Juin 2017, le Canadien de Montréal sort d’une saison qui laisse désirer. Leur entraineur-chef Michel Therrien a quitté le navire après une première moitié de campagne insatisfaisante. Ensuite, Claude Julien effectue son grand retour à la barre de l’équipe et mène sa troupe à une participation en séries de fin de saison. Malheureusement, la formation montréalaise devra s’avouer vaincue face aux Rangers de New-York en première ronde. Quelques mois plus tard, au repêchage, l’équipe n’a pas le droit à l’erreur, car après plusieurs encans désastreux, il est impératif de construire une banque de jeunes joueurs potables et qui aidera l’équipe dans quelques années. Trevor Timmins, assis sur siège éjectable, effectue un presque sans faute. Ryan Poehling, Josh Brook, Joni Ikonen, Cale Fleury et Cayden Primeau s’amènent avec le club. La sélection de premier tour, Ryan Poehling, est louangé par les experts malgré des statistiques peu reluisantes. Difficile d’être contre la sélection d’un joueur de centre imposant qui est comparé par son entraineur à Mikko Koivu. Néanmoins, plusieurs doutes du potentiel du jeune à s’établir comme pièce maîtresse de l’attaque montréalaise d’ici quelques années. Par chance pour la franchise tricolore, les partisans et experts n’en tiendront pas rigueur à Trevor Timmins, car pour une première fois depuis l’épopée de la finale de conférence, on sent une lueur d’espoir s’installer.

Avril 2018, la grogne prend d’assaut Montréal. Le Canadien vient de conclure sa saison de misère au 28e rang de la ligue et rate, du même coup, les séries éliminatoires pour une deuxième fois en trois ans. Une fiche de 29 victoires, 40 défaites et 5 revers en surtemps, ce n’est clairement pas assez pour les experts, les partisans et certainement pour l’organisation. Les critiques fusent de toutes parts. Certains réclament un génocide dans les bureaux du Bleu-Blanc-Rouge. D’autres, plus modérés, souhaitent voir une ou deux têtes tombées. Avec raison, le Tricolore a connu d’immenses difficultés sur la patinoire tout au long de la campagne sans jamais pouvoir trouver de solutions viables. L’attaque ne marque pas de buts et encore aucun signe d’un potentiel premier centre. La brigade défensive joue si mal qu’elle fait bien paraître une équipe bantam. Enfin, notre cerbère national, Carey Price, n’est plus l’ombre de lui-même et les blessures semblent l’affecter plus souvent qu’autrement. Rien ne fonctionne et les partisans, eux, cherchent un moyen de renverser la vapeur. Ils réclament donc du changement, et ce, tout au sommet de la pyramide administrative. Marc Bergevin et ses associés doivent écoper. Mais pas seulement qu’eux. Un certain Trevor Timmins, recruteur-chef de l’équipe, est aussi pointé du doigt pour la faible banque d’espoir et la relève quasi-inexistante. C’est clair comme de l’eau de roches, quelqu’un doit partir, un renouveau est de mise, une nouvelle vision doit s’imposer. Cependant, le propriétaire Geoff Molson voit la situation d’un autre œil. Le statuquo est prôné et tout le monde reste en place. Le scandale de l’année est déclenché au Québec, mais ne pouvant point agir, les partisans trois-couleurs se taisent et attendent de voir ce que le grand manitou du club va faire et surtout, comment Trevor Timmins et ses recruteurs agiront lors du prochain encan, eux qui ont une tonne de choix à leur disposition.

Juin 2018, après une loterie concluante, l’organisation sélectionnera un rang plus haut que prévu et les débats autour de l’heureux élu qui sera choisi au 3e rang font ravages. Après des semaines de recherches, d’analyses et de discussions, Timmins et sa bande jettent leur dévolu sur le Finlandais Jesperi Kotkaniemi. Quelques tours plus tard, Montréal ramènent dans leur camp d’autres bons jeunes comme Jesse Ylonen, Jacob Olofsson, Jordan Harris et Cole Fonstad. Cependant, une sélection hâtive de deuxième ronde, Alexander Romanov, fait beaucoup jaser. La plupart des listes de recrutement le classait tard en 4e ou 5e ronde et pourtant, le Canadien ne s’est pas empêché de le prendre très, très tôt. Plusieurs déplorent alors la maladresse de Trevor Timmins sur ce coup-là, mais tous applaudissent l’équipe. Pour une première fois depuis des lunes, le Canadien de Montréal a connu deux bons repêchages consécutifs! Si la lueur d’espoir de juin 2017 a disparue lors de la précédente saison, là, elle est là pour rester, au grand bonheur des abonnés de saison.

Décembre 2018, après un début de saison impressionnant, le Canadien de Montréal présente une fiche victorieuse et fait partie des équipes ayant accès au tournoi printaniers. La troupe de Claude Julien maintenant guidée par leur nouveau capitaine Shea Weber présente un rendement de 21 victoires, 14 revers et 5 défaites en prolongation lors de leurs 40 premières joutes. Ensuite vint le championnat mondial de hockey junior. Même si Joni Ikonen est blessé et que Jesperi Kotkaniemi reste avec le grand club, le Canadien de Montréal voit sept de ses protégés se présenter au tournoi. Du lot, Ryan Poehling et Alexander Romanov auront des rôles importants avec leur nation respective, soient les États-Unis et la Russie, eux qui étaient des choix contestés lors de leur sélection. Toutefois, les nouvelles sont excellentes pour le club et les partisans qui voient leur formation et la relève excellées.

Janvier 2019, les jeunes espoirs font très bien lors du championnat mondial de hockey junior et en particulier Romanov et Poehling. Après la ronde préliminaire, le premier trône au sommet des pointeurs chez les défenseurs avec 5 points et le deuxième trône au premier rang des pointeurs chez les attaquants avec 8 points. Plusieurs parlent même de Poehling comme probable MVP du tournoi si son pays se rend assez loin dans la ronde des médailles. De leur côté, Ylonen, Olofsson, Suzuki, Brook et Primeau font tous bien. Le Canadien de Montréal est l’une des équipes les plus représentés du championnat, de quoi faire sourire Marc Bergevin et ses complices.

Dans l’ombre, un certain Trevor Timmins doit se frotter les mains. Grâce à quelques sélections audacieuses et surtout beaucoup de flair, l’homme spécialiste des espoirs a remis sur les railles l’avenir d’une organisation à la déroute. Il y a quelques années ou à peine quelques mois, tous réclamaient son départ, dont moi. Force d’admettre que malgré les années noires qu’il a connues à la tête du département du recrutement amateur sont maintenant choses du passé. Il a redressé la barque de façon admirable et c’est bien lui qui est l’homme de la situation, comme nous l’avait assuré son patron, Marc Bergevin, l’été dernier.  En poste depuis plus d’une décennie, Timmins a résisté à plusieurs directeurs-généraux, mais cette fois-ci, il fait tout en son pouvoir pour garder son emploi. Bien que plus discret, on peut commencer à parler de 2017 et 2018 comme les années où Trevor Timmins s’est relevé. Même si 2019 en est à ses premiers balbutiements, il ne serait pas improbable de voir le recruteur en chef du Tricolore volé la vedette encore une fois cet été. Toutefois, mieux vaut ne pas s’enflammer trop tôt, car à Montréal, il suffit de quelques erreurs et la carte du congédiement refait surface.

Quoiqu’il en soit, chapeau à Trevor Timmins qui est parti avec deux prises, mais a peut-être réussi finalement à claquer un grand chelem!