J’ignorais ce que j’allais voir et entendre. Je pénétrais littéralement dans un temple.

 Murs tapissés d’images, meubles imprégnés de photos de ses exploits, même le dessus de la table de la salle à manger racontait ses prouesses !

 Denise, assise tout près, relatait qu’elle voulait un blond aux yeux bleus. « Si j’avais su ce qui m’attendait », lance-t-elle à la blague. Tout au long de l’entrevue, son épouse reste discrète, laissant toute la place à son homme, ne cessant d’hocher la tête en signe d’approbation, confirmant l’authenticité des récits et aventures exceptionnelles.

 Guidé par la foi, on peut se demander si Michel Villeneuve jouit d’une ligne directe avec l’au-delà ! Il parle de son grand-père, 84 ans, son mentor qui un jour, a osé lui dire : « Tout effort est un succès ». Depuis, cette phrase le guide vers le dépassement, les limites sans cesse repoussées. Michel ajoutera : « Lui, il croyait en moi ».

 

Certes, l'un des moments les plus intenses de sa vie.

 

Pourtant, il passe les six premiers mois de sa vie sous une tente à oxygène, diagnostiqué asthmatique, bronchite chronique. Ses crises provoquent un stress permanent chez ses parents. Un jour, ils doivent le conduire de Sainte-Agathe vers l’hôpital général pour enfant à Montréal. Âgé de 3 ans, il vomit tout le long du voyage. « Ma mère m’a dit qu’elle en avait jusqu’aux chevilles ! ». À son arrivée, le médecin confirmera que s’ils avaient attendu une heure de plus, Michel serait décédé.

 À 10 ans, on lui confirme que s’il tient à vivre longtemps, il devra oublier les efforts physiques. Sans le savoir, le doc venait d’allumer une lumière. Le voilà maintenant avec 75 marathons plus tard….  sans compter les ultras !

 Toutefois, après 34 ans de course à pied, il s’essouffle mais vous comprendrez pourquoi un peu plus loin dans ce texte.

 Et il y a cette médaille de la Sainte Vierge que lui a remise sa mère jadis.

 

Il sera l'un des rares à terminer cette compétition, démontrant une détermination hors du commun.

 

« Ma recette, je veux aider les autres. J’ai atteint mes objectifs personnels et dorénavant, mes muscles soutiendront des causes. »

 Doté d’une puissante force de caractère, des pouvoirs physiques hors du commun, une détermination inouïe, il laisse parler son cœur.

 Son point culminant : Juillet 2016, Mont-Laurier-Saint-Jérôme, 200km, un temps de 31h06, sans arrêt. Surhumain. De la folie. Personne n’a voulu emboîter le pas avec lui. Il courait littéralement vers un suicide. « Je l’aurais terminé en rampant s’il avait fallu ».  Une journée humide, 27 degrés Celsius, les mouches qui piquaient, tout cet effort pour Philippe Courcelles, 27 ans, le meilleur copain de son fils Olivier, atteint de dystrophie musculaire, qui mourra le 22 mars 2017.

 Guidé par l’adrénaline, il se sent comme au Vietnam. Dans les derniers milles, il vomit sans relâche, urine du sang, des parties de son corps enflent. « J’hallucinais, je perdais partiellement ma vision, je voyais juste un tunnel. Je lui avais promis. Il ne fallait pas que j’abandonne. »

 

Il a réalisé un ironman d'une façon étincelante, s'imposant une discipline incroyable.

 

Ces symptômes, il les a cachés afin de n’inquiéter personne. Au 190e km, il s’est agenouillé devant Phil et lui a dit : « Tu vois, l’impossible devient possible ». Mais…..

 Au cours des derniers mois de sa vie, Philippe a vécu un bonheur intense. « Je réalise maintenant que je suis venu sur la terre pour apprendre et observer », a-t-il confié à Michel. Une somme de 10,000$ a été amassée pour aider la famille.

 En 2007, après une rude journée de travail comme élagueur pour Asplundh, chez qui il travaille depuis 38 ans, Michel se retrouve avec fiston Olivier qui l’accompagne dans ce métier, relaxant autour d’une bonne bière. « Tu devrais faire quelque chose pour Alex (Dupras) », lui lance-t-il. Alex, c’est le voisin d’en face, atteint également de dystrophie musculaire, cousin de Philippe, dont les deux mères détenaient le gène sans le savoir.

 

Son métier d'élagueur lui procure davantage de mérite pour réussir à garder une discipline rigide à l'entraînement. Il pose en compagnie de ses fils Olivier et Maxime.

