J’oserais dire qu’elle ne se livre pas facilement.

 Elle tenait à me prévenir. « Je suis authentique, spontanée et véridique. Je suis mauvaise, je me choque et je dispose d’un peu de caractère ».

 Anne Bouchard venait de mettre la table. Dès mes questions initiales, elle ajoutait : « Je ne m’attends pas à ce que tu récites ma vie. » Bon, voilà, la présentation est derrière. J’allais pourtant la rencontrer pour parler de ses prouesses dans les courses en sentier. Avouons qu’elles bénéficient d’une force spéciale, celles qui s’adonnent à des distances qui n’en finissent plus de finir ! D’autant plus qu’elle s’illustre !

 Faut croire qu’elle ne se laisse pas impressionner facilement et que surtout, on ne lui marchera pas sur les pieds. C’est correct.

 

Source: Nicolas MithieuxUn beau sourire qui cache une grande détermination et beaucoup de courage.

 

La dernière performance d’Anne a retenu mon attention. Avec un temps de 34 heures et une minute à l’UTMB du Mont Blanc, elle a ravi le 12e rang dans sa catégorie d’âge, 29e chez les femmes et 274e sur 2600 participants.

 Née à Québec d’une famille gaspésienne, la discipline prônait à la maison. Adepte de l’escalade, aimante de la montagne, elle bifurque à la naissance de sa fille Charlotte, il y a six ans. « Au lieu de gravir les montagnes, je vais les courir ». Une revue capte alors son attention. On parle des événements du genre les plus populaires à travers le monde.

 « Un jour, j’atteindrai le Mont Blanc », espère-t-elle, une idée qui ne la quittera jamais.

 

Source: Nicolas Mithieux

Disons qu'elle a fait ses preuves dans les plus grandes manifestations de courses en sentier.

 

Il y a deux ans, elle s’initie avec la CCC du Mont Blanc, 101km. « J’ai perdu ma mère un mois avant la course. Simultanément, en me levant un matin, je ne pouvais plus marcher, problème de bandelette inexplicable. Tu ne me croiras pas, mais tout a disparu aussi rapidement, sans même que je puisse comprendre ce que je vivais. »

 Elle s’illustre, 11e dans sa catégorie d’âge, 22e chez les femmes et 190e au général sur 2300 coureurs.  Elle se sent d’attaque. Elle doit se qualifier pour l’UTMB. L’an dernier, elle termine au 1er rang au mont Albert et au Bromont Ultra puis 2e à l’UTHC. Par une sélection secrète comparable au secret de la Caramilk comme elle le dit si bien, elle obtient son laissez-passer. On connaît les résultats.

 La route ou le trail, on doit y aller en profondeur dans l’analyse, considérer les surfaces, les dénivelés, l’impact stress sur le corps, le cardio aux dires d’Anne. Oubliez la route pour l’athlète de 43 ans. C’est fade et trop difficile. « Je prends mon auto pour me rendre au Mont Royal afin de m’entraîner ! »

 

Son mari et ses deux enfants sont fiers de leur femme et de leur maman.

 

Dans le bois, elle déconnecte et ça sent bon.  C’est anti-cancérigène. Programmation neurologique différente de la route, à ses yeux, il ne s’agit pas d’une histoire de potentiel. « Je ne le fais pas pour les temps, je cours sans montre. L’ultra n’est pas juste animé physiquement. Mentalement, tu dois disposer d’espace dans ta tête afin d’encaisser, bénéficier d’une résilience », précise la directrice de la fiscalité au Cirque du Soleil.

 S’allier avec la nature, gérer les jours qui suivront la compétition, des facettes qui accentuent le plaisir.

 « Je ne suis pas une élite. » Un commentaire catégorique, émis avec assurance, qui nous laisse tout de même perplexe.

 Source: Nicolas Mithieux

Anne décroche lorsqu'elle se retrouve dans le bois.

 

« Je me lève à 4h dans la nuit pour m’entraîner. Je ne me donne pas de plan mais je sais ce que je dois accomplir. Je me procure les moyens pour produire mon efficacité. Je prends également le soin de relaxer mon corps. Je passe chez le mécanicien à toutes les cinq semaines. »

 Elle inspire, particulièrement les femmes. « Je suis comme un cheval sauvage. L’humilité, c’est très important pour moi.»

 Déterminée ? Sur les sentiers, même les ours doivent l’éviter !

 « À la maison, je grogne parfois. Les enfants me surnomment Maman Ours. »

 Avec beaucoup d’admiration, Anne parle de son mari, Sylvain Rioux. Il a pris part à six championnats du monde en duathlon. « Il est doux, il est merveilleux. » J’ose croire, car j’imagine avec le contraire qu’il y aurait des flammèches à l’occasion à la maison !

 

Source: Nicolas Mithieux

 Disons que North Face a fait un bon choix.

 

Les 9-10 et 11 décembre, elle retournera aux 24 heures de Tremblant avec quatre équipes du Cirque du Soleil dans le but d’amasser des fonds pour les enfants malades. « Je suis un peu frileuse de dévoiler mon plan pour mes prochaines compétitions. Tellement de facteurs peuvent venir influencer mes décisions. »

 Sur le programme national, elle se retrouve commanditée par North Face. « Ils favorisent les profils plutôt que les performances dans leurs sélections.»

 Puis justement, elle m’a parlé de Florent Bouguin, un ami, combien elle l’aimait, combien elle l’estimait. « J’ai pleuré quand je l’ai croisé tout récemment lors d’une course. » Pour la première fois durant notre entretien, elle jetait les armes, baissait les bras pour démontrer sa tendresse de femme.

 Or, la guerrière était juste en repli, pas très loin derrière.

Source: Nicolas Mithieux