La cloche venait de sonner.

 Les enfants se regroupaient.

 J’ai demandé à voir Cyril. Poliment, la jeune fille m’a indiqué le chemin à suivre.

 Originaire de Lyons, Cyril Arnaud enseigne depuis quelques années à l’école des Pionniers dans le château-fort de Louis Garneau à Saint-Augustin-Desmaures. Arrivé en 2006 via un échange universitaire, il a adoré le Québec, moins stricte qu’en Europe.

 Rencontrer celle qui deviendrait sa future épouse ajoute du poids dans une décision. Originaire de Rimouski, elle l’a suivi quand il a décidé de retourner en France afin de compléter ses études. Le travail, ça devenait compliqué là-bas et il n’en fallait pas plus pour qu’il décide d’adopter définitivement le Québec.

 

 

Cyril Arnaud, un enseignant unique, grandement apprécié par son entourage.

 

Avec sa barbe, on devine qu’il s’accroche au trail. Même ma compagne l’avait deviné sans le connaître !

 Durant sa jeunesse, le soccer prenait toute la place. À l’université, il a découvert la course à pied. Puis, il y a eu ce défi que la famille s’est lancée en 2011 au demi-marathon de Québec. Père de deux enfants, Romane, 4 ans et Sydney, 8 ans, il fut conquis par le trail l’année suivante lors d’un 10km, toujours avec la famille en France. « J’ai capoté. Ce sentiment de liberté, la solitude, la respiration, l’écoute, se retrouver en harmonie avec l’environnement, mes sens en éveil et une ambiance familiale, des éléments qui m’ont convaincu », de dire l’athlète de 39 ans.

 D’un tempérament zen, tout le bonheur passe par les sensations pour lui. Le mont Bélair représente son terrain de jeu. À la blague, il raconte la fois où, parti en solitaire dans le parc des Grands Jardins, il a donné la frousse à sa blonde. « Je ne le ferai plus jamais ! ».

 

Son impact fut incroyable auprès des jeunes élèves de la commission scolaire.

 

En 2016, il a pondu une idée. Un défi personnel de relier les 28 écoles de la commission scolaire des Découvreurs à la course à pied pour 60km. Une histoire se cache derrière cette intention.

 « Ma petite s’est retrouvée à l’hôpital pour une forte pneumonie quelques semaines auparavant. Ça m’a secoué. Je voyais alors des affiches pour Opération Enfant Soleil. Déclic dans ma tête, je devais emboîter le pas. Trouver un moyen pour amasser des sous. » Il a recueilli 1600$ pour cette édition initiale.

 Or, la sauce s’est gâtée l’an dernier. Le parcours s’est étiré à 75km. Le hic ! Il faisait 35 degrés Celsius au cours de cette journée. « J’ai dû abandonner à cause d’un coup de chaleur. Je frissonnais. J’ai mis plus de deux heures à me remettre sur pied. J’ai perdu 14lbs. Je venais d’atteindre mon record de distance avec ces 70km mais la déception m’envahissait. »

 

 

Il riait sur cette photo mais c'était loin d'être le cas au terme de son épreuve.

 

Après des profits de 3700$, pas question de baisser les bras. Il devait remettre la tentative pour 2018.

 Il s’est encadré. Un partage avec un autre enseignant, Sébastien Goulet et l’apport de 1500 élèves ont métamorphosé l’expérience en un véritable happening. Dany Gagnon, Étienne Parent et Maude Valcourt complétaient cette caravane en vélo. « Tu sais, il y a des clubs de course à pied qui se sont créés suite à ce projet »,  précise-t-il avec un sentiment de fierté.

 Il revient sur 2016, serviette glacée sur la tête. Cette année, les élèves ont imité symboliquement son geste avec des lingettes mouillées sur leur tête. Gestes sympathiques et combien significatifs sur l’impact de Cyril. Et que dire de ce coureur de Granby, Jacques Tétrault qui le connaissait uniquement via les réseaux sociaux et qui a décidé de le suivre cette année ! Wow ! Plus de 3000$ furent amassés.

 

Des élèves qui sont fiers d'avoir pu participer à ce défi.

 

« Je veux inciter les jeunes à bouger. Je sais que nous nous retrouvons dans l’ère des tablettes, des cellulaires, des ordinateurs, des ipods, etc., mais il y a des bonnes choses qui se perdent. Je ne veux pas voir des jeunes avec des tablettes dans les gymnases ! »

Ainsi, pour 2019, il souhaite que son projet devienne une tradition, qu’il en soit l’organisateur et que les jeunes accomplissent un relais. « Je sais que je ne pourrai le réaliser l’an prochain mais ça viendra. J’en discute présentement avec les responsables de d’autres commissions scolaires. L’événement pourrait s’échelonner sur plusieurs jours. Les participants se transmettraient un témoin significatif qui donnerait un sens à leur mission ».

 L’entrevue se déroulait dans une classe et Cyril regardait l’heure. La période achevait et il devait retourner au travail.

 

Les autorités ont voulu officialiser le défi de Cyril. Un partage avec Sébastien Goulet et la présence à vélo de Maude Valcourt, Dany Gagnon et Étienne Parent.

 

« Vraiment, je ne m’attendais pas à ce que ce projet personnel se transforme ainsi », a-t-il conclu. Une initiative qui aurait intérêt à se répéter partout à travers le Québec.

 Malgré des petits problèmes avec une blessure au pied, Cyril poursuit l’aventure du trail. Un 65km dans les Alpes françaises en juillet dernier, il se prépare maintenant pour le 80km de l’Harricana en septembre.

 Cyril a quitté la classe. Respecté, admiré, les jeunes reconnaissent ce qu’il fait pour eux. Ses confrères le saluent avec admiration.

 Cyril ne reste jamais seul à l’école.