Voir un joueur inscrire trois buts dans un match a toujours ce petit quelque chose de spécial. Qui plus est, les joueurs qui réussissent l’exploit ne sont pas nécessairement toujours des vedettes, mais elles se démarquent le temps d’une soirée et restent gravées dans la mémoire collective grâce à une performance que même les meilleurs ne peuvent parfois réaliser.

Vous ne serez certainement pas surpris d'apprendre que le meneur en carrière dans la LNH pour les tours du chapeau soit Wayne Gretzky. En effet, en vingt ans, La Merveille en a réussi pas moins de cinquante! Suivent dans l’ordre Mario Lemieux (40), Mike Bossy (39), Brett Hull (33) et Phil Esposito (32).

Parmi les joueurs actifs, Alexander Ovechkin trône au premier rang avec ses vingt-sept chapeaux depuis ses débuts dans la LNH lors de la saison 2005-2006. Le champion de la coupe Stanley en 2018 n’a pas vraiment de compétition parmi ceux qui jouent encore : Eric Staal et Marian Gaborik (pas encore officiellement à la retraite) sont ses plus proches poursuivants avec quatorze et Ilya Kovalchuk avec treize...

En comptant les excellents joueurs énumérés jusqu’à maintenant, et sans oublier les nombreux tours du chapeau de légendes telles que Jean Béliveau (18), Steve Yzerman (18), Maurice Richard (26), Teemu Selanne (22), Jaromir Jagr (15), Pavel Bure (20), ça fait du ‘’hat trick’’ en ta….

Mais, aujourd’hui, le record en question, bien sûr en rapport avec les tours du chapeau (au cas où je ne l’aurais pas dit assez souvent encore !), n’appartient à aucune de ces légendes. Cela dit, il appartient à une légende malgré tout, puisque l’exploit est peu commun et a permis au héros d’aujourd’hui d’accéder à ce statut à jamais...

Le tour du chapeau le plus rapide de l’histoire de la LNH a été réalisé en...21 secondes! Et il a été réalisé par un joueur qui n’en compte que cinq dans sa carrière, TRÈS loin des meneurs à ce chapitre. Il a joué dans la LNH il y a très longtemps, de 1942 à 1955, avec les Blackhawks de Chicago, n’ayant malheureusement pas la chance de remporter la coupe Stanley.

Découvert à 18 ans avec les Monarchs de Winnipeg dans le circuit junior de la région, Bill Mosienko fait ses débuts professionnels en 1940 en partageant son temps entre Kansas City (AHA) et Providence (AHL). C’est en 1942 qu’il fait ses débuts dans la LNH, avec plusieurs réguliers partis combattre lors de la Deuxième Guerre Mondiale. Le jeune Mosienko fait bonne impression avec 14 points en onze joutes, mais il est néanmoins rétrogradé après son séjour.

C’est en 1943-44 que la carrière du Manitobain prend véritablement son envol. Il inscrit 32 buts et 70 points (en 50 matchs), deux sommets en carrière, et son trio connaît une saison record de 219 points, son centre Clint Smith inscrivant 72 points et l’ailier gauche Doug Bentley, 77. Ce record sera brisé la saison suivante par la fameuse ‘’Punch Line’’ de Toe Blake, Maurice Richard et Elmer Lach….

Les performances du numéro 10 des Hawks aident également son équipe à atteindre la finale de la Coupe Stanley en 1943-44, à sa première saison complète dans la LNH. Malheureusement, le Canadien de Montréal coupe l’herbe sous les pieds de Chicago, défaisant l’équipe en quatre petits matchs. Ça sera la seule finale du jeune ailier des Hawks, puisque ces derniers ne formaient généralement pas une équipe très forte à l’époque et elle ne se rendait pas loin en séries contre les puissances du temps : les Wings, les Leafs et le Canadien.

Mosienko est un ailier droit de petite stature (5’8), mais il est un travailleur infatigable. Durant le milieu des années ’40, il forme la ‘’Pony Line’’ avec les frères Doug et Max Bentley, et il fera aussi la pluie et le beau temps avec le centre Clint Smith. Il obtient son point par match jusqu’à la fin de la saison 1946-47, mais une blessure à la cheville le ralentit la saison suivante et, bien qu’il demeure respectable, son rendement offensif diminuera quelque peu par la suite.

