L’émotion est à couper au couteau, Jean-Simon Bourgie se livre avec ses tripes.

 « Je possède un parcours atypique. J’ai l’air de bien aller mais…. »

 Et le récit qui suivait allait me chambouler, de la part d’un jeune qui vient de fêter son 29e anniversaire, le 7 septembre dernier.

 De 2012 à 2014, il n’a pas existé. D’énormes problèmes de consommation détruisaient son existence. « Je croyais que ça n’allait pas durer », dit-il d’entrée de jeu. Or, il devait retomber sur terre quelques années plus tard.

 Je suis étonné d’apprendre qu’il constituait une étoile montante du tennis québécois. Tout gravitait autour de cette discipline. Considéré dans les dix meilleures raquettes dans la province, il préconisait un mode exemplaire jusqu’à 18 ans. Sport, sport, sport et sports études, continuellement dans la formule de plaire aux autres.

 

À un certaine époque, Jean-Simon s'est retrouvé parmi les dix meilleurs joueurs de tennis au Québec.

 

« Je me sentais différent mais je voulais à la fois rejoindre la masse. Je feintais de fumer pour faire comme les autres. » Puis, son père qui travaille en Afrique de l'Ouest  décide que son fils passera trois mois en Floride pour parfaire son tennis. Un p’tit gars de Sainte-Adèle qui se retrouve à Miami, constatant une vision différente avec le luxe, les filles et tout ce qui vient avec cet étalage.

 « J’ai toujours été entouré de gens plus vieux que moi. Un soir, nous sommes sortis dans un bar et les gars m’avaient installé un bracelet au poignet qui indiquait que je n’avais pas le droit de consommer. Je me suis dit : Est-ce que je suis en train de manquer quelque chose ? »

 Jean-Simon est reconnaissant envers son père car il a toujours fréquenté des écoles privés et n’a jamais manqué de rien. Toutefois, à son retour au Québec, il prend la décision d’abandonner le tennis et s’inscrit à l’éducation des adultes à Saint-Jérôme car il avait délaissé l’école après son 4e secondaire, histoire de se concentrer davantage sur le tennis.

 

 

Une mère qui n'a jamais cessé de croire en son fils.

 

À 21 ans, il reçoit une carte lors d’un atelier de prévention des drogues à son école. Ébranlé, il décide de la conserver et aujourd’hui, il la regarde à chaque matin. «Un geste qui fait que je peux avancer aujourd’hui. »

 Le tournant de sa vie survient en 2011 alors que son cousin Éric Rado est frappé par un chauffard à Val David. Il est abandonné par un grand froid hivernal. Il survivra mais avec des séquelles dont un traumatisme crânien et l’amputation d’une partie d’une jambe et du pied de l’autre jambe. « Dès ce moment, je me suis aperçu que je souffrais d’un problème de consommation car il m’arrivait régulièrement de conduire ma voiture en état d’ébriété. Tu sais, notre génération stipule qu’on a une vie à vivre, qu’il ne doit pas y avoir de regret à nos actes et que les conséquences, on saura bien composer avec ce phénomène. Oui, j’ai eu du plaisir mais c’était éphémère, superficiel. »

 Suivra une vraie débandade avec des pertes d’emplois, l’éloignement des membres de sa famille, de son entourage, un abandon à l’université, des overdoses, des idées suicidaires, bref, rien n’allait correctement dans sa tête. 

 

 

Jean-Simon ne jure aujourd'hui que pour la course à pied.

