"Bof ! Je suis tanné de parler de mon passé ", m’a dit JF Duquette, dès le début de notre échange dans un petit café italien de Saint-Léonard.

 Alors, effleurons-le, ne serait-ce que pour bien comprendre la suite de l’entrevue. Ex-toxicomane, victime d’un cancer du testicule en 2010, il a déjà fumé un paquet de cigarettes par jour. Vous vous imaginez le profil ?

 Je le regardais, je l’écoutais et j’essayais de me l’imaginer dans un tel déguisement. Preuve que le changement d’attitude fut radical. Il affiche présentement une personnalité qui ne laisse présager en aucun temps un tel vécu. Voilà qui se veut tout en son honneur. Pour y parvenir, on imagine les obstacles qu’il a dû traverser.

 Source: Guillaume Milette, photographe

Sauter dans de nouveaux projets, voilà la nouvelle façon de vivre pour JF.

 

« Avant de venir te voir, ma femme m’a confié qu’elle était un peu fatiguée de lire sur cet aspect. » Alors, chère dame, j’ai obéi aux recommandations de votre mari !

 Âgé de 36 ans, il a rencontré Stéphanie Pelletier en 2011, une cousine de l’un de ses amis. Depuis, trois enfants sont nés de cette belle union, Maëva, 5 ans, Shawn, 3 ans et la toute dernière, Aimy, 11 mois. Lors de notre conversation, il arrivait tout juste d’un périple de neuf mois au Mexique avec les membres de sa petite famille, histoire de concrétiser un rêve et de vivre quelque chose de différent, apprendre à connaître ses enfants et arriver à créer du solide.

 Employé à la station de ski Tremblant, il se retrouve en sabbatique. L’année 2012 souligne son incursion sur la scène de la course à pied. Il traversera le marathon, les triathlons, un ironman en 2016 pour aboutir sur les sentiers avec des objectifs d’ultras à court et à moyen terme. Il adore tellement se retrouver dans la nature qu’il hésite à revenir sur le bitume.

 Source: Guillaume Milette, photographe

Sur les sentiers, il n'a pas le choix d'utiliser ses souliers !

 

Au Mexique, il raconte avoir couru un 50km, pieds nus. « La course dans sa plus simple expression ce qui lui permet de vraiment connecter avec les éléments de la nature. Ma foulée est devenue meilleure. Cette technique m’a propulsé vers l’avenir, elle m’a fourni le goût de continuer, ça m’a redonné de la motivation.»

 En 2016, il décide de créer Soul Peaks, un mouvement qui aura trois ans en juillet. « J’ai voulu former une communauté de gens axés sur le plein air, une nouvelle ligne de pensée qui se rapproche de la nature. C’est un rêve de ti-cul de pouvoir endosser un jour son propre linge, sa propre création. Oui, je rêve mais ce qui prime avant tout est de parvenir à les concrétiser. »

 JF en a fait du chemin depuis son changement d’attitude. Vivre avec une femme à la tête d’une franchise de produits naturels et vegan, il doit nécessairement s’adapter. Pour l’alimentation, il s’y plie graduellement. « Tous les deux, je pense que nous sommes rendus ailleurs suite à cet éveil spirituel. J’écoute mon âme, mon cœur », indiquant que la nourriture d’aujourd’hui devient de plus en plus inquiétante et que la conscientisation incite à la prudence.

 

Une belle petite famille qui a tout changé dans sa vie.

 

Le 8 juillet dernier, il s’est retrouvé à la tête de son club de trail Soul Peaks dans les Laurentides. Il visait une dizaine d’adeptes pour briser la glace. Déjà encadreur pour la boutique Salomon, son bagage et sa flamme d’entrepreneur l’incitent à exploiter son rôle de leader.

 Il vient de vendre sa maison de Tremblant pour une nouvelle à Amherst, dans la forêt, près d’un lac, aux abords de la nature. « Stéphanie voulait un poêle à bois. Elle l’aura », de dire JF avec le sourire.

 Ambassadeur du demi-marathon de Tremblant au cours des dernières années, il projette de courir la Pandora 24 et le 120km de l’Harricana, précisant qu’il ne s’occupe plus de la vitesse, se concentrant principalement d’apprécier le moment présent.

 Source: Guillaume Milette, photographe

Heureux comme un pinson !

 

« Je me considère comme un guerrier. Cette prise de conscience m’a fait découvrir ma famille d’âme. Lorsque je me retrouve dans ma zone de confort, je suis en mesure d’encaisser, capable d’en prendre. Je suis un être excessif et depuis longtemps.»

 Il a résidé 5 ans à Whistler en Colombie Britannique et vécu un an en Nouvelle-Zélande. « Mon père Richard courait des marathons durant les années 80 avec sa grosse moustache ! Il fut une inspiration. Je viens de l’initier au trail qu’il découvre favorablement. »

 Excentrique, il tentera l’expérience pour la première fois de courir un marathon pieds nus alors qu’il s’est inscrit pour celui de Montréal le 22 septembre prochain.

 Source: Guillaume Milette, photographe

On sent que depuis qu’il a pris le temps de stabiliser sa vie, il réalise ses capacités. Il comprend qu’il parvient à s’adapter, en mesure de fracasser les barrières. D’ici dix ans, d’autres péripéties auront marqué son existence. Il en va de son bonheur.