La génétique viendra parfois répondre à des interrogations.

 J’ose croire qu’elle s’applique dans le cas de Stanley Larkin, ce qui nous aiderait à comprendre les temps exceptionnels et surtout la rapidité fulgurante avec laquelle il s’est hissé parmi les meilleurs coureurs de sa catégorie d’âge au Québec.

 Sachez en premier lieu qu’il a célébré son 60e anniversaire de naissance le 6 avril dernier et qu’encore aujourd’hui, il parvient à obtenir des chronos qui gravitent autour des 3h. C’est tout à fait phénoménal. Je me suis même demandé à certain moment durant l’entrevue s’il ne prenait pas des substances douteuses !

 Bien sûr, je le taquinais mais il n’en demeure pas moins que j’étais étonné des résultats obtenus.

 

Stanley et ses deux filles au marathon de Boston en avril dernier, un événement familial.

 

Natif de Trois-Rivières, il travaille depuis 22 ans en informatique pour Loto-Québec ce qui explique sa présence à Saint-Basile-Le-Grand, là où nous l’avons rencontré. Père de quatre enfants dont trois filles, il souffrait d’un taux de cholestérol élevé à 47 ans causé par des antécédents familiaux.

 Simultanément, ses amis au travail, Pierre Balthazar et François Ladouceur l’invitent à un gymnase au mois de juin 2006 et quelques mois plus tard, il participera au marathon de Montréal ! « Je devais le courir avec l’un d’eux mais il s’est blessé et je me suis retrouvé seul ». Il ajoutera que son but ultime était de le finir ! Il l’a fait… en 3h50 !

 Malgré cette extraordinaire performance, il ne croyait pas en courir d’autres. Or, il accepte un autre défi, celui de se classer pour Boston. L’année suivante, il obtient sa qualification au marathon de Montréal et trois ans après ses débuts, il foule le parcours de Boston où il signe un incroyable 3h06. Ce n’est pas tout. On lui dit qu’il peut courir sous la barre des trois heures. Quatre ans après ses premiers pas, il y va d’un 2h56 à Boston !

 

Régulièrement, Stanley va chercher un podium lors de ses participations.

 

Stanley ne manque pas de supporteurs lors de ses participations aux marathons !

 

À l’âge de 54 ans, il obtient son record à vie au marathon d'Ottawa avec une performance de 2h46. « J’y avais participé avec les membres du club La Foulée et cela m’avait considérablement motivé ». Imaginez, il a déjà couru le difficile marathon des Adirondacks en 2012 en 2h53 !

 Inutile de dire qu’il termine habituellement dans les trois premiers de sa catégorie d’âge dès qu’il s’inscrit à une course. Il cumule présentement 11 présences à Boston et il s’y pointera à nouveau en avril 2020, un petit rituel pour les membres de sa famille qui adorent cette ville.

 Justement, il raconte qu’il a joué de chance lors de l’attentat. Premièrement, les membres de sa famille brillaient exceptionnellement par leur absence car heureusement, c’est l’endroit où ils prenaient l’habitude de se poster pour regarder le déroulement du marathon et ce à cause de la toilette du restaurant situé non loin. Cette année-là, Stanley n’a jamais eu connaissance de cet incident puisque l’on comprendra qu’avec un temps de 2h50, il avait déjà quitté la ville quand les bombes ont explosé aux alentours de 4 heures après le départ.

 

Rien le l'arrête !

 

« Sur le chemin du retour, je n’ai pas écouté la radio de sorte qu’une fois rendu aux douanes, j’ai appris ce qui venait de se passer. Subtilement, les agents m’ont interviewé et lorsque je leur ai dit que je venais de courir à Boston, ils ont décidé de fouiller mon véhicule. »

 Stanley totalise actuellement 67 marathons. Deux blessures sérieuses lui ont causé un certain ralentissement, une déchirure à un mollet à Boston en 2014 et une vilaine chute à vélo l’an dernier qui l’a indisposé à l’aine. Quelques semaines plus tard, il l’aggravait en se présentant au 85km de la Chute du Diable !

 Il reconnaît être moins motivé qu’à ses débuts et cela même s’il parvient à conserver des temps uniques pour son âge. Né d’une famille de 9 enfants dont sept gars, il se souvient que durant sa jeunesse, ses frères sportifs se classaient toujours au premier rang dans différentes compétitions. « J’ai l’impression que la génétique et mon VO2max expliquent mon rendement. Je suis comme un arbre qui possède plusieurs feuilles, il respire plus facilement ! »

 

Se retrouver sur le même podium avec des jeunes tels Louis-Philippe Garnier et Nicholas Berrouard s'avère très significatif.  Derrière, l'illustre Marcel Jobin.

 

Régulièrement, il se rend au travail à vélo ce qui lui donne 60km aller-retour. Parfois, il va au travail en courant et revient par le train. En vélo, en auto ou en transport en commun, il lui faut 70 minutes alors qu’à la course à pied, il le fait en 2h10.

 Pour Boston l’an prochain, il vise un temps inférieur à trois heures. « Si je ne l’obtiens pas, je ne serai pas très loin ».

 Voilà un coureur confiant qui parvient à conserver un bel équilibre dans sa vie et ce malgré sa grande passion.