On ne peut qu’applaudir la performance éclatante d’un Québécois épatant qui a ébloui samedi très tard une foule en délire massée dans un Madison Square Garden survolté.

GSP, la fierté martiale de Saint-Isidore, de retour dans la cage à l’âge de 36 ans, l’esprit clair et très bien entouré, a réussi à détrôner le champion poids moyen de l’UFC, Michael Bisping (30-8), après une pause de quatre ans.

Son repos de quelques années, loin des tracas de l’octogone, s’est révélé salutaire. Confronté à un ras-le-bol, étranglé par les exigences de son statut d’attraction numéro un, fin 2013, Georges se cherchait. Il voulait s’éloigner du stress des chocs martiaux, prendre une bouffée d’air pur. Il en avait sans doute marre de se plier aux exigences de Dana White, le promoteur et grand manitou des arts martiaux mixtes.

GSP affichait un calme olympien durant la promotion de ce combat de championnat. Il a bien ri aussi devant les efforts de Bisping pour jouer dans sa tête. Il impressionne par son calme et sa sérénité; sa lucidité, son sang-froid. Rappelez-vous, il a même prédit que ce combat ne durerait pas 5 rounds. Sa dernière victoire avant la limite remontait pourtant au 31 janvier 2009. Or il ne s’est pas battu depuis la victoire contestée par décision partagée aux dépens de Johny Hendricks, qui a perdu bien des plumes depuis. GSP, exténué, presque à bout de forces, en est sorti le visage chamboulé.

Fort de 12 victoires de suite, acquises avec technique, acharnement et parfois résilience, le guerrier devait remiser pour une période indéterminée, dans le coffre aux oublis, sa carrière pugilistique. Il se sentait à la croisée des chemins, se débattait dans un milieu qui le contrôlait, il avait perdu les guides de sa vie. Maintenant on peut l’affirmer sans crainte de se tromper : l’homme a retrouvé ses repères, le combattant a surmonté ses démons. N’en déplaise à Dana White, il avait opté pour la bonne voie. Il s’est aéré l’esprit et la conscience. Il a moins d’usure, aussi. Il s’est tenu loin des mauvais coups. Et il entre dans la légende – seulement le quatrième pugiliste à s’emparer de la couronne de deux divisions de poids au sein de l’UFC.

Michael Bisping a 38 ans, il combat chez les pros depuis 13 ans et il pourrait se retirer avant longtemps. Il a admis au micro que GSP était le plus grand combattant du monde des arts martiaux mixtes après cette 13e victoire de suite au sein de l’UFC. Il avait le visage en sang au moment de sa victoire qui lui a valu un boni de performance de 50 000 $ (argent américain).

Si le retrait temporaire de GSP, repli à la recherche d’une plénitude perdue, ou d’un vide à combler, en a laissé plus d’un perplexe, allant jusqu’à auréoler l’athlète d’un doute, dans la nuit du 4 au 5 novembre 2017, GSP a bel et bien remis les pendules à l’heure.

S’il avait laissé, au moment de sa prise de décision en 2013, plusieurs amateurs des arts martiaux mixtes bien songeurs, il a certainement levé l’aura de doute en fin de semaine, en forçant l’arbitre à décréter la fin du combat, à 4;23 du 3e round, à la suite d’un étranglement arrière qui a envoyé dans les limbes le champion Michael Bisping.

Je le croyais et nous aurions tous dû le croire, lorsqu’il s’est dit renouvelé et prêt à démontrer toute sa puissance après un repos de quatre ans pour décompresser et retrouver sa passion. Il a augmenté sa musculature pas à cause de stéroïdes, mais parce qu’il a passé le temps requis au gymnase. Les publicités à la télé nous indiquent qu'il connaît les bons produits, pas les produits dopants.

 

Les conditions ne plaisaient plus

Au moment où Georges St-Pierre (26-2) a quitté la discipline des arts martiaux mixtes, il venait de triompher de peine et de misère de Johny Hendricks (15-1 au moment du combat). Le retrait de l’arène vite annoncé par le champion mi-moyen UFC, pourtant au faîte de sa gloire, avait l’apparence d’une esquive. GSP ne voulait pas, selon toute vraisemblance, affronter Johny, grosse brute poilue reconnue pour cogner dur, dans le cadre d’une revanche lucrative, qui l’aurait replongé dans le mélodrame d’une préparation ardue, à la limite d’un enfer de souffrances. Il ne voulait pas se lancer dans une aventure de sacrifices encore éreintante.

