Une existence, ça bascule facilement. Même en contrôle, un p’tit détail viendra perturber le quotidien alors que tout se déroulait normalement. On ne comprend pas, on s’explique mal, on se pose des questions.

 Jean-François Guimont, 41 ans, menait une vie qui ne laissait aucunement présager la période intensive qu’il traverse depuis vingt mois. Athlète de haut niveau dans la vingtaine, il devient un excellent adepte de la course à pied. En 2015, il court même le marathon de Boston. Allez dont comprendre. Il obtient par surcroît sa qualification pour 2018 qu’il ne pourra courir.

 À l’écoute de son récit, on éprouve une sensation d’impuissance pour admettre ce mauvais sort. Lors d’un ultra marathon en 2016, il se fracture sérieusement une cheville alors qu’en pleine noirceur, il calcule mal un saut et ce, même muni d’une lampe frontale. Quelques mois plus tard, il prend part au marathon de Burlington mais la douleur revient au point de terminer le parcours en boitant. Il décide d’acheter un vélo, histoire de compenser un surplus d’énergie.

 

Toute la famille accompagne Jean-François dans cette route vers la guérison.

 

Son épouse des quinze dernière années, Élaine Grégoire court également Burlington et avec 3h21, termine première dans sa catégorie d’âge. Puis, la situation s’aggrave en mars 2018 alors qu’il affiche des premiers signes d’épilepsie, des contractions musculaires involontaires alors qu’un doigt bouge sans le vouloir. Une visite chez le médecin de famille le rassure car il ne trouve rien d’inquiétant.

 Or, le lendemain du marathon de Boston 2018 alors qu’Élaine y prend part, on croit que Jean-François est victime d’un ACV. Immédiatement, il est transféré au CHUM car les médecins doivent intervenir dans les quatre prochaines heures pour éviter des séquelles permanentes. Après vérifications, ils constatent qu’il ne s’agit pas d’un ACV mais d’une masse qui se retrouve au cerveau.

 Le 24 avril après une biopsie, le diagnostic tombe. Il souffre d’une tumeur pédiatrique maligne, très rare chez les adultes. Il s’agit d’une malchance pure et simple, sans aucune explication.

 

Il fut une époque où Jean-François était considéré comme l'un des meilleurs athlètes au pays en biathlon.

 

Jean-François et Élaine, attablés dans la cuisine de leur demeure à Mascouche, me racontent cette période dans les moindres détails. Je les sens encore ébranlés par la situation même si la vie de tous les jours a repris sa normalité.

 Jean-François a déjà été membre de l’équipe nationale de biathlon, participant au championnat junior canadien et la coupe d’Europe. Afin de financer son entraînement et de développer son talent, il avait joint l’armée. À cause de complications, il a quitté ce milieu en 2002-03, ratant ainsi des possibilités de participer aux Olympiques de Turin et de Vancouver.

 Il décide d’amorcer des cours à l’université Concordia qui le spécialiseront en massothérapie, ostéopathie et en thérapie avec une spécialité en course à pied, suite aux recommandations de Blaise Dubois.

 

Dans un fauteuil adapté, Jean-François peut encore vivre les sensations d'une course grâce à la collaboration de son épouse Élaine.

 

Au mois d’août 2018, après une période positive en réadaptation et même un 12km de course à pied, la famille décide de prendre une pause et de partir en vacances au Québec. Celles-ci prendront fin abruptement, avant la date prévue car la situation de Jean-François se détériore sérieusement. Il se retrouve de nouveau dans une urgence. La tumeur a amplifié ce qui nécessitera une intervention chirurgicale de six heures le 29 août 2018.

 Le médecin lui confirme que c’est un succès, que l’entièreté de la masse a été retirée. Toutefois, quelques jours plus tard pendant son hospitalisation au CHUM, il chute. Il ne peut plus parler et se retrouve pratiquement dans un état comateux. Il doit subir une 3e opération le 19 septembre pour retirer du sang.

 Il traverse la chimiothérapie avec distinction. Mars 2019, l’avenir s’annonce positif. Toutefois, il montre encore des signes d’épilepsie. Le 10 juin, récidive suivit d’un autre traitement de chimiothérapie. À ce moment, on lui annonce la présence de trois masses. L’intervention est risquée. Les chances qu’il paralyse du côté droit sont énormes. Il refuse. Alors, commence de la chimiothérapie intraveineuse. Voilà où nous en sommes aujourd’hui.

 

Peu avant la découverte de son cancer, Jean-François avait reçu un certificat de Blaise Dubois dans la prévention des blessures.

 

On parle d’un traitement expérimental. « On m’a expliqué les trois possibilités. Soit qu’on arrive à stabiliser la situation, soit qu’on réussisse à la contrôler et que les masses diminuent ou finalement, c’est la fatalité », m’explique clairement Jean-François, qui semble posséder un moral de fer.

 Élaine, ergothérapeute de profession, ne travaille plus depuis un an et demi. Parents de deux garçons, Jean-Philippe, 13 ans et Christophe, 9 ans, la vie doit se poursuivre.

 Il faut dire que l’achat d’un fauteuil Kartus que les clients de Jean-François ont contribué à payer, fournit une qualité de vie essentielle à ce couple. « Je me réapproprie le plaisir de la communauté des coureurs et je ressens cette énergie." Toute menue, Élaine parvient à pousser un poids de 230lbs lors d’entraînements ou de courses. « Je retrouve de ce fait le goût de vivre et l’espoir car l’isolement commençait à peser lourd dans notre vie. Je me nourris de nos entraînements de groupe qui me permettent de sortir de l’ombre. »

 

Jean-François.... à une autre époque.

 

Avec les récents traitements, il a malencontreusement développé une forme de diabète induite par la médication. Pour quelques minutes, je l’ai fait rêver en revenant vers son passé lorsque je lui ai demandé de me raconter de quelle façon il avait rencontré Élaine. « C’est un collègue de biathlon qui était l’ami de la sœur d’Élaine. »

 Je voyais ses yeux s’illuminer et le regard d’Élaine le fixer, pleine d’espoir.

 Puis, avant de quitter, nous avons parlé du défi Physio-Extra de Terrebonne qui sera présenté en mai 2020. On lui avait demandé d’accepter la présidence d’honneur en 2019 mais il avait dû abdiquer, trop mal en point. Je lui ai dit qu’il y sera lors de la prochaine édition !

 Durant toute l’entrevue, Jean-François a toujours gardé le sourire.