Je n’ai jamais lu ou entendu parler d’une étude scientifique à propos des émotions que peut occasionner la pratique de la course à pied. Or, après 25 ans dans ce milieu, il m’a été donné de constater des comportements et des réactions chez les adeptes qui m’incitent à croire qu’ils deviennent de grands sensibles au fil des années.

 Je ne sais pas ce que vous en pensez mais juste le fait de relever des défis qui exigent souvent des efforts suprêmes, peu importe la distance, occasionne des réactions qui démontrent les cordes sensibles des personnes.

 Je peux facilement me citer en exemple. À mes débuts, j’ai réalisé ce phénomène et je pensais que j’étais le seul à démontrer un tel comportement. Puis, je me suis mis à observer autour de moi pour finalement m’apercevoir que les coureurs ou coureuses s’avèrent de grands êtres sensibles, des personnes qui possèdent de grands cœurs, charitables et émotifs.

 

Après une épreuve, les coureurs ont réalisé bien des choses.

 

Et c’est curieux mais regardez comment ces derniers ont réagi durant la période intense de la pandémie, avant que ne s’amorce le déconfinement. Incroyable de voir les mouvements qui ont été lancés dans le but d’aider les plus démunis. À un certain moment, je me suis demandé si chaque coureur y allait de sa contribution pour aider son prochain.

 Ces faits et gestes venaient simplement me confirmer ce que j’ai toujours pensé de ces derniers. À maintes reprises, j’ai scruté cet aspect et bien sûr, je parle de l’ensemble. Lorsque j’aborde ce sujet, il y a toujours cet exemple qui me vient à l’esprit et qui ajoute du poids à mon affirmation.

 Le tout se déroule en 2011 pour mon 32e marathon que je vais courir à Pittsburgh. Et je me souviens très bien, j’étais incommodé par une vilaine blessure à une cheville. Deux jours avant l’événement, je vais chercher mon dossard au salon du coureur où comme d’habitude, on peut se procurer de l’équipement entourant la course à pied. Les rabais sont attirants. J’en profite pour y dénicher une paire de souliers.

 

Des scènes semblables viennent confirmer tout le bien ressenti durant l'effort.

 

Je prends la boîte et je continue à faire le tour du salon avec mes souliers sous mon bras. Puis, je quitte l’endroit. Quelques secondes plus tard, rendu sur le trottoir, je réalise que je n’ai pas payé mes souliers. Instantanément, sans aucune hésitation, je retourne à l’intérieur pour régler la facture. Il aurait pourtant été si facile de m’en aller. À partir de ce moment, j’ai compris bien des choses.

 Par la suite, je me suis mis à épier le comportement des coureurs lorsque je participe à des courses et je vous avouerai que j’en ai vu des séquences qui me font croire qu’ils possèdent souvent toutes les qualités que j’ai énumérées dans ce texte.

 Habituellement, les coureurs détiennent des cœurs tendres, compatissants et s’il fallait qu’ils expriment leurs sentiments à chaque fois qu’ils sont ébranlés, ils deviendraient à ce point inconfortables. La course à pied est un sport qui pousse le corps humain à atteindre les limites du possible pour chacun de nous et qui réveille cette facette.

 

La course à pied, pour faire ressortir le positif de l'être humain.

 

Ce constat est, je pense, l’une des raisons de notre dépendance à ce sport car nous prenons conscience des bienfaits pour nous et pour notre entourage. Bien entendu, il est difficile de vérifier concrètement ce que j’avance mais il suffit de croiser plusieurs personnes qui courent depuis longtemps pour donner du poids à cette ligne de pensée.

 Pour moi, la course à pied améliore l’être humain car elle vous fait découvrir des caractéristiques en vous qui jusque-là étaient insoupçonnées. Voilà pourquoi dans les 30 secondes qui suivront la fin d'un marathon, je deviens silencieux.