« Je ne pouvais contrôler mes émotions. Je portais différents masques et lorsque je revenais à la maison, je les enlevais, épuisés ».

 Maxime Fouquet livrait un témoignage tordu mais combien sincère sur son passé. Aujourd’hui, tout est derrière lui mais il ne peut oublier, il ne doit pas oublier. Une fois de plus, la course à pied s’est transformée en bouée de sauvetage pour cet athlète tellement sympathique.

 « Je n’échangerais pas ma pire journée aujourd’hui contre la meilleure quand je consommais », exprime le coureur de 41 ans. Pourtant, avec une telle philosophie présentement, on s’imagine mal qu’il ait pu sombrer dans les ténèbres.

 À 20 ans, il travaillait comme cuisinier au casino d’Ottawa. On lui a dit qu’il disposait du physique d’un marathonien. Il vivait intensément des problèmes de consommation et utilisait la course à pied pour garder son équilibre. « Dans les mois qui précédaient les marathons, je fuyais l’alcool et les drogues. Puis par la suite, je reprenais les mêmes habitudes. Cette façon de faire a duré huit ans ».

 

Un coureur exceptionnel sur bien des aspects.

 

Originaire de Québec, il effleure sa tentative de suicide à 29 ans. Il me tend son bras gauche pour me montrer une grande cicatrice. « Je la regarde parfois pour me ramener sur terre. Tu sais, dans ce temps-là, je n’aurais jamais été en mesure de te parler comme je le fais présentement. »

 À 30 ans, il suit une thérapie. Il diminue son rythme mais ne peut s’empêcher de traverser des rechutes. Quatre ans plus tard, il revient à Québec avec sa copine, Marianne Lancelot, une française d’origine qui oeuvrait pour l’ambassade de France à Ottawa. Né à l’Île d’Orléans, il réalise que son gite est dans la vieille capitale.

 « À mes yeux, la course à pied, c’est le sport le plus accessible qui existe. La vie est tellement simple sur terre, c’est l’être humain qui est compliqué. Je sais que je vis sur du temps emprunté et je dois l’apprécier. Mes parents, je m’en inspire. Ils ont tout essayé dans l’temps. Ils me disaient : Appelle-nous si tu as besoin d’aide car nous, on ne peut plus rien faire pour toi. » Ils voyaient le bon en moi alors que je ne  le réalisais même pas ».

 

Maxime doit respecter un certain équilibre dans la vie, ce qui lui permet de progresser.

 

Max a frôlé la mort à quelques reprises. On l’a déjà retrouvé dans un coma éthylique. Ses visites à l’hôpital se voulaient nombreuses. Le Maxime a vieilli depuis le temps.

 Il totalise actuellement 32 marathons. À 36 ans, il voulait explorer ce qui se déroulait après un 42km. Les ultras sont alors apparus dans son programme. « Je suis un extrême. On détient tous un côté « dark » dans la vie et pour courir des ultras, tu dois aimer souffrir. »

 Il a adoré.

 Se sont enchaînés le 100km de Millau dans le Sud de la France, un 100 milles en Angleterre, des 50 milles aux États-Unis et plusieurs autres distances au Québec. Il a déjà obtenu 2h48 à Boston et 1h17 sur un demi !

 

Il est sorti de la zone ombrageuse et il en est fier.

 

« Je suis cuisinier depuis 20 ans et je me demande si le stress provoqué par cet emploi ne m’aurait pas incité vers l’alcoolisme. La drogue, je ne disposais pas assez d’argent pour m’en procurer régulièrement. Je devais me contenter de quelques expériences. Voilà comment je me soignais. La course à pied équilibre ma vie aujourd’hui. On ne doit jamais abuser dans rien. »

 En voilà un autre qui trouve que les marathons représentent un plus grand défi que les ultras. « Pour un 42km, tu dois nécessairement accomplir tes devoirs qui te permettront de récolter des temps. Je ne veux pas dénigrer les deux mais je peux te dire que l’esprit de camaraderie est plus puissant en forêt. La cadence moins rapide provoque cet état d’esprit. »

 Pour lui, l’essentiel est de ne jamais arrêter. Il visionne ses projets. En août, il fera la grande traversée des Alpes avec Marianne, 630km, un dénivelé positif de 33,000 mètres sur 19 jours.

                                                      

Max s'apprête à relever de nombreux autres défis au cours des prochaines années.

 

Depuis trois ans, Maxime travaille dans le Grand Nord pour la mine Raglan. Là-bas, l’hiver dure huit mois et demie. « Je cuisinais dans un grand restaurant de Québec lorsqu’on est venu me proposer ce poste. Une bonne rémunération, de longs congés, des aspects qui m’attiraient. »

 Toutefois, la grande partie de son entraînement se déroule sur un tapis roulant à raison de 70km par semaine. « Je ne m’ennuie pas. La colonne du positif surplombe celle du négatif », explique celui qui prendra part à un 100 milles en Californie avec un 7,000 mètres de dénivelé positif en novembre prochain.

 Depuis cinq ans, il est dirigé par Joël Bourgeois, un ex-athlète olympique. « Je cours pour arrêter le temps, pour méditer. La vie, c’est un travail que l’on doit accomplir sur nous durant toute notre existence. On doit éviter de laisser entrer le négatif dans notre tête. J’ai décidé de ne plus avoir de regret dans ma vie », constate celui qui a réalisé un 100km en 22 heures dans les montagnes de l’Afrique du Sud l’an passé. « On se demandait justement ce qu’on faisait là ».

 

Dorénavant, le sourire et la joie de vivre représenteront des éléments importants dans sa vie.

 

L’an dernier, le couple a décidé de ne pas avoir d’enfant. « Ce fut une grande décision, aussi importante que celle d’en avoir. »

 Mes amis d’aujourd’hui représentent des sources d’inspiration. Les limites, c’est nous qui les fixons. Mon remède, c’est de parler, d’échanger. Ça prend un alcoolique pour comprendre un alcoolique. Je visite régulièrement les AA. Je ne me suis jamais péter les bretelles avec mes performances car je dois vous rappeler que je me suis déjà fait battre par une simple petite bouteille. »

 

Merci Max pour ce beau témoignage et bonne chance pour le futur.

 

Il y a cinq ans, le cancer de la peau s’en est même mêlé. Heureusement, il fut diagnostiqué à temps et tout semble être sous contrôle. « Tu sais « man », il n’y a rien d’acquis dans la vie ».

 La peur d’une rechute ? « Il faut une certaine crainte pour éviter de tomber dans le confort. Dans la vie, je peux tout faire, sauf boire. Oui, j’ai peur mais ça me permet de rester aux aguets. »