Avez-vous dit étoile filante?

En 1973, les Alouettes ont joué de chance.  Ils ont recruté le demi offensif John Harvey, après qu’il eut été rejeté par Winnipeg et la Saskatchewan.  Celui-ci jouait auparavant au Tyler Junior College, au Texas.  (Les "Junior Colleges" n’ont pas le statut d’université et ne décernent pas de baccalauréats.)  Harvey est donc passé sous les radars de plusieurs et joua pour un salaire à peine plus que le salaire minimum de la ligue.

Harvey ne tarda pas à s’illustrer.  Au sein d’une équipe moyenne (fiche de 7-6-1), il accumula 1024 verges au sol, pour une incroyable moyenne de 7,5.  Il capta aussi 32 passes (pour 377 verges), en plus de marquer 3 touchés.

Sa performance impressionna suffisamment pour lui valoir le titre de joueur le plus utile à son équipe dans la division est.  (Étonnamment, il ne remporta pas le titre de recrue de l’année.  C’est plutôt son coéquipier Johnny Rodgers qui remporta la palme.)  Il fut également nommé au sein de l’équipe d’étoiles de la ligue.  La NFL lui porta également de l’attention, puisqu’il fut repêché au 7e tour (158e au total) par les Rams de Los Angeles.

Par contre, se préparait au sud de la frontière le lancement d’une ligue qui désirait concurrencer la NFL, la World Football League (WFL).  Pour attirer des joueurs de calibre, la nouvelle ligue offrit des salaires supérieurs et Harvey ne put résister à l’offre de 55 000$ qu’il reçut des Southmen de Memphis.  Harvey ne passa donc qu’une seule saison à Montréal.

Harvey eut une bonne saison au Tennessee, avec 945 verges au sol, 21 passes pour 275 verges par la voie des airs, 5 touchés, en plus de lancer 3 passes (dont une pour un touché).  Les Southmen terminèrent l’année avec une fiche de 17-3 dans une ligue qui s’est par contre avérée très instable financièrement.

La saison 1975 de la WFL débuta avec 11 équipes (une de moins que l’année précédente et plusieurs autres qui prirent la place d’équipes en faillite).  Non seulement les Southmen faisaient partie des survivants mais en plus, ils tentèrent un grand coup.  Ils offrirent un pont d’or à trois joueurs des Dolphins de Miami, les champions du Super Bowl, pour les signer.  C’est ainsi que Larry Csonka, Jim Kiick et Paul Warfield se retrouvèrent dans l’uniforme des Southmen.  Csonka et Kiick étaient des amis de longue date et étaient reconnus pour leur habitude de faire la fête.  Csonka signa un contrat de 1,4 million pour 3 ans, une somme énorme selon les normes de l’époque, ce qui incita Harvey à maugréer et demander une augmentation.

Comme les vedettes Csonka et Kiick jouaient également dans le champ arrière, le temps de jeu de Harvey s’en trouva grandement diminué.  Il faut dire que le fait d’avoir été impliqué dans une histoire de trafic de drogue n’a sûrement pas aidé…  Il n’accumula que 137 verges au sol et 107 par la passe en 11 matchs.  Par contre, l’instabilité financière finit par avoir raison de la WFL, qui ferma les livres avant même la fin de la saison.

En 1976, les trois ex-joueurs de la NFL y retournèrent, mais pas avec les Dolphins.  Ils prirent chacun des chemins séparés.  Quant à Harvey, il retourna dans la LCF, mais avec les Argonauts de Toronto.  En 10 matchs, il fut plus utilisé pour capter des passes (458 verges, 5 touchés) que pour courir (68 verges).

En 1977, après avoir raté des entraînements et affiché son habituelle attitude désagréable, Harvey finit par exaspérer les Argos et fut libéré.  Il joua un dernier match avec Hamilton avant de clore sa carrière de footballeur, qui s’était annoncée pourtant si prometteuse à peine cinq ans plus tôt. 

Sources : ″Cahill, Rams draft Harvey but Larks’ offer looks best″ de Ian MacDonald, 6 février 1974, Montreal Gazette, p.35, ″WFL’s job simple: finish season and stay solvent″ de John Crittenden, 30 juin 1975, The Miami News, p.1C, ″Ex-Lark Harvey demands $100,000 from Memphis″ 3 juillet 1975, Montreal Gazette, p.39, ″Absence of Orr from WHA puts stress on Howe return″ de Brodie Snyder, 17 septembre 1975, Montreal Gazette, p.15, ″Argos fed up with Harvey″, Canadian Press, 10 juin 1977, The Ottawa Citizen, p.14, cflapedia.com, wikipedia.org.