Sa voix douce, Jessica se présente souriante, calme détendue après cette grande prouesse. Elle a vaincu, passé au travers d’un incroyable défi, 26 marathons en 26 jours.  Elle s’amusait avec le « ON » dans les derniers kilos de chacun d’eux, pour se convaincre, se motiver à ne pas abandonner. Alors, finalement, elle ne se sentait jamais seule dans sa solitude.

 Oui, bien sûr, ces fichus démons ont bien tenté de l’abattre. Or, solidement préparée, on comprendra qu’elle les aura écartés.

 Avec Olivier (Le Mener), son inséparable mari, l’entente fut respectée. Il y avait eu discussion avant le départ. C’était clair dans l’esprit de chacun. Pas de conflit, elle ne voulait surtout pas qu’il devienne inquiet. « Je relevais mes sentiments et rapidement, je passais en mode solution. Je lui disais de me faire confiance, que je pouvais poursuivre. Il fut indispensable, précieux. Il n’a pas chômé. Sans lui…. »  relatait Jessica.

 

Il fallait bien se reposer parfois.

 

Les obstacles, ils ont surgis. Comme la fameuse Baie de Fundy, la pire étape, à cause des vents déchaînés. Les ampoules au pied qu’elle arrivait à oublier grâce à sa force mentale. Puis, ce pitbull, pourtant attaché, trop énervé par la présence de la dame, qui a réussi à briser son lien et tenter de se ruer sur Jessica. Heureusement, la propriétaire, alors dans sa maison, est intervenue rapidement, sinon, qui sait ?

 Et ce fameux Google qui a fait des siennes en l’envoyant dans la mauvaise direction, vers le chemin de la Petite Rivière au Nouveau-Brunswick, presqu’entièrement inondé qui l’a obligée à retirer ses souliers et ses chaussons afin de le traverser !

 Un beau matin, à Moncton, elle envisageait sérieusement d’abandonner. Soudain, elle reçoit un appel d’un ami, Simon Fortin qui lui demande des nouvelles, tout en la supportant. Sans vraiment le savoir, il l’a relancée et lui a fourni la dose de courage qui lui manquait.

 

Au Québec, nombreux sont les adeptes qui ont accompagné Jessica ce qui lui a rendu la tâche plus facile.

 

Mais le pire, lors d’une soirée, l’appel téléphonique d’Alyssa, sa fille ainée, qui se meurt d’ennui. C’est difficile. Un message qui se dirige droit au cœur de la maman. Alors, Jessica ressent ce sentiment de culpabilité, vous savez, lorsqu’on se questionne à savoir si nous allons trop loin. Rongée par l’inquiétude à maintes reprises, elle a démontré une force de caractère jusque-là insoupçonnée.

À peine quelques jours après son départ, une inflammation au genou émane. Un stress mécanique qu’il faut guérir. Quelques soins appropriés et le malaise disparaîtra graduellement, comme par miracle. « Mon corps devait s’adapter et il a compris que j’allais lui exiger toute une commande. »

 Au terme de chaque journée, le programme de récupération entrait en fonction avec un bain d’eau glacée de 20 minutes, l’application d’huiles essentielles, les jambes pointées vers le haut pour 15 minutes, le rouleau sur les muscles, un bon massage et un bon repas. « Je ne disposais d’aucun régime particulier. Je mangeais ce dont j’avais le goût. J’ai même mangé de la viande moi qui habituellement, n’y touche pas. » Pour le sommeil, elle tombait dans les bras de Morphée tôt en soirée afin de compléter son douze heures de récupération. « Tu sais Daniel, à bien y songer, je n’ai jamais pris autant soin de moi-même durant toute ma vie ! »

 

Quand on n'a pas le choix !

 

Courir au Québec fut tellement agréable à cause de l’appui des gens qui l’accompagnaient sauf qu’outre-frontière, il fallait nécessairement utiliser les facultés mentales. « J’étais heureuse, dans la gratitude de constater les effets positifs sur les réseaux sociaux. Parfois, Olivier me parlait et se butait à cette bulle qui me réconfortait.»

 Elle visait 50,000$ et a dû se contenter de 9,000$ pour la Fondation Cervo. « Il aurait été avantageux que je m’implique dans la promotion de l’événement avant de partir. J’ai manqué de temps car je devais bien me préparer physiquement. » Il aura fallu huit mois de planification pour bien remplir cette mission.

 Suite à une pause de deux semaines après le défi, Jessica s’est remise à courir lentement. « Ma première sortie fut de 6km et ce fut très ardu. Je ne suis aucunement écœurée de la course à pied, au contraire, je n’ai jamais été aussi heureuse de toute ma vie. »

 

À quelques reprises, Jessica s'est retrouvée dans des situations difficiles, tant au niveau du parcours qu'avec des conditions climatiques pas toujours favorables.

 

Elle aimerait reconnecter d’ici deux ans avec une autre péripétie du genre qui se déroulerait entièrement au Québec et qui impliquerait les gens. « J’ai tellement à apprendre sur moi-même ».

 Son frère Jordan qu’elle rejoignait en France et pour qui elle dédiait cette grande aventure, n’a pas voulu courir. Or, son jumeau Kevin l’a fait à quelques reprises en accompagnant sa sœur sur le Vieux Continent.

 Puis, il y a ce jour où soudainement, Jessica a aperçu un gigantesque orignal, étendu sagement au milieu de la route. Brusquement, elle s’est arrêtée. Elle a déambulé tout près de lui et il n’a pas bougé. Il venait de lui rendre hommage à sa façon.

PS: Jessica avait trois paires de souliers pour réaliser cet exploit. Elle en aura utilisé seulement une puisque l'enflure à ses pieds rendait les deux autres inconfortables.

 

Un beau bronzage de coureuse !