Pour une rare fois, le Super Bowl aura enfin comblé les attentes des vrais amateurs de sport!

À la hauteur des attentes, vous dites? À qui le dites-vous!

Mais, que s’est-il passé au juste?

Oui, la Nouvelle-Angleterre a battu Seattle, ça, tout le monde le sait maintenant, mais comment en sont-ils parvenus?

Le sport professionnel a cette capacité de vous surprendre constamment en vous coupant le souffle. Pour les partisans de Seattle, c'est un dénouement assez difficile à accepter. La pilule du lendemain passe assez mal, disons. Ce n'est d'ailleurs pas très surprenant, puisqu'à peu près tout le monde en Amérique était convaincu que le match allait se conclure à la faveur des Seahawks après l'attrapé miraculeux de Jermaine Kearse. Plusieurs  amateurs de football n'arrivent toujours pas y croire!

The Big Bad Seattle D

Nous avons tous entendu les louanges portées à la défensive des Seahawks. Et, avec raison! Elle est l'une des plus explosives dans la ligue pour mettre de la pression. Elle l’a encore une fois démontré avec brio lors de ce plus récent Super Bowl.

La ligne composée de Cliff Avril, Michael Bennett, Tony McDaniel et Kevin Williams est moins lourde que la tendance commune dans la ligue, mais leur rapidité leur permet de se déployer. Avec le soutien de Bruce Irvin et Bobby Wagner dans le champ arrière, cela leur permet de donner l’impression à la ligne offensive adverse d’arriver de partout en situation de blitz.

Il faut dire que chez les Seahawks cette technique est soutenue par la tertiaire hermétique, ce qui a pour effet de retarder la synchronisation des tracés de passe et forcer le quart-arrière opposé soit à précipiter ses passes ou à retenir le ballon pour absorber le sac du quart.

Carroll a souvent prôné une forme de permutation des rôles entre ses secondeurs intérieur et extérieur. Les flancs de sa ligne défensive sont également assez versatiles. Ce qui permet de varier complètement la nature de la pression exercée. Leur force a souvent été d’imposer leur pression par l’intérieur. Or, avez-vous remarqué à quel point l’ailier défensif Michael Bennett parvenait à franchir la ligne de protection des Pats ? Il se rendait constamment dans les plates-bandes à Tom Brady.

Bennett a littéralement survolé cette ligne tout au long du match! Notons d’ailleurs qu’il l’a survolé une fois de trop en fin de match lorsqu’il s’est commis à une pénalité d’obstruction à la ligne de mêlée. Cette punition allouait du même coup aux Pats d’avoir un crucial cinq verges de latitude pour que le quart puisse mettre le genou par terre et ainsi mettre fin au match. Sans cela, le ballon se retrouvait à la ligne des buts et il aurait fallu que Brady réussisse une difficile faufilade du quart pour éviter de donner un touché de sureté aux Seahawks et ainsi leur redonner le contrôle du ballon avec 20 secondes à faire à la rencontre. Ça n'a pas eu lieu. Bennett leur a évité cela.

Il faut d'ailleurs noter que l'apparence de la ligne défensive des Faucons de mer a changé significativement lorsque l’ailier défensif Cliff Avril a subi une commotion cérébrale. Il a quitté le match suite à ce coup et n’a plus été de retour sur le terrain par la suite.

 La prolifique attaque des Pats

La ligne à l'attaque des Patriots a tout de même tenu le fort contre la pressante unité défensive de leur adversaire du Nord-Ouest des États-Unis. Cette ligne offensive s’était d’ailleurs beaucoup améliorée de ses performances en début d'année. Particulièrement, de leur piètre rendement offert lors de la semaine 4 contre les Chiefs, lorsque la brigade défensive de Kansas City a eu davantage l'air de jouer un match de derby de démolition qu'un match de football.

