Il attendait sa compagne qui subissait des soins pour la sclérose en plaques. Une entrevue émotive en compagnie d’Yvan Boisvert, l’instigateur du premier club de marche au Québec : 150 pas/ minute.

 Son commentaire à l’une de mes publications avait attiré mon attention. « Sans crainte et sans pudeur, l’arrogance m’habitait par le passé. Claques professionnelles, pertes précieuses d’amitié, ma conjointe me l’a fait réaliser. Depuis, je peux affirmer que l’humilité a bien meilleur goût. S’il existe un sport où on ne s’est jamais, c’est bien la course à pied car chaque kilomètre se veut différent. »

 Natif de Lawrenceville, petite municipalité située tout près de Valcourt, celui qui aura 60 ans prochainement, valait le déplacement. Maniaque de sports durant sa jeunesse, il se débrouillait habilement, peu importe la discipline. « Par contre, je courais telle une autruche ! En 1976, j’ai raté mon travail car je voulais voir entrer Marcel Jobin dans le stade Olympique. Je me suis dit qu’un jour, j’allais l’imiter. »

 

Yvan souhaiterait que les marcheurs soient reconnus à leur juste valeur lors des événements de course à pied.

 

Il y a 10 ans, ce souvenir a refait surface. Lentement, il a débuté, incognito. En 2013, un collègue de travail lui a demandé pourquoi il ne s’inscrivait pas à des compétitions. « J’ai alors vu la lumière au bout du tunnel. » En juillet 2014, il rencontre Yvan Béchard pour obtenir des conseils. Depuis, Bob Bonenberg le dirige en lui enseignant l’ABC de la marche athlétique.

 Il trouve injuste que ce sport ne soit pas respecté convenablement par les organisations de course à pied. « Les marcheurs sont moins connus que les Martiens ! Ça m’insultait de voir que les organisateurs acceptaient les marcheurs simplement pour le tarif d’inscription. Je devais partir en mission pour bénéficier du respect qui nous revenait. » Avril 2018, il a fondé le club de marche, 150 pas/ minute, prônant sur le logo, les silhouettes de Marcel Jobin et de Gaby Locas, des icônes dans ce milieu.

 Michel Lacoste, Annie Tougas et sa conjointe, Barbara Bouchard dirigent cet organisme dont les profits reviennent à la sclérose en plaques. On se doute bien que cette dernière décision s’avérait non négociable dans les circonstances pour créer ce projet. Actuellement, on retrouve 17 membres et 150 sympathisants. On désire former un club satellite à Québec, ce qui, on l’espère, pourrait occasionner des petits à travers la province. On tentera également d’obtenir un partenariat avec l’Académie Marcel Jobin, deux réalisations qui devraient être annoncées cet automne.

 

Marcel Jobin, Yvan Béchard et Michel Parent représentent des personnages importants aux yeux d'Yvan dans le monde de la marche au Québec.

 

« Je dois féliciter Éric Fleury qui a le courage d’instituer des départs pour les marcheurs lors de ses courses. Il a compris notre importance. Nous allons cabaler pour lui. Il ne faut  pas perdre de vue que les marcheurs doivent être jugés à tous les 100 mètres et que forcément, leurs parcours sont composés de boucles, des éléments qui ajoutent de la difficulté. »

 Aux yeux d’Yvan, les performances en marche sont démentielles. Il considère que les gens ne prennent pas la peine de s’y arrêter. « En compagnie de Michel Parent, nous tentons de démocratiser la marche. Je désire fournir la plus grande qualité à la vingtaine de marcheurs, hommes et femmes au Québec. Je pense que les femmes réalisent davantage les bienfaits et l’explication se trouve sûrement dans l’ADN d’une maman », explique ce gérant de territoire pour un grossiste manufacturier dans le domaine industriel, SCN et père de deux filles, Emmanuelle, 23 ans et Carole-Anne, 26 ans.

 Puis, c’est à ce moment que nous sommes entrés dans le vif du sujet. Pourquoi avait-il émis ce fameux commentaire dont je parlais au début de ce texte ?  Pour la première fois de sa vie, il divulguait un grand secret. « Tu sais Daniel, l’arrogance, c’est le bouclier d’une absence de confiance. Durant mon adolescence, j’ai du traverser une période excessivement dramatique. J’ai connu l’inceste de 12 à 18 ans et je me sentais coupable, je ne voulais pas que les gens sachent. Alors, je suis devenu arrogant, émettant des propos sans aucune réflexion. Jusqu’à ce que je rencontre ma conjointe actuelle qui a fait un homme de moi, le 27 octobre 1999, pendant un voyage d’affaires », raconte Yvan, avec beaucoup d’émotion.

 

Yvan a dû traverser une période difficile dans sa vie.

 

Il considère avoir dérobé la plus belle noire aux yeux bleus du Lac Saint-Jean ! « J’étais marié à l’époque et hyper malheureux. Une trentaine de jours après cette rencontre, je laissais ma première femme. Travailleuse sociale, Barbara  m’a expliqué qu’il fallait que je prenne le temps d’écouter les gens. Rapidement, mon opinion a changé. »

 Yvan explique que durant son adolescence, il n’a reçu aucun appui de sa famille. « Heureusement, le sport m’a permis de conserver une estime de moi-même. J’ai pu m’éclater, me défouler dans la pratique de plusieurs sports. »

 Quoi de mieux pour alléger l’entretien que de revenir sur la marche ! Yvan voulait parler de la contribution de Jean-Yves Cloutier et des Vainqueurs avec la publication du livre Marcher au bon rythme ainsi que l’embauche de Jocelyn Ruest comme instructeur. « Un jour, Jean-Yves m’a dit d’éviter les personnes qui ne croyaient pas à cette discipline, qu’il fallait que je m’en occupe sérieusement, sinon, il devenait préférable que je me dirige vers le tricot ! Je pense bien humblement que nous avons comblé une facette qui n’existait pas jadis. »

 

Les marcheurs demandent juste la considération qui leur revient lors des événements de course à pied.

 

En 2016, Yvan a conclu le marathon de Montréal en 5h48, dépassant même des coureurs dans le dernier droit ! Il participera aux demis de Montréal et Rimouski cette année. Il a finalement rencontré Marcel Jobin, son idole. Nerveux, il tremblait comme une feuille. Il lui est impossible de le tutoyer. »

 Il parle d’un espoir en marche olympique, Mélissa Labrie, une ex-coureuse. « On pense qu’elle possède le potentiel pour s’illustrer sur la scène provinciale et nationale. »

 Pour conclure, il m’a mentionné le nom de la marcheuse Simone Poulin. « Je l’ai accompagnée l’an dernier à Québec et je vais te dire sincèrement, je n’ai jamais connu un « trip » sportif comme celui-là », et Dieu sait qu’Yvan a dû en traverser des moments de satisfaction à l’échelle sportive durant sa carrière.

 Yvan sirotait son café, en contrôle, le bonheur de voir enfin, la vie lui sourire.