« J’ai de la misère à croire que je me suis laissé aller comme ça ».

 Lorsque j’ai logé mon appel téléphonique pour fixer un rendez-vous afin de rencontrer Pierre Hainault, je l’ai surpris à courir sur son tapis roulant installé dans le sous-sol. Voilà sa nouvelle vie. Cet enseignant de 53 ans né à Montréal a réalisé qu’il ne commandait pas le respect auprès de ses élèves lorsqu’il affichait une obésité. « Jadis, ils ne me croyaient pas lorsque je parlais. Pourtant, je traite toujours des mêmes sujets sauf que mon enveloppe a changé ».

 Oui,  Pierre a pesé 360 lb!

 L’émotion le gagne facilement lorsqu’il se livre. Le fait de réaliser divers aspects l’implique bien malgré lui dans un renversement d’attitude. « Je n’ai plus de gêne. Je suis un livre ouvert. Mon fils Simon m’a dit que la famille avait retrouvé un gars heureux, un commentaire qui vient me chercher profondément. »

 

Une image vaut mille mots. Une transformation radicale.

Il parlera de grossesse sympathique pour expliquer son embonpoint qui le conduira inévitablement chez le médecin avec un taux de diabète dangereusement élevé. Il faut dire qu’une malencontreuse chute qui a causé une opération au dos, aura contribué à un laisser aller inacceptable.

 Il prenait cinq sortes de pilules. En 2013, le médecin lui parle d’une chirurgie bariatrique et lui conseille fortement d’assister à une conférence où il réalisera vraiment le danger qui le guette. Il constate alors l’état des gens présents dans la salle qui ne se sont pas pris en mains et qui portent des séquelles pour le reste de leur existence. « Si tu veux que je t’opère, tu devras me prouver tes intentions en maigrissant », lui dit-il.

 Il réagit. L’année suivante, il maigrit de 60 lb puis en ajoute 40 autres en pédalant devant son écran de télé lors des matchs des Canadiens. Avec les défaites qui s’accumulaient, il devait pédaler en simonac! On l’opère afin d’enrayer le diabète et il perd encore 50 lb. « J’ai ainsi passé de 300 $ de pilules à 2.95 $! », s’exclame-t-il avec sourire et satisfaction.

 

Jacinthe, la femme de Pierre est certes sa plus grande admiratrice.

 

En 2016, il reçoit une carte cadeau aux Fêtes qu’il peut dépenser dans un magasin de sport. Il s’achète des skis de fond. Lors d’un week-end, il constate que les pistes sont impraticables et se met à courir légèrement. « C’était du va comme je te pousse pour les jours qui suivront ».

 Il se lève de sa chaise et relève son chandail pour me montrer une cicatrice qui part d’un côté du corps jusqu’à l’opposé à la hauteur du ventre. « On vient de m’enlever 7 lb de peau. Ce fut souffrant mais combien revalorisant pour moi ».

 L’accomplissement du demi-marathon de Montréal l’an dernier avec son frère qui demeure à New York fut sans contredit une séquence mémorable à ses yeux. Je l’ai senti ébranlé lorsqu’il ramenait ce souvenir. « J’avais commandé une médaille virtuelle que j’ai traîné sur moi lors de la course et que j’ai remis à mon fils Francis par la suite. » Un geste qui devenait important pour le père dont le fils avait traversé une période un peu plus difficile.

 

Pierre (à gauche) voue une admiration sans borne envers Marc Langevin (à droite).

En 2016, il rencontre Marc Langevin, un gars qui changera radicalement sa vie, sa façon de faire et de penser. « Marc, je l’aime. Il m’a sauvé. Il est devenu un frère pour moi. Je l’admire. Il a fait activer mon mental. Il n’existe aucun jugement dans ce groupe-là », en parlant du club de course à pied CCC dont Marc est le grand responsable.

 L’an dernier, Pierre a été élu l’athlète le plus inspirant et cette année, le groupe CCC lui a décerné le titre de l’athlète de triathlon par excellence, car il faut dire que Pierre a ajouté cette corde à son arc et qu’il s’est même inscrit au 51-50 de Tremblant l’an prochain ! « Un jour, je me rendrai jusqu’au demi ironman », lance-t-il avec certitude.

 Enseignant à la polyvalente de Marieville en adaptation scolaire, il lui reste quatre ans avant la retraite. « J’ai hâte que ça finisse. J’adore enseigner mais c’est la façon de voir l’enseignement qui me déçoit. On a trop de paperasse mais la flamme brûle toujours », explique celui qui fut pendant six ans, directeur-adjoint d’une école à Iberville.

 

Pierre et ses deux fils, Simon et Francis.

 

Père de deux gars, Francis, 26 ans, un ambulancier et Simon, 24 ans, soudeur pour la ville de Carignan, Pierre s’est même lancé en politique municipale à trois reprises, en 2009 et 2013 à Chambly comme conseiller puis en 2017 à Marieville où il a perdu par 75 voix alors que pratiquement personne ne le connaissait dans cette région. « Cette expérience m’a procuré beaucoup de plaisir », de sorte qu’il ne ferme pas la porte pour une nouvelle tentative lors des prochaines élections en 2021.

 Afin de souligner son virage, Pierre arbore un tatouage sur l’intérieur du bras gauche sur lequel on peut lire : Regarde tout le chemin parcouru ! Lui qui adorait prendre un verre de scotch et de vin autrefois, ne digère plus les deux substances. « Mais la bière cependant…. », réplique-t-il en riant. Depuis cinq ans, il n’a pas bu une seule eau gazeuse.

 Il conclut l’entrevue sur ce commentaire des plus significatifs pour lui : « Jacinthe, ma femme m’a dit récemment à la blague qu’après 30 ans de vie commune, elle ne ressentait plus besoin de changer de mari car elle en avait un nouveau aujourd’hui ! Dans le monde actuel, tout est axé sur l’image et ce qui me rend le plus fier, c’est le regard des membres de ma famille. Par cette transformation, ma personne s’est considérablement améliorée. En fait, je dirais que je me suis trouvé. »

Sa belle fille Isabelle qui lui a fait découvrir la course à pied en 2016.