Le vide.

 Le néant.

 Je m’interroge.

 On a beau s’y préparer. Rien à faire. On doit le vivre, le vaincre.

 Mon 100e marathon, c’est le couronnement d’une vie, une réalisation inespérée. Les honneurs suivent et nous indisposent. L’extase, la réjouissance nous englobent.

 Puis, il y a ce trou béant qui surprend. Je le vois, je dois l’éviter. Alors, intervient notre entourage qui par ses incursions, sa présence, ses paroles, nous remet sur nos rails.

 Pas question de me terrer derrière un buisson. J’avais perdu le goût de reprendre l’entraînement après ce 100e, une baisse de régime que je vivais pour la première fois. Guidé par la frénésie de l’objectif au cours des dernières années, je tombais à plat, sans but. La mire avait disparu. J'ai alors cru que tout était fini. Je n’ai rien fait paraître, histoire d’éviter un genre de vent de panique.

 Source: Jonathan Martinet, L'Actualité

Je me devais de retrouver cette étincelle.

 

Une introspection s’imposait. Je le reconnaissais. La crainte de basculer dans l’aisance, l’ivresse de l’apothéose menaçait mon esprit. Il fallait à tout prix me ressaisir car intérieurement, je ressentais toujours le besoin de vibrer les sensations inédites d’un marathon.

 J’ai pris le temps. J’ai écouté les recommandations et je les ai prises très au sérieux. Secrètement, je réalisais mon petit voyage intérieur dans une dimension étrangère à mes vieilles habitudes.

 Ne serait-ce que pour l’exemple projeté, des voix de l’extérieur sont venues me reconduire vers cette vieille route que j’empruntais pourtant depuis très longtemps. Alors, j’ai remarqué qu’il faut peu pour être décontenancé, dérouté et dévié.

 

Une étape durant laquelle on a besoin d'être relancé.

 

La course à pied représente tout mon univers mais pour la première fois, je goûtais à une évasion comparable à ce que je pouvais traverser lors de la réalisation d’un marathon. Les démons de la légèreté tentaient férocement de m’influencer, de me détruire, de m’envahir et surtout, de m’indiquer un sentier somnifère me conduisant assurément vers un énorme gouffre.

 Les hauts et les bas de la vie venaient de me traverser une fois de plus l’esprit. Même si j’avais déjà expérimenté de tels moments, le temps avait su chasser les souvenirs qui m’auraient immédiatement reconduit vers le bon chemin. Puis, dans les derniers instants de cette période, l’essence même de ce sport a remonté à la surface pour me procurer l’oxygène indispensable qu’il me fallait pour tenir à la surface.

 

Me voilà relancé, avec une détermination caractéristique qui me cataloguait au fil des années. Certains diront qu’il s’agissait d’un passage obligé. Peut-être. Il aurait alors été tellement facile de tout quitter, tout abandonner. Pourquoi insister ? Par conviction, simple reconnaissance, question d’écouter ma conscience et de me satisfaire à la fois. Puis, il y a ce foutu cancer au dessus de ma tête, une épée de Damoclès.

 Trois marathons déjà à l’horaire pour 2020 et c’est parti mon kiki ! Il faut croire que la flamme brûlait encore !

 Vous me reverrez !