Alors qu’on a souligné le 315e gain en carrière de Carey Price samedi soir, plusieurs amateurs sont revenus sur le jeu des comparaisons. Je ne veux pas embarquer dans le débat du meilleur gardien dans l’histoire du Canadien. Toutefois, la performance de Price samedi face à Chicago devrait inspirer la direction à bouger cet été. Pourquoi ne pas en profiter alors qu’il a encore une excellente valeur marchande? À quoi servent les records si l’équipe n’avance pas? Il est préférable d’agir immédiatement, afin d’éviter les regrets dans trois ou quatre ans.

 

Avec 48 tirs sur Corey Crawford samedi, le Canadien nous a prouvé qu’il peut tourner autour du filet et être dangereux. L’effort y était, mais pas la finition. Et c’est le même refrain depuis trop longtemps. L’équipe manque de punch. Le Canadien est rempli de joueurs qui veulent bien. Mais on a beau vouloir, si le talent n’y est pas ça ne peut fonctionner. Alors que Serge Savard était directeur-général, il avait rappelé Brian Skrudland de Sherbrooke. Skrudland avait les meilleures intentions du monde. Et même s’il mettait les efforts pour marquer, il revenait souvent au banc sans avoir réussi. L’équipe de Claude Julien compte sur plusieurs joueurs qui veulent, qui veulent beaucoup. Des joueurs qui se donnent corps et âme. Mais les résultats ne sont pas au rendez-vous. J’ai souvent critiqué le Tricolore. Cependant, l’équipe n’a pas perdu à cause d’un manque d’effort hier. Et je sais que Crawford a été solide. Toutefois, si le Canadien avait des marqueurs qui savent être opportunistes, il aurait gagné deux points. En fait, il aurait gagné beaucoup plus souvent au cours des dernières années.

Marc Bergevin pourrait changer cette situation. Mais il ne le fera pas. Il pourrait offrir Price à une autre équipe afin de changer la dynamique de l’équipe. Bergevin ne posera pas un tel geste, car le Canadien  joue un style similaire à celui qu’employaient les équipes à la fin des années 90. On tente de prendre l’avance, et si on réussit on la protège en s’appuyant sur le gardien. Dans un tel système, le gardien de but est vital.

Concernant le manque d’attaque, certains diront qu’il y a pire que le Canadien. C’est vrai. Avant la rencontre de samedi, l’équipe occupait la 16e place pour les buts marqués (212). Il y a pire, mais il y place à l’amélioration. Depuis le début du mois, l’équipe n’a gagné que trois fois, tout en inscrivant que 16 buts en huit matchs. Difficile d’être constant dans la colonne des victoires avec une telle production. Et ce manque d’attaque, d’opportunisme, de finition, nous ramène inlassablement au dossier Price.

Je sais que Price compte sur ses supporteurs. Ils sont loyaux. Et il est logique qu’ils veulent qu’il soit le gardien du Canadien pour encore plusieurs années. Ils brandissent la feuille de route de Price avec beaucoup de fierté. Mais est-ce que cette feuille de route compense pour les ratées de l’équipe depuis plus de dix ans? Est-ce que les 315 victoires réussissent à camoufler le fait que le Tricolore n’avance pas vraiment depuis plus d’une décennie? S’il est si incroyable, si admiré des autres joueurs et dirigeants, ne croyez-vous pas que le moment est venu de poser le fameux geste? Je ne dis pas de donner Price. Je parle d’une transaction calculée, qui changerait le visage de l’équipe. Il faut cependant éviter la même erreur que dans le dossier Patrick Roy. En décembre 1995, on a précipité les choses sans laisser monter les enchères.

En bout de ligne, la direction du Canadien gardera vraisemblablement Price à Montréal. Marc Bergevin ne veut pas être celui qu’on pourrait pointer du doigt pour avoir osé expédier Price sous d’autres cieux. Alors dans ce cas, il se produira deux choses au cours des prochaines saisons. Premièrement, Carey Price va établir d’autres records d’équipe, et peut-être même de ligue. Et deuxièmement, le Canadien va continuer d’éprouver des problèmes.