Note- L’auteur a écrit le texte suivant plusieurs heures avant que Tom Brady ne démentisse lui-même les rumeurs alléguées par le columnist Gary Myers. Cela dit, l’ensemble du texte est écrit au conditionnel, afin de questionner le caractère véridique des informations rapportées par la source anonyme de Myers. De plus, il n’est pas impossible que certains éléments de la rumeur soient fondés.

Le réputé columnist Gary Myers, auteur du livre Brady vs Manning : the Untold Story of the Rivalry that Transformed the NFL, est allé d’une déclaration plus que surprenante aujourd’hui. Selon les informations d’une source anonyme bien ancrée dans le giron des Patriots, la relation entre Tom Brady et le coordonnateur offensif Josh McDaniels s’est détériorée au point où les deux hommes n’arrivaient plus à travailler dans l’harmonie. La raison de cette mésentente serait le refus obstiné de McDaniels d’intégrer davantage Brady dans les décisions prises durant les matchs.

Évidemment, cette rumeur nous rappelle la célèbre dispute entre Brady et McDaniels dans un match opposant les Patriots aux Bills en 2017. La scène avait été captée en direct par les caméras de CBS. Cela est venu alimenter d’autres rumeurs de dissension au sein de l’organisation des Patriots.  Le journaliste d’ESPN Seth Wickersham venait de publier un article de fond qui relatait l’existence d’une discorde profonde entre Bill Belichick et le propriétaire Robert Kraft, concernant le quart-arrière Jimmy Garoppolo et l’avenir des Patriots à la position de quart-arrière. Beaucoup d’eau a coulé sous les ponts depuis, mais nous savons maintenant que bien des allégations de l’article de Wickersham étaient fondées. Belichick souhaitait échanger Brady et poursuivre avec Garoppolo, Robert Kraft s’est ingéré pour empêcher l’irréparable. Quelques jours plus tard, Garoppolo prenait le chemin de San Francisco en retour d’un choix de deuxième ronde.

Tout cela pour dire que Brady fut à fleur de peau après la parution de cet article qui révélait au grand jour les tensions destructrices qui rongeaient la bonne entente entre les piliers de la plus grande dynastie de l’histoire du sport professionnel. Après le scandale du Deflategate et la suspension de Brady, s’ajoutait une autre controverse qui accompagnerait l’équipe jusqu’à sa participation au Super Bowl 52 face aux Eagles de Philadelphie. De plus, une autre décision contestée fut prise par Belichick lors de la rencontre, celle de garder Malcolm Butler (le héros improbable du Super Bowl 49) sur le banc, alors que les cornerbacks des Patriots étaient incapables de neutraliser les receveurs des Eagles.

Après avoir battu son record de l’année précédente en cumulant 503 verges par voie aérienne, Tom Brady fut malheureusement incapable d’accomplir une dernière drive miracle pour conduire les Patriots à la conquête de leur sixième Super Bowl. Les thuriféraires de la dynastie des Patriots s’en donnaient à cœur joie : le règne de Belichick et Brady sur le reste de la NFL était enfin terminé, Robert Kraft aurait dû se rallier à Belichick et choisir Jimmy Garoppolo. Comble du malheur : le coordonnateur offensif Josh McDaniels deviendrait l’entraîneur-chef des Colts d’Indianapolis d’ici les prochains jours. Matt Patricia, le coordonnateur défensif, deviendrait quant à lui l’entraîneur-chef des Lions de Détroit. Le navire des Patriots semblait en plein naufrage.

Or, à la dernière minute, Robert Kraft et Josh McDaniels ont organisé une rencontre dans les bureaux du Gillette Stadium pour convaincre McDaniels de renoncer à sa nouvelle fonction avec les Colts. Toutefois, ce dernier venait  leur donner sa parole. Personne ne connaît les détails exacts de l’entente, mais Kraft et Belichick sont parvenus à convaincre McDaniels de demeurer en Nouvelle-Angleterre. À l’époque, Tom Brady semblait pourtant ravi de ce revirement de situation. Tout n’était pas perdu. Au moins, son plus grand complice (du moins, c’est ce que l’on croyait) serait encore dans les parages. Pour faire une histoire courte : une saison en dents de scie couronna finalement les Patriots à titre de champions du Super Bowl pour une sixième fois. Le royaume des Patriots était de nouveau couvert de gloire et d’encensements. Brady soulevait son 6e trophée Lombardi devant 1 million de personnes réunies dans les rues de Boston. On ne parlait plus des anciennes querelles chez les Patriots. Lors de la remise des bagues du Super Bowl à la résidence de Robert Kraft, Bill Belichick salua même la décision de McDaniels devant toute l’équipe : «Josh, I’ m glad you didn't go to Indianapolis.»

