Je venais à peine de m’asseoir.

 Je suis arrivé tôt pour cueillir mon dossard et trouver une bonne place de stationnement au marathon de Longueuil récemment. Il est 6h30 du matin.

 Soudain, je les vois arriver. Ils m’ont aperçu. Ils se dirigent en ma direction.

 Les frères Jacques et Pierre Caplette font intégralement partie du décor de la course à pied au Québec depuis des décennies. Si vous êtes un adepte, vous les avez sûrement aperçus. C’est inévitable.

 Habituellement discrets, leur fidélité envers ceux et celles qui veulent bien discuter en leur compagnie se veut solide comme le roc. Tellement discrets que je n’ai jamais pu trouver des photos d’eux pour meubler cet article.

 Ils ont regardé les Jeux Olympiques de Montréal en 1976. Comme la plupart des gens de cette époque, ils furent fascinés. Depuis, ils pataugent dans ce milieu. Je les avais aperçus dernièrement au Complexe Desjardins au centre-ville de Montréal. Ils zyeutaient la conférence de presse du nouveau marathon de Montréal.

 

Source: Carole Dionne-Audet

 Les frères Caplette entourent le vétéran coureur Jean Desrochers ainsi que Danic Audet, une photo prise lors du 5km du Festival de la gibelotte à Sorel-Tracy.

 

En fait, ils ressentent encore le besoin de rester présent dans le milieu et cela même s’ils ne courent plus vraiment. Âgés de 72 ans, je les écoute religieusement car je sens qu’ils désirent se sentir impliqués.

 Les frères Caplette totalisent plus de 200 marathons et comme dirait l’autre, ils furent très actifs à une certaine époque. Dans l’enceinte du Colisée Jean-Béliveau à Longueuil, ils ont pris place devant moi pour jaser de tout et de rien. Pas uniquement de course à pied mais également de hockey, de politique, de plusieurs sujets qui les passionnent. On a particulièrement insisté sur l’histoire du centre sportif Paul-Sauvé qu’ils regrettent la disparition.

 On a aussi effleuré la politique. Bref, quand on prend la peine de les écouter, ça devient intéressant.

 Cette discussion m’a également permis de réaliser qu’ils ont dû tourner la page sur bien des aspects. Nombreux sont les adeptes de leur époque active qui ont disparu de la scène de la course à pied. Les frère Caplette se retrouvent par conséquent isolés et doivent s’adapter et tenter de connaître de nouvelles figures, ce qui n’est pas toujours évident.

 

Les frères Caplette, des inséparables comme les Dupond & Dupont.

 

Par conséquent, je les vois souvent seuls, retirés et oubliés. Je trouve malheureux que de tels pionniers qui tiennent toujours à afficher leur présence et à démontrer de l’intérêt pour cette discipline qui les a autant captivés, soient ignorés. Personnellement, je n’ai jamais vu une organisation, ne serait-ce que souligner tout simplement leur présence lors d’une course et je vous le confirme, ils assistent régulièrement à des événements.

 Je me souviens très bien à mes débuts dans la course à pied, je participais régulièrement aux courses du circuit de l’Ouest de l’Île de Montréal qui représentait l’unique calendrier dans la région montréalaise. À chaque fois, je notais leur présence. Ils prenaient la peine de me saluer. Lorsque la situation commandait un échange verbal, ils sautaient sur l’occasion. Dans le cas contraire, ils se contentaient du strict minimum.

 Les jumeaux Caplette ont couru à travers le monde et vécu des expériences inédites pratiquement dans l’anonymat.

 

 

Les jumeaux Caplette appartiennent au monde de la course à pied du Québec depuis la tenue des Jeux Olympiques de 1976 à Montréal.

 

Aujourd’hui, ils se contentent de marcher et n’utilisent pratiquement pas leur automobile. Lors de leurs dernières participations à des courses, ils ont marché. Pour l’un d’entre eux, les marathons, c’est terminé sauf que quand son frère entend cette phrase, il sourit et conserve toujours de l’espoir pour se retrouver éventuellement sur une ligne de départ.

 Les frères Caplette n’apparaissent pas sur les réseaux sociaux, possiblement parce qu’ils n’en ressentent pas le besoin. On peut se demander si cette discrétion ne leur coûte pas cette absence de reconnaissance. Pourtant, je crois que l’on pourrait faire un effort pour parfois souligner leur présence.

 En finissant mon marathon à Longueuil, je les ai vus à quelques mètres de la ligne d’arrivée. Ils quittaient le site. Ils m’ont salué. Il devait être aux alentours de 12h30. J’imagine qu’ils ont sûrement rencontré des gens pendant tout ce temps. De toute façon, je suis assuré qu’ils tiennent à voir ce qui se passe car ils se nourrissent encore de cette soif de vivre le climat que génère la course à pied.