La NFL tournera une autre page de son histoire centenaire ce dimanche. L’une des équipes sportives les plus polarisantes des 60 dernières années disputera son dernier match à domicile. Les Raiders d’Oakland recevront les Jaguars de Jacksonville. Souvenirs etémotions seront au rendez-vous. Mais pourquoi ce départ? La ville est associée aux Raiders comme rarement une communauté l’a été envers son équipe depuis 100 ans. Pour certains, le temps est venu de regarder vers l’avant. À l’inverse, d’autres refusent d’accepter la réalité. Les Raiders seront à Las Vegas à compter de 2020. Mais a-t-on pris en considération l’opinion des supporteurs de l’équipe dans ce processus?

 

 

Qui a raison?

On peut voir ce dossier de deux façons. Premièrement, vous êtes propriétaire de l’équipe. Malgré que vous faites partie probablement de la ligue professionnelle la plus en vue au monde, certains autres propriétaires font beaucoup plus d’argent que vous. Cette réalité agaçante ne vous quitte jamais, et vous revient inlassablement au visage lors des réunions des propriétaires. Pour un homme d’affaire, c’est inacceptable. C’est le détail que les amateurs ont tendance à oublier. Ces propriétaires, qui sont sûrement des amateurs de football, demeurent avant tout des gens d’affaires. L’appât du gain, qui a servi depuis toujours de motivation à l’achat d’une équipe sportive, sert de catalyseur également pour sauter la clôture! Pourquoi les Rams ont quitté Saint-Louis pour s’installer à Los Angeles? Pensez-vous que les Browns ont déménagé à Baltimore pour le plaisir de la chose? «Money talk» comme le chante le groupe rock ACDC.

Deuxièmement, si vous êtes amateur de football, l’aspect financier est bien souvent le dernier de vos soucis lorsqu’on parle de votre équipe favorite. Vous voulez une équipe performante, et qui demeure au même endroit. Lorsque le propriétaire parle d’une relocalisation, vous vous sentez trahis. Vous estimez, en tant que fidèle supporteur, avoir le droit d’exiger que ce projet ne voit pas le jour. Mais la réalité rattrape les amateurs. C’est ce qui est arrivé à Oakland. Les détenteurs de billets de saisons ne peuvent le croire. Même chose pour les individus qui se rendent aux matchs occasionnellement, et qui achètent des marchandises à l’effigie de l’équipe. Ils ont toujours cru que l’allégeance envers l’équipe était un rempart contre le pire des scénarios. Mais comme les amateurs des Nordiques, des Expos et de la première mouture des Alouettes, les supporteurs des Raiders ne peuvent que constater la froideur du propriétaire lorsque ce dernier regarde sa comptabilité à la fin de la saison, et surtout s’il estime qu’il peut faire mieux ailleurs. Le même événement s’est produit en 1957 lorsque Walter O’Malley a sorti les Dodgers de la ville de Brooklyn.

Le Colisée d'OaklandSource: Associated Press
Légende: Le Colisée d'Oakland

La genèse du dossier

Les problèmes remontent à l’époque où Al Davis était encore de ce monde. Le père de l’actuel propriétaire de l’équipe avait prévenu la ville d’Oakland que le domicile de l’équipe allait être éventuellement un point à l’agenda. C’est suite au décès de Davis, et avec l’arrivée de son fils (Mark) en 2011, que le tout est devenu réalité. Pour ce dernier, il était clair que le stade des Raiders était un obstacle à la croissance financière de sa concession. De plus, la situation s’est envenimée avec les années. N’en déplaise aux irréductibles des Raiders, le stade est vétuste. Il ne répond plus à la réalité économique de la NFL du 21e siècle. Il est le seul à servir à deux sports professionnels (NFL, MLB). Pour le propriétaire, l’opinion des amateurs est le dernier point à prendre en considération. Il peut tendre l’oreille, mais sans plus. Est-ce que Ronald Corey a respecté les amoureux du Forum lorsqu’il a lancé son projet d’un nouvel amphithéâtre pour le Canadien? Le président du tricolore a pensé comme un homme à la tête d’une entreprise qui veut augmenter son chiffre d’affaires.

Au revoir Oakland

C’est suite au refus de la ville d’Oakland d’avancer les fonds pour un nouveau stade que Mark Davis a entrepris concrètement les démarches pour relocaliser son équipe. Les nombreux scénarios pour garder les Raiders à Oakland n’ont jamais dépassé l’étape de la planche à dessin. Selon le San Francisco Business Times, l’un de ces scénarios aurait vu les trois équipes professionnelles (Raiders, Athletics et Warriors) évoluer dans de nouvelles installations. Selon le journal, il s’agissait d’un projet gigantesque de deux milliards de dollars dans le secteur de l’actuel stade des Raiders. Les constructions auraient débuté en 2014. Mais le tout ne s’est jamais matérialisé. D’autres groupes locaux ont tenté, en vain, de garder la concession à Oakland.

Le domicile des Raiders à Las VegasSource: MANICA Architecture
Légende: Le domicile des Raiders à Las Vegas

Bienvenu à Las Vegas

Est-ce que les amateurs des Raiders auront la même allégeance dans la capitale du jeu? Certains vont continuer d’encourager l’équipe. Mais Mark Davis se trompe s’il croit que tous les amateurs seront derrière son équipe. Est-ce que la totalité des amateurs des Nordiques ont appuyé l’Avalanche depuis 1995? Je connais des gens qui étaient des irréductibles des Nordiques qui sont passés dans le camp du Canadien suite au départ des Fleurdelysés.

Il est certain que le groupe de Mark Davis a fait ses devoirs. Toutes les projections financières ont été étudiées à la loupe. Il sait très bien que la marque de commerce de l’équipe est l’une des plus solides du sport professionnel. Le logo des Raiders est connu à travers le globe. Ses experts en marketing affirment aussi que les Raiders sont sur le point d’envahir un marché lucratif. Selon eux, ce marché va palier la perte de supporteurs qui résident à Oakland.

En bout de ligne, en minimisant la passion des gens d’Oakland, Mark Davis a pensé en homme d’affaire en voyant les dollars du Nevada. Il a ainsi pensé froidement. Il n’est pas le premier à agir de la sorte, et il n’est pas le dernier. Je n’accuse nullement Davis d’avoir pris cette décision. Je me contente de simplement constater encore une fois la nature humaine.