20 Mars 1969

Au vieux Garden de Boston, les puissants Bruins affrontent les BlackHawks, bons derniers au classement de la division Est de la LNH, qui, rappelons-le, comptait douze clubs à l’époque. Ce match n’avait rien de bien spécial pour les Hawks, déjà éliminés des séries. Quant aux Bruins, ils tentaient de rejoindre les éventuels champions de la coupe Stanley, les Canadiens, installés devant au premier rang.

Le match fut chaudement disputé et se termina par la marque de 5-5, mais l’histoire de la soirée en a été une de deux records battus. Bobby Hull marqua son 55ème but de la saison, améliorant son propre record pour le nombre de buts dans une saison alors que, du côté des Oursons, un jeune défenseur de 20 ans, Bobby Orr , comptait son 21ème but de la saison, lui permettant de battre le record du plus grand nombre de buts lors d’une même campagne pour un défenseur.

Améliorant son record à quelques reprises durant les années suivantes (jusqu’à une saison de 46 buts en 1975-76), Orr a été battu par Paul Coffey en 1985-86, alors que ce dernier en marqua 48. En tout et partout, Orr aura détenu le record durant 27 ans avant de voir l’ancien numéro 7 des Oilers le dépasser. Ce record de 48 buts de Paul Coffey tient encore toujours, 34 ans plus tard.

Avant les deux défenseurs mentionnés plus haut, il y a eu un autre recordman. Pourtant, personne, absolument personne, ne parle de ce défenseur méconnu aujourd’hui. Pourquoi donc? Évidemment, il a pris sa retraite il y a bien longtemps déjà, à l’issue de la saison 1945-46. Il n’a pas gagné d’honneurs individuels, et son nom n’a pas marqué l’imaginaire des fans comme d’autres vedettes de son temps.

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LE FLASH !!!

William ‘’Flash’’ Hollett est né le 13 Avril 1912 à North Sydney, en Nouvelle-Écosse. Des membres de l’état-major des Maple Leafs l’ont découvert alors qu’il jouait à la crosse. Il excellait dans les deux sports, mais il a finalement choisi le hockey. Son surnom lui vient d’un coup de patin rapide et gracieux. Il a débuté sa carrière avec la première version des Sénateurs d’Ottawa (un prêt des Leafs), disputant trente parties lors de la dernière saison du club, en 1933-34, avant de retourner avec Toronto.

Il ne disputera qu’une saison dans la Ville Reine, amassant 26 points en 48 matchs, en 1934-35. Son arrogance ne plaisait pas à Conn Smythe, le DG des Leafs, et les deux ont eu maille à partir à plus d'une reprise.

Un peu au sud, les Bruins de Boston l’aimaient bien. Il était confiant et montrait de belles capacités à bouger la rondelle, à une époque où les défenseurs étaient d’abord reconnus pour…défendre! Ils feront son acquisition en 1935-36 en cédant aux Leafs un montant d’argent avoisinant 16,000$, et ils ne le regretteront pas.

Alors que les défenseurs ne marquaient pas tant de buts à l’époque, Flash Hollett en marquera dix ou mieux à quatre reprises lors de ses neufs saisons complètes avec les Bruins. Il sera également deux fois champion de la coupe Stanley, en 1939 et 1941. Il marquera un but important lors de la finale de 1939 contre Toronto pour donner la coupe aux Bruins, une belle revanche!

En 1941-42, Hollett devient recordman pour la première fois. Avec ses dix-neuf buts, il égale le record du plus de buts dans une saison par un défenseur, marque détenue jusqu’alors par Harry Cameron, défenseur des St. Pats de Toronto, depuis la saison 1921-22. La saison suivante, il marque de nouveau 19 filets et accumule 44 points et pour battre par deux le record de Tom Anderson pour les points en saison régulière pour un défenseur, établi deux ans plus tôt.  Ce record tiendra neuf ans, jusqu'à ce que Red Kelly amasse 47 points lors de la saison 1951-52...

En fait, à une époque où marquer vingt buts est impressionnant même pour un attaquant, Flash marque quinze buts ou mieux à ses quatre dernières saisons complètes dans la LNH, des chiffres ahurissants pour un défenseur de l’époque, alors que les saisons duraient cinquante parties seulement, au maximum.

Après quelques disputes avec l'état-major des Bruins, ces derniers échangent Hollett à Détroit durant la saison 1943-44 en retour de Pat Egan. Flash ne ralentira pas, alors que la saison suivante, il bat son propre record de buts en devenant le premier défenseur de l'histoire de la LNH à compter vingt buts dans une saison, un record qui tiendra pendant vingt-quatre ans!

Malheureusement pour lui, après ce dernier moment de gloire, il subit deux blessures et n’amasse que treize points lors de la saison 1945-46, sa dernière dans la meilleure ligue de hockey au monde. Il se dispute avec les Wings pour une augmentation de 500$ à l'issue de la saison, le DG Jack Adams réplique en l'échangeant aux Rangers. Plutôt que de se rendre à Manhattan, Hollett décide de se retirer de la LNH alors que sa femme veut retourner dans la région de Toronto.

Il jouera au niveau senior durant quelques années dans la région, avant de se retirer définitivement. La fiche de Flash Hollett en carrière aura été de 132 buts, 181 passes et 313 points en 565 matchs disputés, d’excellents chiffres pour un défenseur du temps. En fait, il était au premier rang dans l'histoire chez les défenseurs avec ses statistiques! En tout et partout, il aura détenu le record du plus de buts d’un défenseur en saison régulière durant vingt-sept ans!

Pourtant, on ne parle que trop peu de l’ancien recordman de nos jours. Il n’a pas été admis au Temple de la Renommée de la LNH  encore (what??!?) et, comme il a battu ses records alors que plusieurs des meilleurs joueurs étaient absents durant les années de la Deuxième Guerre Mondiale, beaucoup d’experts n’ont pas voulu lui donner le crédit qui lui revenait. Maurice Richard a aussi été dans de telles conversations, lui qui a marqué ses cinquante buts en cinquante matchs la même année qu’Hollett marqua ses vingt buts.

On raconte aussi que Jack Adams, qui avait une voix importante dans la LNH à l'époque, n'aimait pas Hollett et ne voulait pas le voir faire son entrée au Temple de la Renommée. Malgré ses prouesses offensives, Flash jouait malgré tout dans l'ombre d'autres grands défenseurs comme Dit Clapper, Art Coulter et le légendaire Eddie Shore.

Malgré sa belle carrière dans la LNH et ses records, le Flash est, encore aujourd’hui, un grand oublié dans l’histoire du hockey. ..

Mérite-t-il sa place au Temple de la Renommée?