Il s’agit de remonter de quelques années pour constater l’éclosion de Mélanie Myrand. Sortie de nulle part, la voilà bien en selle dans le groupe des élites canadiennes en course à pied.

 Café Starbucks rue Guy à Montréal, les ados envahissent l’endroit, rivés sur leur Apple. Musique des années 80 agrémente l’atmosphère vivante d’un jeudi soir dans la métropole. Tout sourire, cette blonde aux yeux bleus se présente avec son accent anglophone qui sonne tellement bien à nos oreilles.

 Je connais ses exploits. Son talent indéniable reçoit depuis deux ans la reconnaissance qu’il mérite. J’ignore son histoire. Je suis curieux.

 Née d’une mère anglophone et d’un père dont la famille est issue de Chandler en Gaspésie, voilà pourquoi elle s’exprime habilement dans les deux langues. Depuis deux ans, elle travaille comme infirmière praticienne suite à la réalisation d’une maîtrise à Concordia.

 

J'accepte si ma soeur Lianna vient avec moi !

 

Jeune, elle nage, patine, pratique le soccer sans toutefois y exceller. Elle découvre son talent de coureuse lors de simples courses planifiées vers la fin de son école primaire. À 13 ans, Alexander Spence remarque son talent et l’incite à le suivre pour l’équipe olympique de McGill. « J’accepte si ma sœur Lianna vient avec moi. »

 À 14 ans, ce sport se transforme en une vraie obsession qui lui cause même des troubles alimentaires. À 5’3, elle ne pèse que 88lb à une certaine période. Malgré des résultats intéressants lors des épreuves, ses parents lui conseillent fortement d’arrêter après deux ans. Elle admet s’être brûlée mentalement et physiquement lors des années qui suivront. À travers cette période, elle poursuit ses études avec brio.

 L’année 2012 s’avère une plaque tournante dans sa carrière puisqu’elle rencontre John Lofranco qui deviendra son instructeur. Il travaille toujours avec elle aujourd’hui. « J’ai appris à contrôler mes entraînements avec lui », une facette qui on ose croire, fera toute la différence pour la suite de son cheminement.

 Source: Yves Longpré

Mélanie et son conjoint Hamed Pazaj

 

Entre deux gorgées de café, elle me dit : « Tu sais, je n’ai jamais cru que la course à pied prendrait autant de place dans ma vie. »

 Sans connaître vraiment la raison, elle veut absolument courir un marathon. Par une chaleur torride, elle court celui de Montréal en 2014 et reconnaît aujourd’hui que ce fut la pire expérience de sa vie malgré un chrono remarquable de 3h04. « Habituellement quand je cours, les gens me disent qu’ils voient de l’intensité dans mes yeux. Cette fois-là, j’avais juste hâte de finir. » Quelques mois plus tard, elle retourne pour le club Varsity de McGill avec Jim McDannald, une décision qui lui ramènera sa passion.

 Malgré son travail à l’hôpital Général de Montréal en traumatisme, ses temps continuent de s’améliorer. Elle doit prendre une décision. Réalisant son potentiel, elle décide que de 2016 à 2020, elle s’accordera toutes les chances de performer. Elle conserve son travail d’infirmière qui lui permet de garder un équilibre dans sa vie. La course, c’est pour elle et l’infirmière, pour les autres.

 

Des parents fiers de leurs enfants.

 

À partir de cette décision, elle accèdera à l’élite. Tout débute par le demi de Philadelphie en 2017 où elle obtient 1h17. Suivra le marathon de Toronto avec 2h39. Super heureuse, elle se dit que si jamais la suite est négative, elle aura réalisé le rêve de fracasser les 2h40.

 Puis, en octobre dernier à Chicago, invitée comme élite canadienne, elle se retrouve parmi ses idoles. Impressionnée mais pas intimidée, sans se faire d’illusions, elle se surprend à les battre au fil d’arrivée et signe un temps remarquable de 2h34 alors que son coach voulait un 2h35 et qu’elle lui avait répondu qu’au mieux, elle croyait pouvoir obtenir 2h36.

 « Depuis ce moment, j’ai faim car je réalise que j’approche de mes vrais rêves. » Installé au 4e rang sur la scène canadienne, les possibilités pour qu’elle se classe aux Mondiaux prévus dans le désert du Qatar en octobre 2019 se concrétisent de plus en plus. Le 7 avril prochain, elle participera au marathon de Rotterdam en Hollande afin d’entamer un calendrier qui pourrait s’avérer des plus intéressants.

 

L'année 2019 s'annonce florissante pour Mélanie.

 

Âgée de 33 ans, elle doit concurrencer avec des filles beaucoup plus jeunes, ce qui l’emmène toujours à s’interroger si elle pourra les distancer. Jusqu’ici, elle évite les blessures. « Je dors mes huit heures par nuit, je m’alimente bien et je fais régulièrement de la musculation. »  Patiente au fil des années, la voilà qu’elle récolte aujourd’hui.

 Il y a 12 ans, elle faisait la rencontre d’Hamed Pazaj, un iranien qui est arrivé au Canada à l’âge de deux ans. Son père travaillait au YMCA à Pointe-Claire, l’endroit où ils se sont croisés. Mélanie l’a épousé en 2014. Massothérapeute, Hamed s’adonne également dans l’immobilier. Or, suite aux performances de Mélanie, le projet de fonder une famille a été mis sur la glace. Mélanie voudrait deux enfants après 2020.

 

Tellement sympathique.

 

« Je sais que pour mes performances, c’est l’âge qui va me rejoindre et non les enfants. Lorsque je ralentirai, je vais quand même continuer à courir car c’est devenu ma thérapie. »

 Les Olympiques ? Prudente, elle en parle sur le bout des lèvres et n’ose pas insister. Fidèle à ses habitudes, elle ne veut pas faire démarrer son imagination. On la comprend. Cette méthode lui aura été fidèle jusqu’à maintenant.

Mélanie et François Jarry, les coureurs sur route par excellence  élus par la Fédération d'Athlétisme du Québec en compagnie de l'instructeur John Lofranco (au centre).