Il fallait s’attendre à ce que les Pats emploient beaucoup de séries de jeu qui vise à étaler la défensive adverse en les obligeant à s'éparpiller en couverture de zone. Cela leur a permis de s'ouvrir de l'espace pour atténuer l’efficacité de la puissante brigade défensive de Seattle. La Nouvelle-Angleterre avait les armes requises pour "élargir" le terrain. Les Pats ont réussi à maintenir le rythme des courtes passes qui leur permettait d’avancer tout en gardant les Seahawks sur les talons.

Comme toujours contre l'équipe au taciturne Bill Belichick, la clef pour Seattle était d'arrêter Rob Gronkowski.  Le puissant allié rapproché est souvent opposé aux demis de sureté adverse, ce qui le favorise. Toutefois, les Seahaws comptaient dans leur manche Kam Chancelor. Lui qui a un gabarit assez imposant pour tenir le Gronk à distance. Nous avons en effet eu droit à une grande confrontation entre le demi de sûreté le plus physique de la ligue contre l'ailier rapprocher le plus physique de la ligue!

Dan Quinn, le coordonnateur défensif des Seahawks avait du coup imaginé des concepts qui visaient à apporter de l'aide où le Gronk était déployé sur le terrain afin de doubler sa couverture.

Rob Gronkowski et Kam ChancellorLégende: Rob Gronkowski et Kam Chancellor

Or, à l'exception de sa passe de touché de 22 verges avec 31 secondes à écouler à la première demie et d'une passe en fin de match bonne pour 20 verges, le Gronk a été limité qu’à de courts gains. Sur cette dernière passe de 20 verges par contre, le gros receveur des Pats a clairement battu Chancelor sur sa couverture homme à homme et ce fut un jeu très important qui a notamment permis de mener au dernier touché du match!

Brady a démontré beaucoup de respect à Richard Sherman en évitant de diriger ses passes en sa direction. Cela a bien souvent permis aux Seahawks de scinder le terrain de moitié. Ça éliminait pratiquement tout le côté gauche du terrain, coin de prédilection de Sherman.

Par contre, le match s’est gagné grâce à de courtes passes chez les Pats. La grande trappe à Sherman n’a donc pas nécessairement été ciblée directement, mais ça n’a pas empêché que le ballon s’est tout de même retrouvé sur son côté du terrain.

Avec Edelman ou Amendola à l’intérieur, les Pats ont privilégié des combinaisons de routes à deux receveurs et, même parfois trois. On a même pu apercevoir le Gronk en position d’ailier espacé à quelques occasions.  Autrement, Brandon LaFell ou encore Shane Vareen était accoudé aux receveurs intérieurs. Cette stratégie a d'ailleurs bien souvent fonctionné pour de courts gains.

Un joueur comme Edelman est ainsi plus dangereux sur un tracé qui le fait passer à travers le terrain, tout en croissant le tracé vertical d’un receveur comme Brandon LaFell par exemple. Cela mettait la tertiaire dans une sorte d'impasse ou forçait tout bonnement un secondeur à suivre le receveur qui converge vers l’intérieur. Sur plusieurs jeux, cette tactique a été employée par Josh McDaniels, le coordonnateur à l’attaque des Pats. La combinaison d’au moins deux receveurs sur le même flanc favorisait qu’un des deux serve d’écran au second qui était alors le receveur attitré.

Avant le match à peu près tout le monde avait judicieusement affirmé que les Pats se devaient d’imposer leur attaque au sol et que pour cela passait par le puissant Legarrette Blount. Celui-ci a d'ailleurs été abondamment employé en début de rencontre. Or, les Seahawks ont dû lire les mêmes expertises des analystes, car ils ont bien fait à limiter les lourdes courses de Blount.

Évidemment, il s'agissait d'un plan de match logique pour Pete Carroll. En neutralisant le jeu au sol, cela leur permettait d'avoir l'occasion d'appliquer une pression plus constante sur le quart adverse. Et, d'ailleurs, pour une bonne partie du match, cela a bien fonctionné.

Néanmoins, les Pats ne se sont pas écrasés devant l’adversité. Et si la présence de Blount n’arrivait pas à se faire sentir suffisamment, le versatile porteur de ballon Shane Vereen a pris le relais en étant utilisé avec succès comme option de receveur en courte passe voilé.

