Prévenir l’impossible, ne vous y attardez pas trop.

 Nous ne sommes que de passage sur cette terre. Nous ignorons les raisons de notre présence. Nous comprenons ce que nous voulons bien. Sans savoir à quel moment, nous quitterons.

 Après l’entrevue, Sandra m’a dit : « Je vais aller prendre du soleil sur le perron, quelques instants, profiter de sa présence. » Je la sentais secouée mais toujours solide. Je savais que mes questions avaient ressassé de douloureux souvenirs.

 Josué Fortin n’avait que 35 ans. Il courait depuis un peu plus d’un an. Principalement adepte de vélo, il se rendait régulièrement à son travail de programmeur pour Desjardins dans le vieux Montréal. Hockey, badminton s’ajoutaient à son répertoire. L’hiver, il courait souvent durant la pause du midi avec ses collègues.

 Père de quatre enfants, il s’impliquait intensivement à la maison. « Je ne pouvais rien lui reprocher. Pas parfait mais presque ! Apprécié, il ne jugeait personne. Il savait écouter. »

Il est décédé subitement l’an dernier lors d’une course de 14km organisée devant chez-lui à ville Sainte-Catherine. Au 11e km, il s’est écroulé. Il faisait chaud lors de cette journée. Combiné à un effort physique intense, car il se retrouvait dans le peloton de tête, légèrement déshydraté, un bête accident.

« Son cœur aurait pu cesser de battre durant son sommeil », exprime Sandra. L’autopsie révèlera un trouble du rythme cardiaque. Le cœur n’a tout simplement pas suivi la bonne cadence.

 

 

Le coureur Alvaro Cueto a été ébranlé par ce décès qu'il a vécu l'an dernier. Il a voulu rendre hommage à Josué lors de la course cette année.  Il pose en compagnie de Sandra.

 

« Bon vivant, il pouvait partir avec n’importe quelle sorte d’espadrille, sans plan d’entraînement. Il excellait dans tout. On pouvait lui demander de remplacer à la dernière minute un joueur absent lors d’une joute de hockey et il finissait par marquer trois buts ! »  Considérant la présence de quatre enfants, Sandra acceptait qu’il court en autant que ça ne vienne pas contrecarrer les plans familiaux. « Je savais que ça lui procurait une belle satisfaction. »

 Le matin de l’épreuve, Sandra lui a dit juste avant qu’il quitte : « Je te souhaite une bonne course ! Je vais essayer d’être au fil d’arrivée. Quand j’y repense, ce fut comme si je lui avais dit adieu. »

 Quelques minutes plus tôt, les enfants avaient participé au 1km et l’une des raisons qui les incitait à courir était le BBQ planifié à la maison après la course. Au moment du 14km, les invités arrivaient, ce qui a empêché Sandra de se rendre au fil d’arrivée pour accueillir son mari. Finalement, les policiers se sont présentés à la maison afin d’annoncer la mauvaise nouvelle.

 Ils se connaissaient depuis 14 ans. Marié depuis 9 ans, originaire du Saguenay, le couple traversait une vie facile, exemplaire, sans anicroche, le bonheur total. « Il me disait parfois qu’il allait mourir vieux, qu’il profiterait amplement des beaux moments que lui procureraient ses quatre enfants. Il adorait les enfants. C’était des jouets à ses yeux. Je l’appelais mon grand Ado ! »

 Un départ juste avant les vacances alors que la famille avait planifié un périple pour traverser le Canada en camping. Elle a dû tout annuler. Et la course à pied pour Sandra ? « Je ne pense pas que je possède cette motivation. Je n’ai rien contre la course à pied mais ça ne m’appelle pas. De toute façon, je crois que je penserais trop à Josué en courant », a-t-elle reconnu, essuyant quelques larmes.

 À son avis, la course à pied peut se comparer à un projet personnel. Nutritionniste, elle accorde tout son temps à sa famille et à son entreprise, Maman mange bien, un programme sur le web qui s’adresse principalement aux mamans et aux enfants en vendant des cours en ligne, des consultations jusqu’aux conférences qu’elle dispense un peu partout.

 

Difficile de comprendre un départ semblable.

 

Une envolée de papillons et une minute de silence à la mémoire de Josué ont marqué une cérémonie commémorative lors de la présentation de la course en juin dernier. Le gagnant de la course de l’an dernier Alvaro Cueto a décerné sa médaille d’or à Sandra en plus de courir l’édition 2018 avec un chandail aux couleurs de son entreprise Maman mange bien.

 Les enfants âgés de 8, 6, 3 ans et demie et 15 mois n’ont pas couru cette année. L’an prochain, on ajoutera une course avec des obstacles pour les jeunes et possiblement, qu’ils afficheront leur présence.

 J’ai longuement mijoté cette entrevue.

 Solide, Sandra m’a démontré un courage et une puissance intérieure.

 Disons que la course à pied devenait secondaire lors de cette heure passée en sa compagnie. « Peut-être qu’à mes 40 ans, je vais commencer à courir ! », m’a-t-elle lancé avec le sourire.

 La tension venait de chuter d’un cran.

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