Si les Blackhawks de Chicago ont marqué l’imaginaire des fans avec leur presque dynastie de trois coupes entre 2010 et 2015, l’équipe n’a pas toujours surfé sur de longues séries de succès. Leur triomphe de 2010 sur ce fameux but bizarre de Patrick Kane était le premier du club en 49 ans, et le quatrième seulement de l’histoire du club, en 84 ans.

Durant l’ère des ‘’Original Six’’, trois équipes ont fait la loi, remportant 24 des 25 coupes Stanley pendant cette période. En effet, les Red Wings de Détroit (5 coupes), les Maple Leafs de Toronto (9 coupes) et les Canadiens de Montréal (10 coupes) ont tout rasé de 1943 jusqu’à 1967, inclusivement.

Les Bruins et les Rangers avaient gagné des coupes avant 1942, mais ils ne l’ont pas fait pendant les vingt-cinq ans de l’ère des Six. En fait, un seul club a réussi à se faufiler dans les mailles des trois gros clubs qui remportaient absolument tout : les BlackHawks de Chicago.

Durant les années ’50, le Canadien et les Red Wings ont largement dominé la LNH, le Canadien remportant cinq coupes durant la décennie, alors que les Wings en gagnent quatre. Le CH débutera la décennie ’60 avec la dernière de cinq coupes Stanley consécutives et le club est encore largement favori d’année en année.

Lors de la saison 1960-61, le Canadien continue de dominer la LNH alors qu’il amasse 41 victoires et 92 points, deux de plus que les Leafs, qui terminent au deuxième rang. Malgré l’absence de Maurice Richard, nouvellement retraité, le CH compte encore sur de merveilleux compteurs. Bernard Geoffrion termine meilleur buteur (50 buts) et pointeur (95 points) de la LNH alors que Jean Béliveau (58 passes) termine au sommet des passeurs. Six des dix meilleurs pointeurs de la LNH appartiennent aux Canadiens et aux Leafs, et le gardien Johnny Bower de Toronto remporte le trophée Vézina remis au meilleur gardien.

Avec l’histoire récente prévalant dans la LNH à l’époque, il était très facile de croire que les Leafs ou le Canadien remporteraient la Coupe Stanley en 1960-61. Les Wings avaient ralenti, les Bruins et les Rangers n’étaient pas un facteur, et puis il y avait les jeunes et rudes BlackHawks de Chicago, remplis de jeunes joueurs dans la vingtaine et qui n’avaient peur de personne. Ils ont terminé en troisième place au classement général, avec un modeste total de 29 victoires en 70 matchs.

Bobby Hull, jeune ailier gauche de 21 ans, était déjà dans la LNH depuis quelques années. En 1960-61, il marque plus de trente buts (31) pour la première de treize saisons consécutives dans la LNH. Petit centre fougueux et habile fabricant de jeu, Stan Mikita dispute sa deuxième saison complète, amassant 53 points dont 34 passes. Le meilleur marqueur de l’équipe? Bill Hay, centre de 24 ans natif de Saskatoon, qui a amassé 59 points en 69 parties, bon pour le onzième rang dans la ligue.

En défense, la vedette de l’équipe était sans contredit Pierre Pilote, natif de Kenogami, qui était déjà solide depuis quelques années et qui gagnera trois trophées Norris consécutifs de 1962 à 1964. Défenseur polyvalent capable d'offensive, Pilote pouvait tout faire sur la glace, en plus de préconiser un style robuste, comme le démontrent ses 165 minutes de pénalité lors de la saison 1960-61, un sommet en carrière.

Évidemment, Pilote n’était pas le seul en défensive! Dollard St. Laurent, quatre fois champion avec les Canadiens durant les années ’50, faisait partie de la formation. Reg Fleming (robuste défenseur), Elmer Vasko, Jack Evans (vétéran de 32 ans) et Al Arbour (entraîneur légendaire des Islanders) complétaient une brigade défensive devant l’un des meilleurs gardiens de l’histoire : Glenn Hall.