Dans le système offensif à Bellichick, il n'y a personne qui va briller à tous les matchs. Des fois ça sera Edelman, d'autres Gronkowski et parfois ce sont les porteurs qui mènent le match.

La formule du succès des Pats lors des 15 dernières années se trouve justement là. Dans cette capacité à s'ajuster en cours de matchs. De déceler les problèmes et de corriger ce qui ne va pas! Enlever à l’adversaire la dimension qu’il maîtrise le mieux.

De ce fait, la tertiaire des Pats a fait tout un boulot pour limiter les options de passe à Russell Wilson. Le demi de coin Darrelle Revis s’est même payé un sac du quart à ses dépens. Comme il fallait s’y attendre, Revis s'est installé directement dans l'ombre de Doug Baldwin, le receveur auquel il a été confronté. Il a d’ailleurs fallu l’aide d’un excellent bloc de la part de l’arbitre dans la zone des buts pour permettre à Baldwin de marquer son touché. Lui qu'il a célébré celui-ci en mimant avoir déféqué le ballon!

Peu importe, la clef de la victoire pour ce match particulier était de contrôler le temps de possession du ballon! Pratiquement tout au long de la première demie ce sont les Patriots qui ont préservé le ballon. Ils progressaient et contrôleraient ainsi l’ensemble du temps de jeu!

Ça n’a toutefois pas empêché les Seahawks de franchir 80 verges en seulement 29 secondes pour niveler la marque tout juste avant d’admirer le tour de chant de Katy Perry, lorsque Russell Wilson a orchestré toute une remontée en rejoignant Chris Matthews dans la zone des buts.

D’ailleurs, qui avait prédit que le receveur Chris Matthews allait offrir une performance de cette hauteur?

À tous les p’tits Joe Connaissants qui voudront faire accroire qu’eux le savaient, pensez seulement à ceci :

  • Chris Matthews au Super Bowl XLIX: 4 attrapés, 109 verges, 1 TD
  • Chris Matthews TOUS AUTRES matchs combinés dans la NFL: 0 attrapés, 0 verge, 0 TD

Comme je le mentionnais plus haut, la tertiaire des Pats a accompli tout un travail de protection. Par contre, eux non plus n’avaient pas envisagé une telle performance de l’ancienne recrue de l’année en 2012 dans la CFL. D’ailleurs, l’ancien des Blue Bombers de Winnipeg, Chris Matthews était même rendu vendeur chez Foot Locker lorsque les Seahawks lui ont tendu une perche pour le recruter!

Mission : contenir Russell Wilson

Les Patriots avaient bel et bien pensé à attribuer un joueur afin d'épier tout mouvement impromptu de Russell Wilson. Lui qui est l'un des quarts-arrière les plus dangereux de la ligue lorsqu'il s'agit d'étirer le jeu. Sa mobilité fait de lui une menace réelle en dehors de la pochette. L'équipe de Boston se devait donc de penser surveiller les jeux d'options élaborés par Pete Carroll.

Le secondeur Jamie Collins a pourtant bien beau avoir servi d’espion pour les Pats, ça n’a toutefois pas empêché Wilson de concocter quelques bijoux de jeu pour étirer certains jeux.

Les habiletés athlétiques des secondeurs de la Nouvelle-Angleterre Dont'a Hightower et Jamie Collins leur ont permis d'offrir une opposition honnête face à la menace posée par le demi-offensif Marshawn Lynch, en mode "Beast mode". Ce qui n'est jamais une tâche facile pour les défenseurs.

Du côté du front défensif des Pats, le gros Vince Wilfork a réussi à imposer sa présence pour limiter les passages au centre du terrain. Lynch a de ce fait dû prendre le chemin vers la zone des buts en coupant ses tracés en périphérie. Il a d’ailleurs réussi 102 verges sur 24 courses et marqué un touché. En plus d'une longue passe de 31 verges sur la dernière séquence à l’attaque des siens. Longue attrapée qui aura donné un début de grosse sueur froide aux partisans des Pats.

