Les gens sensés, conscients ne viendront pas vous le dire, prétextant qu’ils se mêlent de leurs affaires, qu’ils ne veulent en aucun temps jouer les trouble-fête.

 Ils voient et constatent comme plusieurs mais préfèrent ne pas créer  de remous. L’exagération, peu importe le milieu, devient facile à percevoir. On le dénote et généralement, on ne bouge pas.

 Voilà un comportement régulier.

 Je me souviens, j’ai effleuré le sujet jadis. Délicat, il faut nécessairement le prendre avec des pincettes. Vous me direz que je suis très mal placé pour en parler. Je ne peux vous contredire.

 Justement, une victime doit se faire un devoir aujourd’hui de prévenir quand elle a traversé cette période sans trop s’hypothéquer, ne serait-ce que pour soulager sa conscience. Oui, car plusieurs autres devront payer la note.

 

La nouvelle mission d'Éric Lacroix est dorénavant dans la prévention.

 

Le raisonnement devient pénible à contrôler en course à pied car on nous répète constamment qu’il faut bouger, s’activer pour être bien dans sa peau et prévenir à la fois les maladies. Voilà où se situe l’origine du problème.

 Frais en mémoire cette entrevue que j’avais eue avec le mentor de l’institut de cardiologie de Montréal, le réputé Docteur Juneau. À cette époque, je pourchassais mon objectif d’obtenir mon 100e marathon et j’accumulais les 42km comme un malade.  J’hésitais avant de lui poser la question qui tue. Je voulais connaître son opinion sur les gens qui enfilent les ultras et les marathons à profusion comme je le faisais.

 Je me souviens de la moue qu’il ne pouvait retenir. Après un court instant de réflexion, il m’a regardé droit dans les yeux. Il m’a alors confié que pour les bienfaits de la santé en général, il devenait préférable de ne pas dépasser la distance d’un marathon. Oui mais en faire plusieurs comme moi ? Hochant la tête et y allant d’une grande respiration, il ajouta que je marchais sur des œufs, que je me devais d’être attentif.

 

Toute une référence au niveau de la course à pied et pourtant....

 

Heureusement, tout s’est bien déroulé. J’ai écouté les signaux de mon corps même si je reconnais avoir triché à quelques occasions.

 Et est apparu ce papier que ma compagne m’a mis en pleine face, il y a quelques jours. Il parle d’Éric Lacroix, vainqueur du 1er marathon de l’histoire du Mont-Blanc, adepte de longues distances en trail, installé depuis une quinzaine d’années sur l’île de la Réunion avec sa femme et ses deux enfants, un professeur, une personne dont la réputation n’est plus à faire dans ce milieu à l’échelle mondiale, une sommité je vous dirais.

 Or, en septembre dernier, sa vie a basculé suite à un infarctus. Qui aurait pu imaginer cette malchance surtout de la part d’un gars en pleine possession de ses moyens ?

 

Il avoue aujourd’hui. Il a exagéré et les conséquences auraient pu devenir encore pires. Rien de très compliqué dans la solution, il faut savoir respecter l’équilibre. Or, quand tout roule admirablement bien et que les éloges fusent de partout, comment ne pas s’enivrer au point de ne plus respecter les normes ?

 Durant ma carrière, j’en ai vu des adeptes se voir dans l’obligation d’abdiquer. Je dois y aller d’un avis de prévention même si je l’admets, je suis loin d’être une référence dans ce domaine.

 Je ne cesse de répéter que j’ai réalisé rapidement que je n’avais pas de talent. Donc, pas question de pousser la machine à fond. Je me suis toujours rappelé que c’est peut-être cette facette qui en bout de ligne m’aura permis d’éviter la catastrophe.

 Mais je sais que demain, vous aurez tourné la page et tout oublié. Ainsi va la vie….