Rappelons-nous : le soir du 16 novembre 2013, GSP sortait le visage en charpie de la finale du gala UFC 167, où il avait arraché à la limite un verdict partagé contre Hendricks. GSP faisait plus pitié à voir que son adversaire.

Asphyxié par un régime de vie stressant, GSP en avait soupé des constantes préparations de combats assorties de séances de promotion et de voyagement, et de l’attention à porter à tout ce qu’on consomme. L’homme de 25 millions (dit-on) avait besoin de retrouver la passion du sport. Pour se dégager le cerveau d’un état demandant et redemandant.

Hendricks a tenté de prendre la relève, mais il n’y est pas parvenu. L’antihéros de l’heure, un coriace lutteur qui brandissait le spectre d’une défaite aux airs de victoire psychologique, a tôt déchanté et aligné les revers de fortune : 5 défaites à ses 6 derniers combats; il a remporté seulement 3 de ses 9 batailles depuis sa défaite contestable aux mains de GSP. Hendricks a maintenant 8 revers et 18 gains depuis sa défaite au 2e round de samedi soir, en combat préliminaire. Il a perdu bien des plumes entre temps. Lui aussi combat maintenant chez les poids moyens, mais il n’est plus dans la course.

GSP va plutôt s’orienter vers un combattant vendeur; dommage que Conor McGregor (21-3) ne pèse que 155 livres. GSP est rendu à 184,4 livres. L’écart est majeur. Le champion actuel des mi-moyens veut le revoir à son ancien poids, pour exploiter la manne. GSP a-t-il envie de deux ceintures simultanées? Pourquoi pas? Il a certainement une couple de bons défis à relever et une énergie renouvelée dans le réservoir.

Donc, cinquante galas après, le bien-fondé de la décision de Georges St-Pierre éclate au grand jour. Son immense courage n’aurait pu suffire. Oser se frotter à Bisping, plus gros naturellement et plus puissant, n’allait pas de soi. Tout un mandat, surtout sans combat préparatoire.

La plupart des combattants UFC semblaient favoriser Bisping, et GSP lui-même ne referait pas ce combat, avoir su qu’il devrait puiser dans ses réserves à un point suprême. Le plus dur combat de sa vie, a-t-il proclamé. Il s’est même excusé auprès de Bisping, après l’avoir envoyé sombrer entre les nuages de l’endormitoire profonde.

Georges St-Pierre est une idole. L’idole d’un peuple, un peu comme Maurice Richard dans son temps. Ou Louis Cyr, Victor Delamarre, Jean Béliveau et Guy Lafleur. On l’adule et on veut le garder en santé. Plusieurs amateurs d’arts martiaux s’inquiétaient pour lui, car il reprenait le collier après une longue absence. D’autant plus qu’il relevait le défi du champion de la catégorie supérieure à celle dans laquelle il évoluait.

GSP a refait le plein de confiance et il est arrivé à New York bien reposé, frais et dispos. Sans artifice. Plus jeune que Bisping, il n’est pas resté sur son sofa à regarder les combats d’arts martiaux à la télé, il a continué de s’entraîner sans pression pour maintenir sa forme et améliorer sa vitesse d’exécution, si cela se peut.

Kristof Midoux, l’un des premiers mentors de St-Pierre, était très nerveux ; le Français considérait que GSP allait trop loin en se lançant dans cette entreprise pour le moins risquée. Qui a pris sa place dans le coin de GSP ? Freddie Roach, entraîneur de boxe bien connu pour son travail assidu auprès de Manny Pacquiao et de Miguel Cotto, notamment.

Petite parenthèse s’impose. Auparavant, en septembre 2010, GSP avait pu admirer de très près, en montant sur le même ring, Manny Pacquiao, qui était alors considéré comme le boxeur le plus rapide au monde (et certains le donnaient premier livre pour livre). GSP a dit de lui qu’il était le combattant le plus rapide qu’il ait vu. Parions que le généreux Philippin lui a refilé des astuces gagnantes du bout du poing, en restant debout. Alors je ne m’étonne pas de la magnifique confiance affichée par GSP.

