Reconnaissons notre imperfection.

 Pas toujours évident d’admettre nos erreurs. On tente souvent de les camoufler. Un comportement normal qui démontre notre facette.

 Lors de mes marathons, j’ai malheureusement commis des faux pas. La chance explique que les conséquences fâcheuses furent évitées. Impossible à comprendre. Je ne suis pas plus fin qu’un autre, je possède mes qualités, mes défauts.

 Le lendemain du marathon de Québec, j’ai reçu un coup de fil de mon ami Maxime Martin. Il tenait à s’excuser pour sa crise faite lors des derniers kilomètres. Avec sa voix rauque, les coureurs qui le dépassaient le regardaient, surpris de voir cet humoriste dans cet état naturel.

 Lorsque l’on atteint les profondeurs de l’être humain, le scénario se forge au fur et à mesure et laisse toute la place à l’identité. Des scènes semblables ne m’étonnent plus. L’unique différence avec tous les autres participants rendus à cette étape de l’épreuve est que la majeure partie d’entre eux s’obligent à contrôler leurs émotions. Expressif, Maxime y est allé d’un bon show, fidèle à son habitude, ce qui m’a bien fait rire.

 

Il faut être attentif à notre état physique lors d'un course et ne pas se laisser emporter par l'enthousiasme du moment.

 

Cependant, ce qui m’a frappé le plus lors de notre conversation, furent ses propos sur la triste scène que nous avons vécue après notre marathon alors que nous jasions paisiblement, assis sur le gazon du parc George V avec les membres de nos familles suite à notre passage du fil d’arrivée.

 Tout s’est déroulé tellement rapidement lorsque le coureur s’est effondré à quelques pieds de nous après son demi-marathon.

 J’en avais justement parlé de cet aspect la veille lors de ma conférence dispensée à l’expo du marathon en me citant en exemple, rappelant ce qui m’était arrivé au marathon de Montréal, il y a quelques années. J’avais dû passer 90 minutes à l’infirmerie, accompagné du facteur chance ! Et je profite de l’occasion pour le remercier d’ailleurs.

 À Québec, j’ai vraiment craint pour la vie de ce coureur.

 

On doit éviter de se rendre jusqu'au bout !

 

L’un de mes gendres a dû s’asseoir car il ne se sentait pas bien. Il me racontait qu’il fut témoin d’un décès à son travail et que cet événement avait ramené des souvenirs douloureux dans sa tête.

 De son côté, Maxime fut également secoué. Lorsque le monsieur a disparu sur une civière, Maxime a rapidement quitté les lieux, sans parler. Habitué de le voir plus joyeux, plus volubile, plus enthousiaste, il se sentait visiblement indisposé.

 Quand il m’a téléphoné, il m’a admis que ces moments l’ont ébranlé et qu’il fallait qu’il quitte le plus hâtivement possible.

 

À ce moment là, on ne se doutait pas de ce que nous allions vivre au terme de notre marathon.

 

Lorsque j’ai dit à ma fille qui est infirmière à Québec que je ne croyais pas que les intervenants allaient pouvoir le sauver, elle m’a regardé sévèrement. « Papa, j’ai déjà participé à des manœuvres de réanimation pendant 40 minutes et la personne est revenue. »

 J’ai alors compris que j’exprimais un sentiment de panique et je me devais de reconnaître publiquement toute ma reconnaissance envers les gens qui ont prodigué les premiers soins. Nous avons tendance à oublier le travail de ces personnes lors des événements de course à pied et même s’ils interviennent une seule fois, c’est une démarche de trop, on en convient, mais tellement vitale dans les circonstances.

 Lorsqu’un décès survient lors des courses, c’est toute la communauté des coureurs qui se retrouve sous le choc.

 Après un week-end à Québec qui s’était déroulé à la perfection, la catastrophe a été évitée grâce à l’intervention du personnel de la santé. Pourtant, je n’avais pas besoin de vivre ces moments car je sais que la vie est si fragile.