un mentor, Florent Bouguin pour qui elle voue une admiration sans borne. « Je leur ai demandé : Et vous, que feriez-vous à ma place ? J’ai trouvé cette façon de faire très puissante et grâce à elle, j’ai réussi à vaincre »

 Elle invite les gens à commanditer chacun des kilomètres qu’elle devra courir au coût de 25$. Elle prendra une photo d’elle à chacun de ces kilomètres pour la remettre à ceux ou celles qui auront bien voulu faire un don.

 

Originaire de l’agglomération de Paris, elle voulait nous raconter cette anecdote savoureuse survenue quelque temps après son arrivée au Québec.

 Installé dans le vieux Québec, le couple recherchait un garage pour remiser leurs effets personnels. Un jour, elle aperçoit une pancarte qui dit : Vente de garage. Elle revient à la maison non sans avoir pris le numéro de téléphone sur l’affiche. Elle appelle et demande des renseignements sur le garage supposément à vendre. Le monsieur lui répond : Ce n’est pas mon garage qui est à vendre chère madame mais bien l’intérieur ! Jessica a compris quelques jours plus tard ce que signifiait au Québec une vente de garage !

 Je vous le confirme. Jessica Lange, une femme épanouie que l’on a intérêt à connaître. Vraiment, une belle personne.

 

Pour tous les renseignements : www.tetrotop.com