Bien sûr, s’entraîner pour se dépasser, cela ne se compare pas à une bataille en règle dans l’octogone. Sauf que c’est moins épuisant et que cela fait moins mal. Aussi, ça use moins son homme.

St-Pierre a travaillé de concert avec Jean-François Gaudreau, un spécialiste en entraînement et en nutrition qui a supervisé sa prise de poids volontaire. Firas Zahabi s’est avéré le grand stratège de l’équipe de St-Pierre. St-Pierre dispose d’une pléiade d’outils difficiles à contrer. Parmi eux, le kyokushinkai, fondé par le Maître Mas Oyama. Plus grand combattant de karaté, le corpulent Mas brisait les bras et les jambes de l’adversaire. Georges St-Pierre est aussi un adepte du jiu-jitsu, en particulier le jiu-jitsu brésilien, de la lutte comme de la boxe thaïlandaise (muay-thaï), qui ressemble au kick-boxing.

Plusieurs le savent sans doute, GSP a œuvré devant les caméras pour une couple de séquences de film pendant sa période sabbatique, se frottant entre autres à Steven Seagal, jadis considéré (une lubie à moi) comme un des combattants les plus dangereux et intimidants de la planète. Le détenteur d’un 7e degré (dan) d’aïkido, tout un géant et jadis un très grand athlète (il a maintenant 65 ans et est citoyen serbe et russe; cet Américain a pourtant importé l’aïkido du Japon en terre d’Amérique). Un homme de 6 pieds 4 pouces, qui accuse maintenant de l’embonpoint et qui portait une veste pare-balles lors de son duel avec GSP. D’accord, c’est du cinéma. Mais Seagal, qui a aussi du jiu-jitsu (même brésilien!) dans son arsenal, a son style d’aïkido bien à lui, avec des prises qui lui sont propres, et je ne serais pas étonné que GSP ait bénéficié de quelques tours de passe-passe faisant partie de son arsenal. Seagal aime bien l’argent. Il a aussi le don de casser des bras, des jambes et des doigts. À dire vrai, il est difficile de casser les doigts d’un adversaire qui a des gants protecteurs d’arts martiaux, mais Seagal a un coup de pied très spécial. Et l’aïkido est une arme terrible qui consiste à exploiter la force de l’adversaire et son agressivité pour réduire à néant sa volonté de nuire.

Bof! J’exagère un peu, mais à peine. Ceci pour dire que l’entourage de GSP, c’est quand même assez glamour. Il est branché.

Dans la nuit de samedi à dimanche, 4 au 5 novembre 2017, il y avait de la bataille dans l’air à New York. Peu avant minuit, on assistait en direct (RDS2 oblige) au passage à tabac de Bermane Stiverne au Barclays Center de Brooklyn. Le champion poids lourd WBC de la boxe, l’expéditif Deontay Wilder (39-0, 38 KO), a liquidé en 2 min 59 secondes un Stiverne (25-3-1, 21 KO) plus gros que jamais (254 livres). Pratiquement inactif depuis quatre ans, soit depuis sa défaite convaincante aux mains de Wilder en 12 rounds d’il y a quatre ans, Stiverne a fini le combat avec la tête contre le câble inférieur, dans une bien mauvaise posture, à sa 3e visite au plancher en 41 secondes. Ouf! Il devrait prendre sa retraite, ça n’a pas de bon sens. Il n’a pas su placer un seul coup, son jab ne se rendant pas à Wilder, qui s’est assené le plus gros coup, se tapant la poitrine de la main droite avec défiance.

Stiverne était la dernière carte dans la main de Don King. Il a été pitoyable samedi soir, dans une méforme aussi évidente que le ventre. Wilder a maintenant knockouté tous ses adversaires. Il veut se frotter à Antony Joshua.

Seul point positif dans ce revers rapide de Stiverne, il a permis aux gens d’aller à la télé à la carte assister juste à temps à la magnifique prouesse de GSP de l’autre côté de l’East River.