Des sueurs froides qui se sont amplifiées considérablement lorsque Jermaine Kearse a bien failli permettre au sien d’aller chercher la victoire à l’arraché en réalisant un attrapé bon pour 33 verges des plus spectaculaires. Lui qui en tombant sur le dos a dû jongler avec le ballon avant de réaliser un petit miracle de jeu.

À cet instant, les fans des Patriots se sont aussitôt remémoré les deux attrapés miraculeux qui s'étaient produit lors de leurs deux derniers Super Bowl perdant. D’abord, l’attrapé insensé du casque de David Tyree en 2007. Puis, l’attrapé quasi impossible de Mario Manningham en 2011, lui qui était parvenu prodigieusement à garder les deux pieds à l’intérieur du terrain sur une passe de 38 verges alors qu’il avait deux défenseurs à ses côtés.

Dès qu’ils ont vu l’attrapé de Kearse, les fans des Patriots se sont dit, ça y est, ça recommence… Une énième reprise du Jour de la Marmotte…

Un jeu plus tard et Marshawn Lynch emmenait les siens à une seule verge de la ligne des buts. Une minute à faire. Pourquoi Belichick ne demande-t-il pas un temps d’arrêt? Les Seahawks viennent tout juste d’avancer le ballon de 79 verges en 62 secondes. Une pause pourrait être judicieuse pour regrouper ses troupes. Aurait-il dû laisser le champ libre à Lynch sur le jeu précédant et lui donner le touché sur un plateau d’argent comme il l’avait fait pour Ahmad Bradshaw en 2011? La dernière fois, cette stratégie ne s’était pas conclue de manière heureuse pour les Pats. Le match se corse. Ça sent la soupe chaude sur la ligne de côté des Bostonnais. Ils ont maintenant peu de chance de l'emporter, puisque Seattle a encore trois essais pour franchir l'unique verge de distance et possède aussi un temps d'arrêt...

Et puis, coup de théâtre! La marmotte n’a pas dû voir son ombre, car la recrue Malcolm Butler a préservé la victoire des siens à la porte des buts en s’interposant devant Ricardo Lockette pour réaliser une interception avec 20 secondes au cadran!

Un choix de jeu qui fera jaser longtemps!

L’entraîneur-chef des Seahawk s’est expliqué après le match en mentionnant  qu’il ne voulait pas courir avec le ballon sur cet essai, étant donnéleschéma défensifde l’équipe adverse. Envisageant une situation de course à la ligne des buts, Belichick et son coordonnateur défensif Matt Patricia avaient déployé leur formation « jumbo » avec leurs gros joueurs imposants. Cette composition n’a pas plus aux Seahawks et ne voulait pas courir dans ce contexte. Ils voulaient ouvrir le terrain en plaçant Wilson en position « shotgun ».

Or, on peut débattre longuement de ce choix de jeu. Moi-même, je me suis questionné à savoir pourquoi Lynch n'a pas été utilisé pour porter le ballon sur cette séquence avec moins d’une minute à faire au cadran. Pourtant, si le jeune Butler ne s’était pas littéralement imposé physiquement contre Lockette pour lui voler le ballon, ce dernier aurait très certainement réussi l’attrapé et marqué le touché. De ce cas, aujourd’hui personne n’aurait joué au quart-arrière du lundi matin et Carroll, son coordonnateur offensif Darrell Bevell et Russell Wilson n’auraient pas été accusé d’avoir donné le match à l’équipe de la Nouvelle-Angleterre!

Maintenant, peu importe l’issu de la rencontre, tout le monde convient que nous avons assisté à l’un des meilleurs Super Bowl de l’histoire. L’édition XLIX nous aura gardés en haleine sur le bout de notre chaise jusqu’à la dernière seconde!

Félicitations aux Pats pour ce quatrième trophée Vince-Lombardi en 14 ans, tout un exploit dans la NFL d’aujourd’hui!