Sortir un monument du rancart. Il fallait bien le dépoussiérer ! Bernard Voyer, 65 ans, se devait de se mettre à jour car ses performances lointaines furent remisées au fond d’un tiroir depuis longtemps.

 Dans le but de vous situer, signalons qu’il se retrouve sur la liste des meilleures performances en marathon dans l’histoire du Québec. Toutefois, sa biographie s’étend davantage et dépasse largement les frontières de la course à pied.

 Né à Sainte-Anne de la Pocatière d’une famille de huit enfants, son père, un entrepreneur électricien doit encaisser une faillite car ses clients le payent avec des légumes ! Rapidement, Bernard se retrouve à Beauport où son père se déniche un nouvel emploi et achète un immense terrain à Stoneham qui allait devenir le terrain de jeu de notre invité. « Sur la rue voisine de notre résidence, Georges Girard y vivait. Il allait fournir un élan dans l’histoire du ski de fond au Québec, une discipline que j’ai adoptée.»

 

Bernard a remporté le marathon de Montréal à ses premières années de création.

 

Georges est d’ailleurs décédé l’an dernier à l’âge de 105 ans ! En compagnie de ses frères, Bernard fonde le club de ski de fond Ookpick qui regroupera 500 membres et ce, de 18 à 22 ans, où il joindra l’Équipe du Québec avec une participation au championnat du monde de biathlon en Autriche en 1978.

 À son retour, Bernard entreprend un BAC à l’université Laval à Québec en science de l’activité physique et devient également entraîneur pour le Rouge & Or en ski de fond, de concert avec Pierre Harvey et ce, pour une durée de cinq ans. Il se spécialisera dans le biathlon et joindra l’équipe nationale pour les Olympiques de 1988. Sa réputation enviable le propulsera au poste de directeur technique de Biathlon Canada. À ce moment, il quitte la vieille capitale pour s’exiler à Ottawa où il y travaillera pendant 30 ans avant de prendre sa retraite, il y a maintenant 5 ans.

 En fait, Bernard a toujours couru durant toutes ces années afin d’ajouter un complément à ses entraînements. Toutefois, de 1980 à 1987, la course à pied prendra une place de choix dans ses préoccupations. Il remporte le marathon de Montréal en 1980 avec un temps de 2h24 :45. L’année suivante, il établit le record du Québec en 2h20:46 et obtient un 15e rang au classement général.

 

 

Ses trois enfants, Raphaël, Jérôme et Maryse.

 

Son dernier marathon à Ottawa deviendra un incontournable pour lui sous bien des aspects. Il franchit le fil d’arrivée en 2h20:13. On parle du championnat canadien. Cependant, installé dans un peloton de cinq coureurs, il saisit un verre d’eau qu’un spectateur lui offre. Il n’a pas le droit. Il ignore complètement ce règlement. Il obtient un 2e échelon au final et la bourse de 3,000$ qui accompagne cette performance.

 Cependant, le coureur qui termine 3e décide de contester  à cause du verre d’eau et obtient gain de cause. Bernard perd la bourse. Récemment, une liste qui comprenait les meilleurs temps a été publiée et son fameux 2h20:13 n’avait pas été considéré. Il a alors communiqué avec le responsable de ce recensement, question de lui fournir les détails de cette mésaventure. Celui-ci a corrigé le tir. Or, après une fouille plus approfondie, il a dû remettre Bernard au 12e rang plutôt qu’au 8e car d’après les règlements, il ne pouvait reconnaître officiellement ce temps. Pour compenser, il a apposé une astérie près du nom de Bernard qui indique l’obtention de ce temps et qui fournit les détails pour expliquer son absence au rang où normalement, il aurait dû se retrouver.

 « Ça compense. J’aurais été déçu si l’astérie n’avait pas apposée près de mon nom ».

 

Pendant plusieurs années, Bernard et Pierre Harvey furent des amis d'entraînement.

 

Après huit marathons, à 35 ans, Bernard a éprouvé des ennuis avec ses tendons d’Achille. « Ces malaises ne me permettaient plus de poursuivre mes entraînements correctement. Je considérais que j’avais accompli ce que je voulais », explique celui qui a déjà réalisé 1h07 pour un demi et sous la barre des 31 minutes au 10km.

 Il n’a jamais cessé de courir. Principalement sur les sentiers du parc de la Gatineau où il s’y rend de trois à quatre fois par semaine. L’hiver, cet endroit devient un paradis pour le ski de fond. Au cours des vingt dernières années, il a agi à titre de délégué technique international pour œuvrer dans une trentaine de coupes du monde comme arbitre en biathlon. Il y a vingt ans, il avait acheté une compagnie d’entreprise de pelouse avec un ami qu’il a vendue à la retraite.

 Père de trois enfants, Jérôme, 36 ans, caméraman à Radio-Canada et Maryse, 34 ans d’une première femme, puis Raphaël, 21 ans de sa 2e conjointe qui est décédée en 2009 des suites d’un cancer en l’espace de trois mois, à l’âge de 48 ans. Il n’a pu retenir ses larmes lorsqu’il m’a rappelé ce souvenir. Il se trouvait en Suède pour un événement de biathlon lorsqu’il a appris que son épouse n’en avait plus pour longtemps.

 

Bernard et sa conjointe Danielle Morasse.

 

Il y a neuf ans, il a refait sa vie.

 Quelque temps après le décès, il devait travailler à titre de chef de parcours pour le biathlon aux Olympiques de Vancouver et a décidé de faire vivre cette expérience à son fils qui n’avait que 11 ans.

 Opéré pour un cancer de la prostate il y a maintenant quatre ans, Bernard Voyer a encore besoin de cette méditation lorsqu’il enfile ses souliers de course pour écouter le chant des oiseaux et sentir les odeurs de la forêt. Le voilà aujourd’hui qu’il profite des bienfaits de la vie.