Alors que Mario traversait son enfance, les membres de sa famille revenaient d’un voyage à Québec. Ils ont manqué d’essence. Son père est parti en cueillir. Victime lors de cet incident d’un ACV, il a paralysé du côté droit. Il pouvait parler. Mario Gélinas a vu son père décéder à 62 ans. Tout au long de son existence, il l’a côtoyé dans cette piètre condition ce qui fait qu’il a adapté une philosophie de pensée appropriée.

 Le voilà rendu à l’aube de cet âge. La grande différence c’est qu’il vient de courir un 100e marathon à Bécancour dimanche dernier ! Né le 28 mars 1958 à Grand-Mère, il a couru son premier marathon à Montréal en 1983. Multi disciplinaire, il précisera durant l’entrevue que les gens comme lui, ils se font rares !

 Canot, tennis, nage, vélo de montagne, vélo de route, patin à roulettes et même la pétanque apportent une variété nécessaire dans sa vie. Certaines disciplines, il les a même enseignées. « Le sport m’a toujours attiré. C’est la meilleure prescription qu’un humain peut recevoir », explique le retraité du domaine de l’éducation spécialisée en santé mentale, particulièrement la schizophrénie. Après trente ans de service, il a pris sa retraite à 55 ans pour simplement profiter de la vie.

 

Un gars très humain qui comprend admirablement bien les réalités de la vie.

 

Actuellement célibataire, il vit avec un drame particulier. Père d’un garçon, il ne l’a pas vu depuis 17 ans. Il avoue que s’il le croisait, il ne saurait le reconnaître. « J’ai fait mon deuil. Il fut un temps où j’aidais les gens mais je m’oubliais. »

 Sincère, il précise : « S’occuper des malades, c’est le plus beau cadeau que la providence m’a accordé. Via ce métier, j’ai pu retirer des leçons de vie et créer de solides liens d’amitié ».

 Activer les malades, voilà en quoi consistait l’essentiel de sa recette. « C’est avantageux pour moi, alors, pourquoi ça ne fonctionnerait pas pour les autres ? Tu serais étonné de voir les personnes intelligentes qui se retrouvent en difficulté à un certain moment de leur existence. »

 

Son premier marathon à Montréal en 1983, le début d'une belle réalisation.

 

La perte de son fils a causé un grand épuisement chez Mario. « Je comprends très bien la signification du mot détresse. Au diable les pilules, il faut sortir, s’épanouir par l’exercice physique. »

 À la course à pied, il a accompagné de nombreux adeptes qui ont accumulé plus de 100 marathons. « J’ai grandi avec ces modèles, Roger Goulet, Phil Latulippe, Rosaire Gagné, etc. Je dose mes énergies. J’ai compris que pour courir longtemps, on doit éviter de pousser la machine continuellement. » Présentement, il éprouve des petits malaises au dos. Il s’en occupe. Il avait pris du poids lorsqu’il a souffert d’une épine de Lenoir. Il a dû annuler cinq marathons. Opéré à deux reprises pour des pierres aux reins, il lui a fallu réajuster sa formule.

 L’alimentation, le sommeil, les intervalles sont venus prendre leur place dans son puzzle personnel. Quatre marathons aux États-Unis, une vingtaine en Ontario dont plusieurs à Ottawa, tous les autres 42km furent courus au Québec. « La performance devient néfaste pour moi. Nous vivons tellement dans un monde stressé qu’il n’est vraiment nécessaire d’en rajouter dans nos loisirs. Ces moments doivent en principe nous relaxer. Plusieurs oublient de garder ce cheminement en tête et s’écartent de l’essentiel. »

 

Avec raison, Mario est fier de ses accomplissements.

 

Jeune, il a fait son service militaire et on comprendra que cette ligne de conduite l’aura bien dicté pour les années suivantes. « Si je meurs en courant, je vais partir en plein bonheur ». Et c’est venu bien près tout récemment quand une dame, probablement distraite sur un coin de rue, ne l’a jamais aperçu ! « J’étais choqué. J’ai eu peur. J’ai frappé solidement la carrosserie de son automobile », explique-t-il.

 Son meilleur temps est de 3h27 à Montréal à ses 29 ans. « Plus question pour moi de me brûler lors des entraînements depuis que j’ai fait la découverte des intervalles. »

 Confortablement installé dans sa maison, il se montrait heureux de nous apprendre qu’il s’est fait une petite piste d’entraînement dans son sous-sol, lui qui n’aime pas se retrouver sur un tapis roulant. « Viens voir, je vais te montrer ! ».

 

Il traverse deux ou trois appartements et une allée. Je lui ai dit qu’il devait être étourdi. « Je cours dans un sens et après cinq minutes, je tourne dans l’autre sens. J’écoute de la musique et j’allume le téléviseur. Je suis bien, je suis heureux, il ne m’en faut pas davantage », ajoutant qu’il a déjà pris part à trois marathons intérieurs en plus de trois ultras de 50km.

 Simplicité volontaire appartient au vocabulaire de Mario.

 Et mon regard fut attiré par cet espace pour se pratiquer à la pétanque ! Je ne me suis pas gêné pour lui dire qu’il était pas mal plus complet que moi.