Je suis arrivé deux petites minutes à l’avance.

 Déjà, Yvette m’attendait dans le hall d’entrée. Elle m’a ouvert la porte. Un peu hésitante, elle m’a souri tout en devinant mon identité. Puis, nous sommes montés dans ses appartements. Rapidement, elle m’a mis au pas. « Pas question de prendre l’ascenseur», m’a-t-elle dit d’un ton convaincant.  Malgré ses 82 ans, elle utilise toujours les escaliers. « Je ne veux pas m’engourdir », a-t’elle ajouté sérieusement.

 Yvette Drapeau a couru le marathon de Québec l’an dernier à 81 ans. Regardez attentivement la photo titre de mon article. Quand elle termine, elle jette son regard vers le ciel,  consciente que plusieurs la regardent Là-Haut. Elle les salue avec fierté.

 

Source: Daniel Mallard

Quelle satisfaction pour Yvette et ses enfants au terme de ce 42km. Tout un exploit.

 

Elle s’est retrouvée, bien malgré elle, à la télévision, à la radio et dans les journaux. On voulait lui rendre hommage. Elle n’en demandait pas autant. Surprise, elle réalise encore aujourd’hui toute la reconnaissance que les gens lui accordent quand elle se promène dans les rues de son quartier et même celles de la vieille capitale.

 Son visage sympathique et son dynamisme contrastent avec les apparences projetées par les personnes de son âge. Nous avons jasé bien humblement sur le coin de la table. Je la sentais un p’tit brin nerveuse.

 Celle qui célèbrera son anniversaire de naissance le 24 juin prochain aurait bien voulu courir un autre 42km cette année mais son fils André a ralenti ses ardeurs, rongé par l’inquiétude. « Et je ne suis pas entraîné pour la suivre », précise-t-il. L’an dernier, Yvette tenait à ce qu’il soit à ses côtés comme police d’assurance.

 

L'humoriste Jean-Michel Anctil doit sûrement être très fier de sa belle-maman.

 

L’ainée d’une famille de 12 enfants, elle a dû trimer dur durant toute sa vie. « J’ai arrêté de travailler à l’âge de 73 ans ! », précise celle qui a obtenu un chrono de 5h54 à son 42km, alors que l’on croyait qu’elle terminerait aux alentours des 6h30.

 « Je suis incapable de rester à la maison à ne rien faire ». Il y a neuf ans, André lui a parlé de la course à pied, histoire peut-être de brûler ses énergies. « Au marathon, ma fille était contente d’arriver ». Et vous Mme Drapeau ? « Moi, ça bien été, pas fatiguée et pas dépeignée »,  un commentaire qu’elle avait émis aux journalistes l’an passé au terme de cette épreuve.

 Dieu qu’elle aurait apprécié s’adonner à des sports à l’époque ! « J’admire les jeunes qui bougent aujourd’hui. Moi, je ne disposais d’aucun moment libre. Je devais travailler. Nous n’étions pas riches. Lorsque mes parents sont arrivés à Québec, nous demeurions sur la rue Saint-Jean et l’école n’était pas importante dans l’temps », poursuit cette femme aux yeux pétillants qui fut l’employée du Château Frontenac, de la base militaire de Val-Cartier, du Consulat de France, etc.

 Source: Daniel Mallard

Les enfants d'Yvette, Brigitte et André ont vécu des moments mémorables lors de cet événement.

 

« Le travail, ça n’a jamais tué personne. Je suis toujours autonome et j’ai l’attention de mes enfants ». Il y a André qui réside à Québec, Marc à Lanoraie, Luc à Chicoutimi et Brigitte qui est l’épouse de l’humoriste Jean-Michel Anctil !

 Yvette ne prend aucun médicament. « Et tu peux même vérifier auprès de mon médecin, Sylvie Bernard », me lance-t-elle avec fierté. De l’autre côté de la rue, il y a un petit bois où elle s’entraîne. « Les vieux, ils ne marchent même pas et ils souffrent de partout. Je n’ai aucun bobo….à part mes orteils parfois ! »

 À maintes reprises, les gens qui la croisent sur la rue lui confient qu’ils ont commencé à courir à cause de l’exemple qu’elle a donné. « Je me sens toujours capable de courir. Je dois en profiter. D’ailleurs, j’ai une course qui arrive bientôt et il y en aura d’autres. »

 

Les enfants de Brigitte et Jean-Michel éprouvent sûrement une grande satisfaction de voir leur grand-mère aussi active.

 

Les journées qu’elle ne court pas, elle marche. Puis, elle s’arrête et prend le temps de réfléchir. « Tu sais, je n’aurais jamais cru qu’un jour, j’allais pratiquer la course à pied. Mon rêve était de devenir une danseuse. »

 Il se pourrait qu’éventuellement, on écrive l’histoire de sa vie. Elle croit que son fils Luc prépare un tel projet. « Luc, c’est l’intellectuel de la famille et il m’en a déjà parlé ».

 Yvette Drapeau, une femme exceptionnelle qui a ébloui la population par son ardeur et sa détermination. Car, avouons qu’à cet âge vénérable, la plupart des personnes, usées et épuisées par le cours de leur vie, s’arrêtent malheureusement et baissent les bras.

 Et je n’ai pu m’empêcher de lui dire en quittant les lieux : « Si je peux être comme vous lorsque j’atteindrai votre âge, je serai très heureux. » Au même moment, elle tenait la porte de sortie de l’édifice afin que je puisse la franchir. Un geste révélateur, n’est-ce pas ?