C’est une autodestruction d’une ampleur rarement vue dans le monde du sport. En l’espace de seulement quelques mois, il est passé d’un joueur étoile à l’apogée de sa carrière, à un ex-membre de la NFL. Son égo démesuré a été son pire ennemi. Engueulades, griefs à la ligue, messages textes, enfantillages et allégations d’inconduites sexuelles ont meublé la vie d’Antonio Brown au cours des derniers mois. Mais je désire plutôt m’attarder sur la façon dont Brown a géré sa carrière. Est-ce qu’il aurait pu éviter tout ce cirque? Difficile d’imaginer que cette carrière pourrait être terminée à 31 ans. L’homme avait tout. L’homme risque maintenant de tout perdre.

À Pittsburgh

L’histoire rocambolesque d’Antonio Brown prend racine chez les Steelers de Pittsburgh. Une part du blâme revient à l’organisation. L’équipe avait décidé de laisser Brown faire ce qu’il voulait. Mais attention ici, cela ne s’est pas fait du jour au lendemain. Le Antonio Brown que nous avons sous les yeux aujourd’hui n’a rien à voir avec celui choisi en 6e ronde lors du repêchage de 2010.

Au départ attitré uniquement aux retours de bottés, il a vite gravi les échelons pour devenir l’un des meilleurs receveurs de la ligue. Ajouté à cela les compliments, l’adulation des amateurs, les contrats faramineux, et l’athlète tranquille qu’il était a cédé le pas à un être égocentrique. Est-ce que cette personnalité se cachait déjà en lui? Peut-être que oui. Est-elle apparue à la suite de blessures à la tête? On l’ignore. S’il était au départ réceptif aux messages de l’organisation, et qu’il acquiesçait aux demandes de celle-ci, les dernières années nous ont démontré le contraire.

Il est bien connu que les receveurs éloignés ont la réputation d’agir en diva. Ils sont conscients qu’ils jouent, dans certaines équipes, un rôle de premier plan. C’est d’autant plus vrai à notre époque où le jeu est axé sur l’attaque. Brown estime être le centre du monde. Tout doit tourner autour de lui et le succès de la formation est impossible sans sa production personnelle. Le contraire est inconcevable à ses yeux, et il n’est jamais responsable des ratées de l’équipe.

Été 2019

Premièrement, il y a eu les allégations de son entraîneuse personnelle qui l’accuse d’agression et de viol. Deuxièmement, cette artiste qui dit avoir été victime d’un comportement inapproprié alors qu’elle peignait une œuvre murale à son domicile. L’histoire a été publiée initialement par Sports Illustrated, le 16 septembre dernier. Troisièmement, ces messages textes envoyés à cette artiste deux jours plus tard; qui ont fait surface le jeudi soir. Pour la direction des Patriots, s’en était trop. Antonio Brown a été libéré le lendemain (20 septembre).

À Oakland

Le comportement enfantin de Brown a pris une tout autre tournure dans l’organisation des Raiders. Après avoir déposé deux griefs concernant son casque protecteur, il a cru bon confronter le directeur général, Mike Mayock. Il a aussi mis en ligne une conversation téléphonique avec Jon Gruden. Il a ainsi attaqué directement l’équipe qui venait de lui consentir un contrat avec 30 millions de dollars garantis. Les Raiders ont ensuite libéré Brown, qui s’était présenté au camp d’entraînement à bord d’une montgolfière!

À Foxboro

Plusieurs analystes ont déclaré que le contenu des textes envoyé à l’artiste, a précipité la sortie de Brown de l’organisation des Patriots. Pour ma part, je crois que c’est la décision en tant que telle d’envoyer des messages qui a sorti Brown de Foxboro. Pour Bill Belichick, il n’y avait aucune tolérance possible; même chose pour Robert Kraft. Mais Brown n’a sûrement pas pris au sérieux les avertissements qu’il avait reçu de Belichick à son arrivée avec l’équipe, quelques jours plus tôt. Il a tout simplement agi comme il a toujours fait dans le passé. Il a agi de son propre chef, en balayant du revers de la main les conséquences de ses actions. Il s’est moqué de l’autorité. Il s’est même permis d’attaquer Robert Kraft à l’intérieur d’une série de messages dimanche dernier, soit deux jours après avoir été libéré. Il a aussi attaqué Ryan Clark, un ancien coéquipier, qui avait critiqué ses faits et gestes. Shannon Sharpe, analyste au réseau FOX, Ben Roethlisberger, Mike Tomlin et JuJu Smith-Schuster ont également été visés.

La fin?

Les Patriots de la Nouvelle-Angleterre ont accueilli Brown malgré un comportement très documenté au fil des derniers mois. Robert Kraft lui consentant un contrat avec neuf millions de dollars garantis. Le duo Belichick-Mcdaniels avait mis en place une stratégie offensive pour l’impliquer activement dès son premier match face à Miami. Il avait la chance d’évoluer sous les ordres de Bill Belichick, et recevoir des ballons de Tom Brady. Mais en bout de ligne, même si la situation était idéale, son besoin de vengeance était plus fort que tout.

Est-ce qu’Antonio Brown a déjà fait un exercice d’introspection? S’est-il déjà demandé s’il est responsable de ce qui se passe autour de lui? Si cela n’a jamais été fait, le temps est propice à un tel examen.