Mémoire vive.

 Parfois d’un regard vide, je le perçois dans ses pensées.

 Cédric Patry se livre. Il revient en arrière. Aujourd’hui, il le peut car la plaie se referme.

 Le 5 mai 2013 restera à jamais gravé dans sa mémoire. Perdre un enfant ne rejoint pas la logique de la vie. Davantage quand le départ est soudain.

 En 2012, il découvre la course à pied. Il se souvient qu’à l’école, il se débrouillait. Or, il adorait le hockey. Ce hobby prendra alors tout l’espace.

 

Une belle petite famille dont les membres sourient à la vie.

 

Il lui arrivait de courir avec Maïka. Elle aimait. Inscrit au 10km de Lévis cette année-là, il n’ira jamais. Il fut en arrêt de travail pendant huit mois. Il évitera la dépression. « La course à pied m’a sauvé, elle m’a permis de traverser le pire bout. Et lorsque je cours, je me retrouve avec elle. »

 Durant l’entrevue, Cédric prend des pauses. Âgée de 5 ans, la petite est décédée des suites d’une intervention chirurgicale pour l’ablation des amygdales. Menue, elle mangeait difficilement à cause de la grosseur de celles-ci. Jamais malade, elle gambadait. Même sa sœur ainée ne pouvait la suivre !

 En arrêt respiratoire à l’hôpital de Saint-Georges-de-Beauce, après trois hémorragies, elle fut transférée à Québec où, sept jours plus tard,  son artère facial a littéralement explosé causant une hémorragie fatale.

 

Pour ne jamais oublier.

 

« Je ne me souviens plus des deux mois suivants. Je ne faisais plus rien. Des amis m’ont amené courir. » Annie, sa compagne n’a pu éviter la dépression. Affectée aux enquêtes à la Sûreté du Québec, elle ne pouvait comprendre ce qui arrivait. Elle a couru mais a réalisé que ce sport la blessait. Maintenant, elle enfourche son vélo.

 « Tu sais, j’ai traversé un dernier mois de novembre d’enfer. Il en est ainsi. Parfois, il faudrait que j’évacue ma peine plutôt que de l’accumuler. Je la range de côté et à chaque année, j’éclate à cause d’un trop plein. Il m’arrive de courir et après trois kilomètres, j’éclate en sanglots. Durant les deux premières années qui ont suivi le décès, je pleurais à toutes mes sorties en course à pied. »

 Parfois, il lui parle en courant. « Trouves-tu que papa s’est amélioré ? J’ai déjà deux podiums à mon actif », dit-il, souriant quelque peu.

 

Un beau geste d'amour de la part des parents de Maïka de s'impliquer de cette façon.

 

Il compte un marathon à son dossier, Rimouski en 2016 en 3h45. « Je voulais souffrir le plus possible, je ressentais l’impression qu’en frappant le mur, j’allais me rapprocher d’elle car plus tu n’es plus là, plus tu es ailleurs. J’ai vraiment éprouvé le sentiment qu’elle m’a aidé à le terminer.  Au 40e km, je braillais comme un enfant ! Quand j’ai passé le fil d’arrivée, j’ai jeté un regard vers le ciel et un arc-en-ciel cernait le soleil. J’ai regardé ma femme et on s’est enlacé, en pleurs».

 Cédric ne cherche plus le pourquoi. La réponse ne viendra jamais. Il sait que le temps allègera sa peine. Un vieux sage qui a traversé cette épreuve, lui a déjà confirmé. Il retient cette phrase qui le guide continuellement.

 Âgé de 41 ans, ce tireur de joints possède sa propre compagnie (Système Intérieur). Maïka a deux sœurs, Alysson, 11 ans et Megan, 7 ans. Le couple a tenté d’avoir un autre enfant. Ils sont en attente d’une opération qui ferait en sorte de faire disparaître une ligature. Or, le temps presse. Il commence à se faire tard.

 

Il y a eu ce papillon blanc dans la nuit et cette image saisissante au terme de son marathon.

 

En 2014, Cédric a voulu amasser de l’argent pour l’organisme Deuil-Jeunesse de Beauport qui recherchait une maison afin de mieux s’installer. Il a remis 22,000$ grâce à la planification d’un groupe de 180 participants qu’il a organisé pour courir le 21km de Lévis car avant son décès, il devait courir le 10km de cette même organisation. Il a même acheté au coût de 5,000$ l’une des sept chambres, qu’il a dédiée à la mémoire de Maïka.

 Il aurait voulu organiser sa propre course. Mais vous savez, celles-là, elles ne durent pas très longtemps. « Avec les années, les gens donnent moins mais le groupe d’une cinquantaine de coureurs persiste. Il estime que jusqu’à présent, il a remis 30,000$ à l’organisme.

 Et dire que le mariage était organisé pour juillet 2013. Maïka avait même essayé sa robe. Les invitations avaient été envoyées. Tout a été annulé. « Un jour, je vais me marier dans la simplicité », a répliqué Cédric, qui n’arrêtera jamais de courir. « Aussi longtemps que je marcherai, je participerai à cette course symbolique et même la journée où je me retrouverai seul pour la faire. »

 

Son départ laisse un grand vide parmi son entourage.

 

Le 12 décembre, c’est l’anniversaire de naissance de Maïka. Il y a ce papillon blanc qui, en pleine nuit,  a surgi de nulle part devant une pleine lune lorsque Cédric participait à une course en équipe à travers le bois. « C’était elle. Je vais courir un marathon en 2018 », a-t-il conclu.