Le coup de grâce viendrait plutôt en 2019. Après un début de saison carabiné, les Patriots présentaient une fiche de 8-0 quand ils ont affronté les Ravens de Baltimore et le prétendant au titre du Joueur le plus utile, Lamar Jackson. Il s’agissait du premier défi de taille pour les Patriots, surtout pour la défensive alors considérée comme la meilleure de la NFL qui jusque-là n’avait affronté que des quarts-arrière réservistes. Au final, les Pats n’ont jamais été dans le coup, leur défensive manquait clairement de rapidité pour contrer la force explosive du quart-arrière hybride des Ravens. Au-delà de la réputation surfaite de la défensive des Patriots, le noyau de receveurs étriqué à la disposition de Tom Brady se révélait comme la lacune principale de l’équipe.

On observerait une situation semblable quelques semaines plus tard, quand les Patriots se rendirent à Houston pour y affronter les Texans et Deshaun Watson. Encore une fois, la tâche de travail fut trop grande pour la défensive des Patriots. Les problèmes de communication entre les receveurs et Tom Brady se manifestaient en plein Sunday Night Football, alors qu’on voyait TB12 fracasser son casque à maintes reprises sur les lignes de côté, une scène qui se reproduira régulièrement au cours de la saison. Pourtant, aucun signe de discorde entre McDaniels et Brady, du moins en public.

Lors du dernier match du calendrier, les Patriots affrontaient les misérables Dolphins de Miami à domicile. Une victoire permettrait aux Pats de s’assurer le deuxième rang de la Conférence Américaine (AFC), l’avantage du terrain pour la ronde de division et une semaine de congé durant la ronde du Wild Card. Ce qui devait s’avérer une simple formalité se transforma en l’une des pires défaites de l’ère Belichick-Brady. Ryan Fitzpatrick découpa la défensive des Patriots en morceaux, particulièrement Stephone Gilmore qui fut tout simplement incapable de contrer DeVante Parker tout au long de la rencontre. Prochaine étape : une première participation à la ronde du Wild Card en dix ans pour les Pats.

La performance des Patriots face aux Titans en ronde du Wild Card fut à l’image de leur saison. La défensive fut constamment percé par Derrick Henry et le quart-arrière Ryan Tannehill distribua le ballon à sa guise. De son côté, Tom Brady fut incapable d’installer une quelconque cohésion avec ses receveurs de passe. Les deux recrues N’Keal Harry et Jakobi Myers semblaient constamment désorientés dans la trajectoire de leurs tracés. Julian Edelman, constamment couvert en double par les Titans (la tactique utilisée tout au long de l’année par les défensives adverses pour neutraliser la seule cible fiable de Brady) fut réduit à l’impuissance.

Une ambiance de dernière fois régnait dans le Gillette Stadium. Une énorme banderole «PLEASE STAY, TOMMY»  fut accrochée à une clôture par des partisans réunis dans la End Zone près du tableau indicateur et des bannières de championnats. On entendait la foule scander «Brady! Brady! Brady!» chaque fois que le quart-arrière se dirigeait vers le terrain pour une nouvelle séquence offensive. Plus le match avançait, plus celui-ci prenait l’apparence d’une procession funèbre. Et pour empirer les choses, la dernière passe de Tom Brady avec les Patriots fut un Pick-6 directement envoyé dans les mains de son ancien coéquipier Logan Ryan. Comme après chaque défaite, après avoir salué brièvement ses adversaires, Brady se dirigea en coup de vent vers le vestiaire des Patriots, serrant les mains de quelques partisans au passage. Durant l’habituelle conférence de presse d’après-match, les mêmes questions circulaient sur les lèvres des journalistes :«Tom, avons-nous assisté au dernier match de ta carrière?», «Tom, reviendras-tu avec les Patriots la saison prochaine?».

Avec quelques mois de recul, nous savons désormais que Tom Brady connaissait déjà la réponse inavouable : son temps avec les Patriots était bel et bien terminé. Alors que l’explication générale pour le départ de Brady pointait vers l'impossiblité de travailler avec Belichick plus longtemps et au manque cruel de munitions offensives chez les Patriots, Gary Myers affirme que Brady aurait reproché à McDaniels de ne pas ajuster suffisamment son livre de jeux en fonction de l’inexpérience des recrues N’Keal Harry et Jakobi Meyers. Les solutions proposées par Brady furent supposément jugées irrecevables par le coordonnateur offensif des Patriots. Leur relation qui, en apparence, ressemblait à un partenariat à parts égales n’en était plus une. Cela faisait-il partie des arguments de négociations entre Robert Kraft et Bill Belichick pour convaincre McDaniels de prolonger son séjour avec les Patriots, c’est-à-dire un contrôle absolu du système offensif ?

Si tout cela s’avère véridique, le départ de Tom Brady coïncide avec une perte d’autorité dans l’élaboration et l’exécution du plan de match offensif des Patriots. Encore une fois, si les rumeurs alléguées par Gary Myers sont fondées, tout porte à croire que les rencontres entre Bill Belichick et Tom Brady pour échanger au sujet de schémas offensifs (comme celle du Football Life consacré à Belichick en 2009, où les deux hommes discutent de certains tracés impliquant Randy Moss, afin de neutraliser Ed Reed) étaient de plus en plus rares entre les murs du Gillette Stadium.