Quand ça fait plusieurs années que vous courez et empruntez souvent les mêmes parcours, les gens de votre patelin s’habituent bien malgré eux à votre présence.

 Par conséquent, il m’arrive régulièrement de croiser des personnes que je ne connais même pas et auxquelles je leur ai imposé mon visage lorsque je m’adonne à un entraînement.

 « Je t’ai vu l’autre jour. Tu courais. Ça ne doit pas être tellement agréable de courir ? Tu ne ris jamais. Tu sembles vraiment souffrir ! »

 Voilà un commentaire que j’ai entendu à maintes occasions.

 

Même les enfants affichent des airs sérieux lorsqu'ils courent... sauf quand ils voient papa ou maman !

 

Alors, il faut prendre le temps d’expliquer aux profanes pourquoi les adeptes de la course à pied n’ont pas un large sourire affiché dans leur visage. Souvent, on a voulu me taquiner avec cet aspect. Pour la plupart, ils comprennent que toutes les personnes qui déambulent seules sur la place publique ne peuvent pas sourire inutilement, juste pour démontrer qu’ils se sentent bien. On s’entend là-dessus.

 Alors, existerait-il un certain message dans un tel commentaire ?

 J’ai l’ai toujours perçu comme une reconnaissance de la part de l’interlocuteur. Il s’agit de lire entre les lignes pour déchiffrer le contenu. Ceux et celles qui ne courent pas ne peuvent comprendre les sensations que vivent les coureurs lorsqu’ils chaussent leurs espadrilles. Par contre, les personnes qui rapportent un tel propos savent très bien l’effort et la discipline qu’exige ce sport.

 

Oups ! Un appareil-photo !

 

Par conséquent, elles reconnaissent ce qu’elles-mêmes ne peuvent intégrer dans leur propre programme de vie.

 Vous n’entendrez aucun témoin dire à quelqu’un, qui l’a aperçu en train de marcher sur le trottoir et qu’il ne riait pas ! Et pourtant, si l’on compare la scène  à celle du coureur, elle s’avère similaire.

 On comprendra que la course à pied, avec tous les bienfaits qu’elle procure, ne peut être endossée par tout le monde. L’adaptation est difficile et on doit disposer du physique et du mental pour s’y adonner. J’écoutais une mordue de vélo qui me disait récemment qu’elle avait relevé un défi en acceptant de courir 5km lors d’un événement dans sa région.

 

Les adeptes de trail sont certes les plus concentrés. Donc, oubliez les sourires !

 

Elle ne s’est pas préoccupée de s’entraîner adéquatement et ne disposait pas de plusieurs journées pour remplir son mandat. Oui, elle a réussi à franchir la distance mais vous auriez dû la voir le lendemain ! Elle a pris un mois pour s’en remettre complètement. Ce n’est pas peu dire !

 Courir, c’est mettre un pied devant l’autre, je suis d’accord. Mais courir régulièrement exige des sacrifices et particulièrement d’adapter son corps à cette contrainte.

 Les sourires, on les voit au fil d’arrivé, devant un appareil photo et quand on croise les membres de notre entourage. Dans le cas présent, l’absence du sourire prend une toute autre signification pour les autres.

 La prochaine fois que vous accueillerez cette petite phrase, dites-vous bien que votre interlocuteur vous admire et qu’il ne sait tout simplement pas comment vous le dire.