Depuis l’instant où le comédien Mario Saint-Amand m’avait fait réaliser que je m’approchais d’un 100e marathon, je suis parti en mission.

 Hanté par la peur de subir une tuile tombée de nulle part, je portais un lourd fardeau sur mes épaules.

 Voilà pourquoi les 42km se sont succédé à un rythme exagéré au cours des dernières années. Neuf en 2017, douze en 2018 et sept en 2019 avec celui de la concrétisation, c’est trop pour ce que le corps humain peut endurer et j’en étais réellement conscient.

 Le matin du 100e, de nature anxieuse, j’arrivais péniblement à me contenir. À vrai dire, durant les jours qui ont précédé le marathon, j’étais absent, parti dans un autre monde. Mon comportement inhabituel a quelque peu perturbé la régularité et la tranquillité de ma vie.

 Source: Philippe Lapointe

Conscient que j’allais le courir avec mon ami Maxim (Martin), je l’ai avisé quelques minutes avant de partir. Je ne voulais pas qu’il m’abandonne, je lui ai expliqué que j’allais avoir besoin de sa présence, qu’elle devenait indispensable afin que je puisse vivre pleinement cette expérience.

 Je savais que les souvenirs allaient remonter en surface et malheureusement, j’arrive difficilement à me contrôler lors de ces moments. Après quelques kilomètres, je sentais que cet aspect s’intégrerait rapidement dans ma tête car déjà, la gorge nouée, je respirais péniblement.

 Tout au long du parcours, Maxim a perçu ces moments d’angoisse, de nervosité. À maintes reprises, il a su habilement intervenir. Je n’ai cessé de le remercier pour sa présence et lui rappeler que si la providence ne l’avait pas installé à mes côtés lors de cette journée, la vibration des sensations aurait sûrement été moindre.

 

Le souper de la veille du marathon avec ma compagne Pasquale, les membres de ma famille, des amis, Maxim et sa fille Lyvia.

 

Il devait me rappeler de vivre le moment, d’apprécier chaque kilomètre que je traversais un passage unique dans ma vie, qui en quelque sorte, marquait l’histoire de la course à pied au Québec mais principalement la mienne. Je revivais mes nombreux périples, mes départs, mes parcours et je n’arrivais pas à me convaincre que j’en étais rendu là. Les pensées envers mes parents décédés, les membres de ma famille, mes amis ajoutaient une sensation incroyable.

 Dans l’ensemble, je me sentais bien. Toutefois, lorsque je suis entré dans le bloc des cinq derniers kilomètres, il s’est passé quelque chose de magique et d’inexplicable. J’ai soudainement compris et réalisé vraiment que j’allais peut-être terminer le dernier moment le plus extraordinaire de mon existence. Qu’il deviendrait difficile de traverser éventuellement une période aussi perturbante et intense que celle-là.

 Source: Mathieu Bélanger

 Tout au long du parcours, Maxim fut d'une aide indispensable, une sorte d'ange gardien pour moi.

 

À quelques reprises, j’ai demandé à Maxim de prendre des pauses de quelques secondes, simplement pour stabiliser ma respiration et éviter ainsi des serrements extrêmes dans ma gorge. Lors des deux derniers kilomètres, j’ai pénétré dans une sorte de gros nuage moelleux où je ressentais de l’amour qui provenait de tous les sens.

 Je me suis alors dis que la vie avait été bonne pour moi, que je me devais de l’apprécier au plus haut point et d’en profiter au maximum.

 Lorsque j’ai vu arriver mon ami Stéphane Lacroix en compagnie de sa fille Léanne qui tenaient une banderole sur laquelle on pouvait lire : Daniel Lequin, 100e marathon, j’ai perdu le contrôle et je me suis laissé aller. L’annonceur-maison qui relatait mon arrivée, les cris des nombreux spectateurs, un sentiment de fierté est venu m’envahir pour couronner cet accomplissement.

 

Ma fille Carole-Anne, très heureuse de mon accomplissement tout comme mon autre fille Marie-Ève et mon fils Philippe.

 

Je suis tombé dans les bras de Maxim pour le remercier de tout le travail qu’il avait réalisé pendant le marathon, que je lui devais une fière chandelle pour cette contribution qui a réellement fait une grande différence. En un mot, il aura joué le rôle d’un ange gardien.

 Merci à ceux et celles qui m’ont appuyé, merci pour votre présence, vos encouragements et votre soutien tout au long de ce 42km. J’ai pu ressentir votre amour, ce qui m’a fait grand bien.

 J’ai écris ce texte avec toute cette fébrilité à fleur de peau et vous comprendrez que je me retrouverai sur ce beau nuage pour encore plusieurs jours.

 

 STATISTIQUES DE MON 100e MARATHON

 

Temps : 4h23 :59

Classement : 743 sur 1128

Catégorie d’âge : 10 sur 17