Hall est en fait l’homme de fer des gardiens de la LNH. Durant sept saisons consécutives, de 1955-56 à 1961-62, il a débuté toutes les rencontres de son équipe, soit 70 par année, sans interruption. En 1960-61, les Hawks accordent 180 buts seulement, ce qui leur confère le deuxième rang dans la LNH. Hall a été impressionnant cette année-là, menant la Ligue avec six blanchissages, en plus de terminer avec une moyenne de 2,53 (3ème rang) et un pourcentage d’efficacité de .920 (2ème rang). Le gardien n’avait pas les Canadiens ou les Leafs devant lui!

Le format des séries était bien spécial cette année-là. En première ronde, l’équipe de première place affrontait la troisième, alors que les équipes classées aux rangs 2 et 4 se faisaient face dans l’autre série. Ainsi donc, les Canadiens, quintuples champions en titre, allaient affronter les jeunes et fougueux Hawks, alors que les presque tout aussi puissants Leafs allaient devoir se débarrasser des Red Wings, qui avaient affiché un dossier inférieur à .500 en saison régulière.

Techniquement, les Leafs auraient dû facilement défaire les pauvres Wings, mais non! Après avoir remporté le premier match de la série en prolongation, l’équipe en bleu et blanc perd quatre matchs consécutifs et les Wings de Gordie Howe, contre toute attente, atteignaient la finale de la Coupe Stanley. Une petite finale facile pour les Canadiens, qui n’allaient certainement pas échapper leur série contre cette bande de jeunes arrogants des Hawks!

Pourtant, c’est ce qui arriva. Après avoir partagé les honneurs des quatre premières parties, Glenn Hall blanchit les Habitants deux fois de suite pour emmener les Hawks en finale! Fait à noter, les Canadiens n’avaient pas été blanchis depuis 88 parties avant que Hall ne réussisse l’exploit à leur dépens deux fois plutôt qu'une! Dominants en saison régulière, Henri Richard, Bernard Geoffrion et Jean Béliveau ont n’ont totalisé que quatre petits buts réunis….c’en était fait de la dynastie des Canadiens!

La finale entre Détroit et Chicago (première finale toute américaine depuis 1949-50) a été chaudement disputée, la série étant encore égale 2 à 2 après quatre joutes, mais cette fois, c’est l’offensive des jeunes du Chicago qui les tire d’affaire alors qu’ils marquent onze buts dans les deux derniers matchs pour remporter la troisième coupe Stanley de leur histoire.

Il n’y avait pas de trophée Conn Smythe encore à l’époque, mais avec 15 et 14 points en 12 matchs respectivement, Pierre Pilote et Bobby Hull auraient très bien pu être les récipiendaires de ce trophée d’importance, mais beaucoup de crédit fut accordé à Glenn Hall qui, sans avoir la meilleure équipe devant lui, a été le gardien le plus solide de la LNH en 1960-61. D’ailleurs, Hall remportera le Conn Smythe quelques années plus tard, dans une cause perdante, avec les Blues.

Malheureusement pour eux, toujours pris à jouer contre les Leafs et les Canadiens (qui remporteront toutes les autres coupes des années ’60!), les BlackHawks et leurs jeunes loups ne pourront pas répéter l’exploit d’une autre Coupe Stanley. Ça sera donc le seul championnat (dans la LNH) de grandes vedettes telles que Pierre Pilote, Stan Mikita et Bobby Hull….et le seul championnat d’une équipe qui n’est ni Détroit, ni Montréal, ni Toronto, durant l’ère des six équipes originales!

Les BlackHawks de 1960-61 auront vraiment constitué l’anomalie de leur époque. Ils formaient l’équipe qui ne devait pas gagner, mais ils ont chamboulé les forces en présence, le temps d’une saison. Et ils resteront à jamais gravés dans l’histoire de la Ligue Nationale de Hockey pour cette raison!