J’attendais devant la cafétéria du cégep. Des étudiants défilaient et discutaient de leur examen respectif. À les écouter, je décodais facilement qu’il s’agissait de mathématiques. Justement, j’allais rencontrer une enseignante en la matière.

 Jessica Bélisle incarne la joie de vivre. Une vraie turbine, activée par une dynamique exceptionnelle. Sourire fendu jusqu’aux oreilles, quel plaisir ai-je ressenti lors de cette entrevue.

 Née à Trois-Rivières, la transition vers Sherbrooke s’effectue graduellement ces jours-ci suite à une rencontre avec Ian Roberge l’an dernier, suivie du projet d’une maison ! « Oui, ça cliqué immédiatement entre nous et en plus, il m’a guidé dans le trail », souligne Jessica, rougissant quelque peu devant cette affirmation.

 

Des débuts tardifs en course à pied mais rapidement, elle y excelle.

 

Sans faire erreur, je peux vous certifier d’une chose. Jessica ne restera jamais dans l’embarras dans sa vie. Des horaires remplis jusqu’à rebord, heureusement, elle n’a besoin qu’une nuit réparatrice de six heures seulement pour se relancer. « Je suis devenue maître dans l’art d’organiser mon temps. » Jessica enseigne les mathématiques au cégep de Sorel-Tracy pour 20 à 25 heures-semaine, pendant qu’elle poursuit des études afin d’obtenir une maîtrise à l’université de Trois-Rivières dans cette matière. Elle trouve par surcroît le temps de dispenser des cours à des étudiants du secondaire ! Wow ! Et l’entraînement au travers le tout ! Incroyable. Ian ne doit pas la voir souvent !

 Steve Carpentier réfléchit pour elle, il lui donne un plan d’entraînement. Il la dirige habilement.

 Et la fête Jessica ? « Elle n’a vraiment jamais débuté pour moi. Ma vie sociale se retrouve dans le sport, c’est ce qui me fait progresser, me fait vibrer. Une fois que tu y es investi, tu ne veux plus en ressortir. Avant 24 ans, j’étais concentrée uniquement sur mes études. Peu sportive, j’obtenais d’excellents résultats académiques. »

 

Ian doit profiter pleinement des moments avec Jessica car ils sont précieux.

 

Radicalement, en 2015, tout bascule. Elle décide de traverser seule le Canada en vélo. « Je voulais voir les Rocheuses. Je n’ai jamais aimé faire comme tout l’monde », résume-t-elle. Ce n’était pas assez. En 2016, elle signe un périple identique…..mais à deux reprises !  Elle avouera que ces trois voyages l’auront outillée pour la balance de son existence. Car avant 25 ans, elle manquait de confiance en elle. « À force d’être en mode survie, ça modifie notre perception, notre comportement. »

 Elle intègre la course à pied à 23 ans, elle qui n’avait jamais dépassé la distance du demi avant l’an dernier. « Je gérais mal mon énergie car souvent, il m’en restait encore après 21km. » Un triathlon lui titille l’esprit. « Je voulais un nouveau défi. En vélo, je tournais en rond. » Comme initiation, pourquoi pas le Canada Man, l’Ironman de Mégantic qu’elle signe l’an dernier avec haute distinction, obtenant un 1er rang dans sa catégorie d’âge, 4e femme et 31e au général. Et dire qu’elle y participait dans l’unique but de le terminer !

 « Là, j’ai vraiment eu la piqûre »

 

Le trail, certes ce qu'elle adore le plus.

 

Suivra l’ironman de Tremblant où elle récolte une 2e position. « J’adore les compétitions. C’est là où je réfléchis le plus. Tu pars avec un problème et tu termines avec une solution. »

 On se doute forcément que 2019 risque d’être intéressant. Assurément, l’aller-retour Paris-Brest, 1200km où elle est inscrite pour un temps de 80 heures, représente le point culminant. En primeur, elle nous annonçait sa présence au Tri-Memphré en juillet, sans oublier l’ultra trail Gaspésia 100, Trans-Percé, les 14, 15 et 16 juin pour du même coup, célébrer ses 30 ans le 16 juin !

 En janvier dernier, Jessica a subi une opération pour lui retirer un kyste de Baker derrière le genou gauche. Il est déjà réapparu ! Elle endure, pour le moment. Rigoureuse, assidue, dotée d’une énorme capacité d’adaptation, elle affirme que son sérieux de jadis lui sert énormément aujourd’hui. D’une personnalité dynamique et agréable, elle doit surveiller ses abus car souvent, elle désire trop en faire et croit qu’elle sait tout.

 

Comme un poisson dans l'eau !

 

Longtemps, son frère Francis, 27 ans, a porté le titre de l’athlète de la famille. Il excellait en patinage de vitesse et au soccer. « Il fut un exemple que je ne pouvais égaler ni surpasser. J’étais dans son ombre. Aujourd’hui, je sais qu’il est fier de me voir performer. »

 On s’entend pour dire que Jessica n’a pas encore atteint le summum. « Je suis vraiment tombée des nues ! Même si souvent, on constate que ce n’est pas le bon moment pour partir à l’aventure, il faut foncer, aller de l’avant. » Alors, l’occasion devenait rêvée pour moi de lui glisser un mot sur le marathon de Boston. Il serait intéressant de voir ce qu’elle pourrait y offrir comme performance. « Je ne suis pas encore assez expérimentée en course à pied », m’a-t-elle répondu. Toutefois, je l’ai vu inscrire une note au stylo sur la paume de sa main ! À suivre.

 

Avec ses expériences personnelles vécues, on doit conclure que le vélo constitue sa qualité première lors d'un triathlon. Tour du Québec en 10 jours et 2875km sur un vélo stationnaire,  heureusement que l'océan nous sépare de l'Europe !

 

Toujours à la recherche de commanditaires, elle m’a confié qu’elle s'affairait à trouver une maison d’édition afin de publier un roman basé sur sa vie trépidante. L’ouvrage est venu à un cheveu d’aboutir car en Europe, elle m’avouait qu’on la connaît davantage et qu’un éditeur s’était montré intéressé. Le projet n’a finalement jamais vu le jour.

 Après une heure d’entrevue, il fallait bien passer au chapitre suivant pour Jessica. Quand même chanceux de pouvoir converser avec une telle athlète durant tout ce temps.

J'ai trouvé cette citation sur sa page Facebook qui résume admirablement bien l'attitude qu'elle prône à partir du moment qu'elle se lève le matin: Quand je suis allée à l'école, ils m'ont demandé ce que je voulais être quand je serai grande. J'ai répondu, heureuse. Ils m'ont dit que je n'avais pas compris le sens de la question, j'ai répondu qu'ils n'avaient pas compris la vie. -John Lennon

Jessica Bélisle, une perle, je vous le dis.

 

 

PS : Jessica donnera une conférence au Salon de la course à pied et du triathlon samedi 9 mars à midi au Palais des Congrès. Et vous calculerez le temps qu'elle sourit, c'est incroyable.