Continuant malgré tout d’avoisiner les vingt buts à chaque saison, l’ailier est pris d’un électrochoc et connaît toute une saison en 1951-52, alors qu’il inscrit 31 filets, son deuxième meilleur résultat en carrière. C’est aussi cette saison-là qu’il réussit un exploit hors du commun : le plus rapide tour du chapeau !

Le 23 Mars 1952, les Hawks, derniers au classement général, disputent le dernier match de leur saison contre les Rangers,  avant-derniers, à New York. Comme c’était coutume à l’époque, c’était un match sans signification pour ces deux équipes déjà éliminées de la course aux séries. Les fans des Rangers croyaient bien que leur club allait battre les faibles Blackhawks quand ils prirent les devants 6-2 en début de troisième période, mais Mosienko avait une autre fin en tête….

Commençant le match avec 28 buts au compteur, Mosienko accepte une passe de Gus Bodnar, déborde le défenseur des Rangers et bat le gardien Lorne Anderson du côté du gant pour faire 6-3. À peine la mise en jeu suivante était-elle gagnée que Bodnar envoyait encore la rondelle sur le bâton de son partenaire, qui allait encore contourner un défenseur avant de battre Anderson d’une façon quasi-identique, 6 à 4. Ce but était compté à peine onze secondes après le précédent.

Autre mise en jeu gagnée, autre but, alors que l’ailier droit des Hawks porte la marque à 6-5 avec un troisième filet en 21 secondes ! Ces trois buts de Mosienko ne seront pas en vain non plus, puisque son coéquipier Sid Finney marque deux buts avant la sirène finale pour donner une victoire aux Hawks, pour mettre un peu de soleil sur une saison qui a été plus souvent qu’autrement pluvieuse !

Obtenant une mention d'assistance sur les trois buts de Mosienko, le joueur de centre Gus Bodnar a aussi établi un record pour les trois passes les plus rapides dans l'histoire de la LNH. Bodnar n'en était pas à son premier record de rapidité, puisque c'est lui qui a marqué le plus rapide premier but d'une carrière dans la LNH, réalisant l'exploit à peine quinze secondes après avoir posé le pied sur la patinoire, le 30 Octobre 1943, alors qu'il jouait pour Toronto.

Pour revenir à Mosienko, il jouera trois autres saisons pour Chicago, mais, ralentissant et quelque peu vieillissant, il prend sa retraite de la LNH en 1955 pour aider à bâtir le hockey professionnel dans la région de Winnipeg. Il s’aligne avec la nouvelle équipe des Warriors dans la Western Hockey League, remportant le championnat de la Ligue en 1956. Il prendra sa retraite définitive comme joueur après la saison 1958-59, après une saison de 88 points, sa meilleure saison au niveau professionnel !

Bill Mosienko n’a jamais remporté la coupe Stanley, ni de championnats des buteurs ou des pointeurs, durant son séjour dans la LNH. Cependant, c’était un gentilhomme hors-pair, comme le démontrent ses deux saisons sans une seule minute de pénalité à une époque durant laquelle le sport pouvait devenir assez violent. En 1944-45, il remporta d’ailleurs le trophée Lady Byng, son seul honneur individuel en carrière.

La fiche en carrière de l’ancien ailier droit de la ‘’Pony Line’’ ? 540 points, dont 258 buts, en 710 matchs. Lorsqu'il se retira de la LNH, c'était bon pour le septième rang de tous les temps, quand même! Il a été admis au Temple de la Renommée en 1965, tirant officiellement le rideau sur une carrière qui l’a vu cinq fois sur la première équipe d’étoiles de la LNH et deux fois sur la deuxième.

Il mourut le 9 Juillet 1994, à l’âge de 72 ans, dans son patelin de Winnipeg, au Manitoba.

Non, Mosienko ne sera peut-être jamais dans la même conversation que Mario Lemieux, Wayne Gretzky, Maurice Richard ou Alexander Ovechkin, mais il détient un record qui risque bien de ne jamais être battu et ça, personne ne pourra jamais le lui enlever !