 

Assis devant moi, Jean-Simon prend une pause. Il entre dans le vif du sujet. Rien de facile de ramener dans sa mémoire cet épisode cauchemardesque. Après avoir repris ses esprits, il parle de ce fameux party alors qu’il accompagnait son cousin qu’il a toujours considéré comme sa petite étoile. « Quand je me retrouve avec lui, je suis reconnaissant envers la vie. Nous sommes à la fin de la soirée. Je suis ivre. Il me demande de l’aider. On parle d’une solide pièce d’homme. Puis, il aimerait que je lui retire ses prothèses. À cet instant, j’ai figé. En pleurs, je me suis couché à ses côtés pendant trente minutes. Je réalisais que mes valeurs étaient erronées et que j’avais réellement besoin d’aide. »

 De retour à la maison, il confie à sa mère qu’il veut de l’aide, qu’il veut s’en sortir. Il découvre alors Étienne Boulay et s’identifie rapidement à lui. Aujourd’hui, il peut même l’appeler à n’importe quel moment. Ils sont devenus de bons amis. « Je manipulais ma mère, je lui racontais un tissu de mensonges et je me faisais un plaisir de lui rappeler qu’elle ne me comprenait pas. »

 

Jean-Simon s'est lié d'amitié avec l'ex-joueur des Alouettes de Montréal, Étienne Boulay.

 

Le 29 mars 2017, il entre à la maison de thérapie Jean-Lapointe, souffrant d’anxiété, de culpabilité. « Je ne disposais d’aucune valeur solide. Graduellement, j’ai compris que ma mère avait tout fait pour m’aider, qu’elle s’était sacrifiée au maximum. »

 Il me montre alors sur son cellulaire ce fameux chèque de 150.$ que sa mère lui avait offert pour son anniversaire de naissance en 2016 en lui disant d’attendre à la date inscrite pour le changer car elle n’avait pas assez d’argent ! Il ne l’a jamais déposé et le regarde à chaque jour.

 En thérapie, il signe un 180 degrés et après un an d’abstinence, la maison Jean-Lapointe lui offre l’opportunité de devenir porte-parole. Encore là, je sens toute l’émotion le gagner et je juge nécessaire de lui accorder quelques secondes de répit afin qu’il reprenne ses esprits. « Là-bas, ils m’ont fait confiance au moment où je n’en disposais plus. J’avais une fausse estime de moi et maintenant, je n’ai plus peur d’avancer. »

 

À chaque fois qu'il en a l'occasion, il se fait un devoir de conseiller les jeunes afin de les prévenir des dangers de la consommation.

 

À sa sortie de thérapie, il se retrouve avec une dette estimée à 40,000$, sans permis de conduire, sans aucun sou. Il trouve du travail. Il passe la vadrouille ! C’est alors qu’il découvre le best seller Miracle Morning de Hal Elrod qui lui fait découvrir la course à pied. « En te levant le matin, tu prends un verre d’eau à jeun et tu vas courir, écrit-il et c’est ce que je fais à 5h00 du matin ! En courant, je médite, je visualise et grâce à cette discipline, j’ai déjà progressé beaucoup plus que je l’aurais cru. »

 Il veut aider sa mère, aider les jeunes. « Passer du temps avec ma famille et remettre un chèque de 15,000$ à ma mère, voilà mes préoccupations pour le moment. J’ai déjà comblé mes dettes. J’ai appris l’humilité et l’authenticité. »

 

Voilà le texte qu'il se fait un devoir de lire à chaque matin en se levant.

 

Il a couru son premier marathon à Québec il y a quelques semaines avec un temps de 4h04. « Cette sensation après le fil d’arrivée est supérieure à toutes celles que j’ai pu ressentir avec les drogues. La course à pied me garde en forme spirituellement. Elle représente ma pilule pour soigner mon TDAH»

 Après son marathon, il a vécu une petite crise d’anxiété, ce qui est normal chez certains qui brisent la glace de cette distance.

 

 

Son ami Éric Lachapelle était présent au départ de son premier marathon à Québec afin de l'encourager et lui démontrer toute sa fierté.

 

Actuellement à l’emploi pour une compagnie qui fabrique des armoires, il étudie le soir pour devenir courtier en immobilier. Sa confiance se bâtit tranquillement et quand je lui ai dit qu’il était chanceux de pouvoir s’en tirer, il m’a rapidement corrigé en disant : « Je n’aime pas le mot chanceux. Je préfère privilégié. »

 Il est vraiment sur la bonne voie.