Par Jean-Luc Autret

À une époque où l’égalité est devenu un dogme, je crois qu’il est important de remettre les pendules à la bonne heure qu’en à nos attentes par rapport à la boxe féminine professionnelle. Soyons réalistes, il y a plusieurs problèmes systémiques qui affectent la qualité de cette disciple et ce n’est qu’en étant patient que des solutions vont émerger.

Avant que l’on me lance des tomates pour le choix de ce sujet, j’aimerai rappeler que 12 Rounds a été le seul site à couvrir dignement, avec quatre articles, le gala uniquement féminin à Gatineau de David Damphousse.

Dans le même sens, avant même ses débuts pros, j’ai été le premier à vous offrir un portrait de Marie-Eve Dicaire. Il m’a aussi fait plaisir de vous faire connaître Vanessa Lepage-Joanisse lorsqu’elle a eu sa chance en championnat du monde après seulement quatre combats professionnels. Bref, j’aime aussi parler de la boxe féminine de façon positive !!!

Plusieurs vedettes, mais pas de profondeur

Mon collègue Carl Savard a déjà dressé un portrait de la lente évolution de la boxe féminine professionnelle. Bien sûr, le noble art au féminin est une réalité depuis de nombreuses décennies, mais il a aussi fait son retour aux Jeux Olympiques qu’en 2012, et ce, dans seulement trois divisions.

On peut dire aujourd’hui que la boxe féminine est en grande croissance grâce à l’arrivée chez les pros des Claressa Shields, Katy Taylor, Savannah Marshall et autres anciennes olympiennes. Par contre, du même souffle, on doit aussi constater la très faible profondeur dû au nombre limitée d’athlètes dans les différentes divisions. Voici quelques exemples bien concrets.

À l’ensemble de la planète, il y a seulement 10 boxeuses chez les poids lourds qui ont une fiche positive et plus de trois combats complétés. À 160 livres, la division de Claressa Shields, on retrouve selon le site web boxrec 32 boxeuses actuellement active, et ce, pour l’ensemble de la planète. Chez les 154 livres, la division de Marie-Eve Dicaire, la terre compte 41 pugilistes actives. Pour les 147 livres, on se rend jusqu’à 64 boxeuses, mais si on considère seulement celles qui ont plus d’un combat pro ça tombe soudainement à 44 boxeuses. Chez les 140 livres, ils n’y a qu’une trentaine de boxeuses qui ont une fiche positive sur un total de 80 athlètes. La division où l’on retrouve le plus de boxeuses est chez les 112 livres. Il y a actuellement 178 boxeuses actives, mais là-dessus il y en seulement 80 qui ont une fiche positive.

Autre exemple, les nouvelles vedettes profitent de cette situation pour devenir championnes du monde très rapidement. Claressa Shields est devenu double championne chez les super moyennes après quatre combats. Puis le 22 juin dernier, à son 6e combat, elle a vaincu la double championne du monde à 154 livres, Hanna Gabriels, pour devenir championne IBF et WBA chez les poids moyens. De son côté, l’Irlandaise Katy Taylor a décroché le titre WBA des 135 livres après seulement sept duels.

La valeur des classements mondiaux féminins

Chez les hommes réussir à faire parti de l’un des quatre tops 15 mondiaux c’est une grosse réalisation. La plupart du temps le chemin le plus efficace est de remporter un titre nord-américain qui permet d’être classé dans le top 15 de la dite association. C’est aussi possible de le faire en battant un boxeur déjà classé ou en accumulant les succès, particulièrement en dominant un ancien champion du monde ou un ancien aspirant crédible.

Par contre, chez les femmes les règles ont dû être un peu assouplies puisque le nombre de participantes est de beaucoup inférieur, souvent plus de dix fois moins élevées. Analysons un peu la situation de Marie-Eve Dicaire qui est actuellement classée 2e aspirante mondiale à la WBC et à la WBA chez les 154 livres ainsi que 3e à l’IBF à 147 livres.Première anomalie évidente, la douteuse WBC a choisi de classer les championnes des autres associations dans son classement. Donc, Hanna Gabriels, qui est championne WBA et WBO, est classé 1ère aspirante WBC et Chris Namus, la championne IBF, se retrouve au 3e rang. Malheureusement, cette situation se retrouve dans le classement de chacune des divisions.

Évidemment, le deuxième problème c’est le nombre d’aspirantes. Alors que ça devrait être un top 15, on retrouve 14 boxeuses à la WBC, 9 pugilistes à la WBA et seulement cinq à l’IBF. Vous vous demandez pourquoi il y a aucune mention des classements de la WBO? La réponse est simple, ils en ont tout simplement pas, malgré qu’ils ont des championnes dans la majorité des catégories.

Enfin, on ne veut pas en ajouter une couche, mais le classement féminin de la NABF à 154 livres, le titre détenu par Marie-Eve Dicaire, contient seulement deux noms, soit l’Américaine Latondria Jones et la Mexicaine Paty Ramirez, que Dicaire a vaincu à deux reprises.

Pour lire la suite, rendez-vous sur 12 rounds.