Ce centenaire célébré à Regina ne découle pas d’une coïncidence. De fait, on revisite le tournoi un siècle auparavant. Les Patricias de Regina ont perdu la première finale, en 1919, aux mains de l’Université de Toronto 14-3 et 15-5, 29-8 au total des buts. Les Patricias, devenus Pats par après, ont perdu 9 finales à ce tournoi, et ils cherchent à conquérir une 5e coupe, dont celle de 1928 sous une autre dénomination.

Le pointage de 15-5 et ce total de 29-8 sont deux records qui perdurent depuis 1919. Tout comme les 9 échecs en finale demeurent une marque à battre.

On modifiait la formule du tournoi dès 1925 en une série 2 de 3, et le champion n’était plus le meilleur au total des buts. Les Pats se sont alors emparés de leur premier titre en triomphant du Toronto Aura Lee (2 gains à 0) au Gardens de Toronto. Ils ont gagné leur 2e coupe en 1930, mais c’était une 3e conquête de Regina, les Monarchs ayant triomphé en 1928. Il a fallu attendre 44 années avant de redevenir champion canadien.

Dans les premières années, la finale se déroulait soit à Toronto, soit à Winnipeg, mais plus souvent à Toronto (24 fois sur 36). En 1955, on y a fait entorse, déplaçant le tournoi à Regina exceptionnellement. En 1938, la formule devenait un 3 de 5 et puis un 4 de 7 à compter de 1943.

On y a dérogé à deux reprises. En 1949, la 3e partie se concluant sur un verdict nul, il a fallu une 8e rencontre entre les Royaux de Montréal et les Wheat Kings de Brandon pour déterminer un champion (les Royaux, 4-3-1). Puis il y a eu la finale de 1971 entre les Remparts de Québec (portés par les sublimes hockeyeurs Guy Lafleur et Jacques Locas) et les Oil Kings d’Edmonton. La controverse avait trait à la nouvelle ligue, la Western Canada Hockey League (WCHL ou Ligue de hockey de l’Ouest canadien). Celle-ci acceptait plus de joueurs au-delà de la limite d’âge et recevait davantage de fonds de l’Association canadienne de hockey amateur. On a failli annuler le tournoi, mais on a aplani les différences, déplacé le tournoi à Québec et réduit la formule à un 2 de 3, remporté en deux parties par les Remparts en or.

La formule changeait en 1972 avec les représentants du Québec, de l’Ontario et de l’Ouest, qui disposaient désormais de trois ligues bien structurées. On organisait une poule en double où chaque équipe affrontait deux fois les deux autres. En 1983, on ajoutait une formation hôtesse et adoptait la formule actuelle du simple tournoi à la ronde suivi de demi-finale et de finale.

Je m’en voudrais de ne pas mentionner qu’on a créé en 1919 la fameuse coupe en hommage au sacrifice des soldats canadiens disparus lors de la Première Guerre mondiale. Eh oui! Au moins une bonne conséquence d’un si triste conflit conclu par le traité de Versailles.

Fermons la parenthèse et retournons au hockey et à la belle Cendrillon. Mais avant Cendrillon, les monarques!

 

Les Monarchs de Regina

Regina s’est emparé de quatre coupes Memorial. L’équipe a cependant gagné sa deuxième en 1928 sous le nom de Monarchs. Ça vaut la peine d’en reparler, puisque ce fut toute une équipe dirigée par un athlète exceptionnel, dont le meilleur joueur a bu dans la coupe Stanley par la suite.

À l’époque, les saisons étaient moins longues. En 1927 et 1928, les Pats et les Falcons de Regina ont décidé de s’unir pour constituer, sous l’habile direction de l’entraîneur Howie Milne, une formation regroupant les meilleurs éléments de ces deux troupes de hockeyeurs. Ils ont connu une saison 1928-1929 de rêve. Leur marche vers le titre canadien s’est entamée par une saison régulière parfaite de six victoires en six matches.

Après, les Monarchs ont torpillé les Yellow Grass Juniors, en finale du Sud, de 32 buts (contre une maigre riposte de 2 filets) dans une mini-série de deux parties. Les Monarchs ont ainsi accédé à la finale provinciale de la Saskatchewan contre les Wesleys de Saskatoon. Un autre triomphe facile, cette fois au pointage de 17-8 grâce à deux victoires claires et nettes. Le titre provincial leur appartenait.

