J’allais courir avec le Kenyan Arile Julius sur le mont Royal. Quel privilège de se retrouver près d’un champion, 4e lors du marathon de New York, de passage à Montréal pour la promotion de son film, Arile et Matanda.

 Peu bavard, il a glissé quelques mots en anglais et répondu timidement aux questions des quelques mordus qui s’étaient déplacés pour vivre l’expérience.

 Joan Roch, l’ultra-marathonien se retrouvait sur place car l’ONF l’a élu pour faire la publicité de ce film. Mais qu’est-ce qui se passe avec Joan ? Il a complètement disparu de la scène de la course à pied. Son absence inquiète. Tout au long de l’ascension vers le sommet, j’en ai profité pour m’informer, lui poser quelques questions.

 

La famille est devenue la grande priorité dans la vie de Joan.

 

Les gens s’interrogent. Avec prudence et dans le but d’éteindre certaines fausses rumeurs, il a bien voulu apporter des précisions sur ce qu’il vit présentement.

 « Tu sais Daniel, je n’ai pas à me justifier. Je ne vais pas mourir, je ne suis pas malade.  On parle simplement de course à pied. Je considère qu’il n’y a rien de grave dans cette décision. J’ai fait le tour, c’est tout. La motivation a disparu. J’ai dû annuler des épreuves importantes car je ne retrouvais plus le dynamisme pour les traverser », m’a-t-il confié, ajoutant qu’il n’avait pas chaussé ses souliers de course depuis plusieurs semaines.

 D’ailleurs, il a pris un peu de poids notre ami Yoan ! «Je ne suis pas un athlète professionnel, voilà », répètera-t-il à plusieurs reprises durant notre conversation, comme s’il s’agissait de la raison majeure de cette absence. « Je n’ai plus rien à prouver. Je crois avoir fait le tour. Courir pour simplement accumuler des courses, je n’ai pas le goût. »

 

Une expérience exceptionnelle que celle de courir en compagnie d'Arile et de Joan.

 

Puis, il y a l’aspect familial qui a pesé lourd dans la balance. On sait qu’il avait quitté son emploi pour se consacrer à fond à la course à pied et essayer d’en vivre. « Une implication du genre exige énormément de temps, de préparation. Le noyau familial fut durement éprouvé. Mes enfants grandissent et je dois être de plus en plus présent. Combien de fois je me suis demandé qu’est-ce que ça allait me procurer davantage si je persistais. »

 Joan a hésité longtemps avant d’en parler. En fait, c’était la première fois qu’il se confiait ainsi à un représentant médiatique. Il considérait qu’il n’avait aucun compte à  rendre à personne car à ses yeux, ce n’est que de la course à pied, dit-il. « En plus, on commençait à me mettre un peu de pression, on s’attendait beaucoup de moi. J’aurai vécu intensément avec ce sport pendant un peu plus d’un an et j’ai réalisé le projet qui me tenait le plus à cœur, écrire un livre », disait-il tout sourire, une fois rendu en haut de la montagne.

 Adossé sur la rampe du belvédère, devant le centre-ville de Montréal, Joan a révélé qu’il ne pouvait plus vivre adéquatement,  simplement avec la course à pied. « J’ai déniché un nouvel emploi qui devient plus intéressant pour moi. Il s’agit d’un autre défi et je compte bien m’y investir à fond ».

 

Joan devant la caméra pour la promotion du film.

 

À un certain moment, un autre coureur qui écoutait notre échange a demandé à Joan s’il croyait revenir éventuellement à la course à pied ? « Peut-être dans un film de science-fiction », a-t-il laissé échapper, en me regardant avec un gros sourire.

 Même les allers-retours pour le travail devenaient monotones. « Je ne savais plus quels endroits photographier vers la fin ! »

 Ça faisait drôle de l’entendre parler de cette façon. Personnellement, je n’imaginais pas qu’un tel athlète aussi impliqué intensément pourrait un jour tenir un tel discours.

 

 

Deux grands compétiteurs, Arile et Joan.

 

« J’ai fait l’achat d’un vélo et je me balade. Ne vous imaginez pas que je me prépare pour un ironman car je n’aime pas ce genre de course. »

 La vie de Joan Roch vient de basculer. Elle adopte un virage. Il vient de se faire dépasser par la famille et le travail et il a bien l’intention de respecter cet ordre jusqu’au fil d’arrivée !