 

À la suite d’une grave intervention chirurgicale de douze heures à Sainte-Justine, Michel quitte l’hôpital en sanglots, véritablement secoué. Il décide de planifier la course de l’espoir, Québec-Sainte-Sophie, 300km.

 Malgré du temps supplémentaire au travail lors de la séquence qui précède l’événement, il poursuit son entraînement. Il doit souvent courir à 22h et se lever le lendemain matin pour 5h.

 Il réussit sa mission en quatre jours à raison de 75km par jour avec une moyenne de 5:22 du km. Il amasse 12,000$. Même la vente de barres de chocolat s’intègre dans cette démarche ! Deux de ses amis ont voulu l’accompagner pour les 100 derniers km. Ils sont tombés dans les pommes avec 5km à franchir !

 Aujourd’hui, Alex est âgé de 30 ans.

 

Son épouse Denise l'a accompagné pendant un bout de temps dans la réalisation d'un marathon. Aujourd'hui, elle doit se contenter de distances inférieures.

 

En 2014, il consacre un ironman pour la cause des asthmatiques avec un temps de 12h35 car dans son club de course à pied, les Godasses du Nord, il n’accepte pas que certains aux prises avec ce problème, se limitent à faire de l’activité physique. Il récolte 3,000$.

 En 1994, il participe au marathon canadien de ski de fond Lachute-Gatineau. Ils sont 572 au départ et il se retrouvera parmi les 11 seulement qui le termineront. Et dire qu’il doit utiliser trois pompes, matin et soir et prendre du Ventolin quand il court !

 Saviez-vous qu’Alain Bordeleau a déjà voulu le prendre sous son aile ? Mais à cause de son métier trop exigeant, il a finalement décliné.

 

À ses débuts au marathon de Montréal.

 

En 1993, il court le marathon de Montréal en 3h45 malgré deux entorses lombaires. « Ce fut le marathon le plus émotif pour nous », précisera Denise.

 Vous aurez deviné que son seuil de la douleur est très élevé. Cependant, l’envers de la médaille commence à faire son apparition. Le médecin lui a conseillé qu’il devait obligatoirement régénérer son corps, sinon, ce fut clair comme message : « Si tu n’agis pas de la sorte, ce sont tes amis qui devront organiser des courses pour toi. » Par conséquent, il doit mettre en veilleuse son projet de courir 1000km à relais en 10 jours pour la santé mentale et cela même s’il dit ressentir une intensité encore au dessus de la moyenne.

 Alors, ton prochain défi ? « Je ne sais pas mais il sera extrême et ça me prendra une motivation de cœur. Peut-être une 2e course pour Alex ? »

 

Un athlète complet.

 

Pourrait-il commencer à jouer aux cartes ou au Scrabble !

 Mais, il court avec son âme et refuse de baisser les bras.

 Après chacun des sept marathons courus par son épouse, il va la chercher après avoir terminé le sien, pendant que ses coéquipiers, étendus sur le gazon, se retrouvent en pleine période de récupération. Alors, vous comprenez ?

 Un dossier éloquent mais force est d’admettre que l’énergie s’évapore. Il court encore tôt le matin mais n’arrive plus à remettre ses espadrilles après son quart de travail comme autrefois. La machine s’essouffle.

 Philippe lui a déjà dit : « Je ne pensais jamais qu’une personne m’aimerait autant. » Cette phrase témoigne d’une gratitude sans borne et provoque des sanglots chez Michel.

 

Michel est doté d'un courage indestructible.

 

D’autre part, il m’a confié qu’il a déjà signé un papier avec sa mère qui disait que jamais il se marierait à cause de son amour pour le sport. Pourtant, en 1994, père de trois garçons, Jonathan, 32 ans, Maxim, 30 ans et Olivier, 27 ans, leur famille fut proclamée famille sportive de l’année !

 Puis, du coq à l’âne, comme ce fut le cas tout au long de notre conversation, une anecdote lui revient. En préparation pour son ironman lors du week-end précédent, il avait nagé 162 longueurs à la piscine le vendredi, roulé 140km jusqu’à Ottawa le samedi et couru un marathon le dimanche, tout cela pour lui donner confiance. Ouf !

 Blessé à un genou, il s’est déjà agenouillé devant une statue de la Sainte-Vierge et est reparti sans douleur !

 

Une photo qui se passe de commentaire.

 

Ce qui le traumatise pour le moment, c’est qu’il n’arrive pas à retrouver cette fameuse médaille de la Sainte Vierge dont nous vous avons parlé un peu plus tôt et qui l’accompagnait à chacun de ses défis.

 Je suis alors parti inquiet de son Royaume.