Ils se sont donc retrouvés en demi-finale de l’Ouest contre la formation junior de Blairmore, championne de l’Alberta. Autre victoire facile, cette fois au compte de 13-1, encore au total de deux parties.

En finale de l’Ouest, la troupe de Milne a lessivé les Thistles de Kenora 8-0, avant de subir un revers à sa 12e rencontre, au compte de 4-3. Les Monarchs ont néanmoins remporté la finale au pointage total de 11-4 pour conquérir la coupe Abbott et avancer à l’étape suivante, la Coupe Memorial.

La première partie de la série 2 de 3 avait lieu à l’Arena Gardens de Toronto. Le rapide ailier droit Harold « Mush » March a enfilé les quatre buts des Monarchs en route vers un gain de 4-3 aux dépens des Gunners d’Ottawa. Le second duel se déroulait au Toronto Varsity Arena, et la plus petite surface glacée a eu un impact sur le résultat, puisque les Monarchs comptaient sur des marchands de vitesse. Les Gunners l’ont emporté 2-1. La série nécessitait un 3e match et c’était la première fois en une décennie à ce tournoi. De retour au Toronto Gardens, sur une plus large patinoire, les Monarchs ont passé les Gunners au tordeur, l’emportant sur un pointage incisif de 7-1, pour s’approprier la couronne du hockey junior canadien.

Le meilleur marqueur des Monarchs, Harold March, a été intronisé au Temple de la renommée des sports de la Saskatchewan en 1988. Il a marqué 153 buts et récolté 230 mentions d’assistance en 759 parties régulières en 17 saisons dans la LNH avec les Blackhawks de Chicago (1928-1929 à 1944-1945). Il a aussi inscrit 12 buts 15 passes en 46 rencontres éliminatoires, pour un total de 410 points en 805 parties dans la Nationale (et 569 minutes de punition).

Il a trempé les lèvres dans deux coupes Stanley : en 1934 (2 buts 2 passes en 8 parties des séries) et 1938 (2 buts 4 aides en 9 matches). Les deux premières de Chicago. En 1931, avec Dick Irvin comme entraîneur, les Hawks avaient pris les devants 2-1 les parties avant de perdre 4-2 et 2-0, pour s’incliner 3-2 en finale 3 de 5 devant les Canadiens de Montréal. Le capitaine des Glorieux était Sylvio Mantha et Johnny Gagnon a été l’auteur du filet victorieux pour la 4e de 24 coupes Stanley à Montréal, la seconde consécutive (la première remontant à 1916).

March, à sa 3e saison et ses premières séries professionnelles, avait inscrit 3 buts 1 passe en 9 parties après une campagne de 17 points en 44 parties. Sa meilleure saison a été l’avant-dernière, 37 points en 48 parties (dont 10 buts). La saison où il a signé le plus grand nombre de buts a été 1935-1936 : 16 (et 35 points en 48 matches); il a ajouté 2 buts 3 aides en 2 matches des séries. En 1942-1943, il a obtenu 29 aides en 50 parties, son plus haut total (et 7 buts pour 36 points). Il a eu la chance d’affronter le Rocket pendant trois saisons.

 

Multi-sports

Quant à l’entraîneur Milne, un talentueux hockeyeur, baseballeur, footballeur et basketteur, il a gagné sa vie avec le sport et il avait été l’athlète par excellence de Regina en 1923 et 1924.

Il a évolué pour quatre formations championnes de sa province au hockey de 1919-1920 à 1922-1923, dont les Patricias qui ont mérité le titre dans l’Ouest canadien en 1922 avant de s’incliner en finale canadienne.

Après deux titres provinciaux de football, comme joueur, en 1919 et 1920, il s’est joint aux Roughriders de la Saskatchewan en 1921 jusqu’à sa retraite après la saison 1928. Il a accroché casque et crampons à l’issue de la défaite de 30-0 des Roughriders aux mains des Tigers de Hamilton en finale de la coupe Grey; la 1re de 15 défaites en finale, pour 4 conquêtes des Riders. Il était devenu leur joueur-entraîneur à compter de 1925. Il a donc dirigé son équipe jusqu’en finale pour la coupe Grey.

En 1928-1929, il agissait aussi comme entraîneur des Vics de Regina lorsqu’ils ont remporté le titre senior de la Saskatchewan au hockey.

Dès 1929 il devenait arbitre de football dans la Ligue canadienne et il se révèle le premier citoyen de l’Ouest canadien à avoir servi d’officiel à une finale de la coupe Grey. Il demeura arbitre de football jusqu’au milieu des années 50. Parallèlement, en 1933, devenu un arbitre respecté sur la patinoire, il a également arbitré en finale junior de l’Ouest, et puis à la coupe Memorial de hockey.

Il a joué senior au basketball de 1923 à 1927, et de 1919 à 1927 il fut un joueur de baseball exceptionnel. 

Tout ceci pour dire que les Pats ont remporté quatre fois la coupe, même s’ils s’appelaient Monarchs, puisqu’ils composaient plus de la moitié de l’équipe. Quatre coupes, c’est très bien, quand on sait que les Generals d’Oshawa se sont emparés de leur 5e coupe en 2015 et qu’ils ont perdu 6 finales. Les Malboros de Toronto dominent avec 7 conquêtes en autant de finales! Dur à battre, non?

 

Cendrillon encore au bal lorsque minuit sonne

J’arrive au nœud du sujet. Cet hiver, les Pats de Regina ont subi l’élimination aux mains d’une puissante formation dès la ronde initiale. Les Broncos de Swift Current les ont culbutés en 7 parties, en route vers le titre ultime de la ligue de l’Ouest. Et les Pats ont dû consacrer un mois et demi à leur préparation en vue de l’événement qu’ils accueillent au Brandt Centre de Regina.

Rien de nouveau sous le soleil, car l’an passé, les Knights de London ont court-circuité en ronde initiale de l’OHL les Spitfires en 7 matches, avant que les puissants Otters d’Érié, détenteurs de la double couronne en Ontario, mordent la poussière contre Windsor en finale pour cette fameuse coupe Memorial. Les Spitfires, contre toute attente, ont remporté leurs quatre parties, disposant deux fois de la troupe dotée de la meilleure attaque, 4-2 et 4-3 (dans le match ultime). Jeremy Bracco, Gabriel Vilardi, Jeremiah Addison, le défenseur étoile Mikhail Sergachev et surtout le portier Michael DiPietro avaient disposé à domicile des terribles attaquants Dylan Strome, Taylor Raddysh, Alex DeBrincat, Anthony Cirelli et Warren Foegele, appuyés par le défenseur Darren Raddysh. Les frères Raddysh et Sergachev ont été sélectionnés sur l’équipe d’étoiles; Strome, meilleur buteur et marqueur, a mérité le trophée du joueur par excellence; mais un DiPietro dominant s’est emparé du trophée Hap Emms et de la coupe.

En 2012, les Cataractes de Shawinigan (du capitaine Michaël Bournival, avec Morgan Elllis comme coéquipier), éliminés par Chicoutimi en 7 parties en quart-de-finale (2e ronde), avaient disposé des Knights de London de l’entraîneur Mark Hunter 2-1 en prolongation (dont le protégé Jarred Tinordi avait su se faufiler sur l’équipe d’étoiles). L’entraîneur Gerard Gallant avait pourtant mené les Sea Dogs à la double couronne de la LHJMQ, balayant les séries avec 16 gains et un seul revers, subi en prolongation. Il devenait le 4e entraîneur (après Maurice Filion, Ghislain Delage et Michel Therrien) à conduire son groupe à trois finales de suite de la LHJMQ et les Sea Dogs détenaient la coupe Memorial, remportée contre les Olympiques de Gatineau en finale en 2011… Mais les Cataractes d’Éric Veilleux leur jouaient un sale tour en demi-finale, prenant leur mesure au compte de 7-4.

L’équipe hôtesse, ou « Cendrillon », sera donc de la dernière valse dimanche soir. Une fois de plus!

Va-t-elle priver Mario Pouliot et le Titan de l’emblème de la suprématie du hockey junior canadien? Ou Cendrillon perdra-t-elle un soulier de glace (ou un patin) en s’enfuyant au son de la sirène, lorsque sonneront les douze coups de minuit?