Elle m’attend.

 Plus les années s’écoulent et davantage elle doit aiguiser sa patience.

 J’ai ralenti. Le poids de mes marathons antérieurs fait son œuvre. La carcasse s’use, s’affaiblit. Cette logique cause des dommages. Déjà, je considère tellement que le corps humain possède toute une résistance.

 Elle se lève aux petites heures du matin, tout comme moi. J’imagine que normalement, elle préfèrerait rester couchée et je la comprends très bien. Je l’admire. Elle veut bien me préciser qu’elle adore me voir partir à la ligne de départ mais ce moment ne dure que le temps d’une pensée.

 Le froid, la pluie, le vent, les températures maussades, elle les a éprouvées trop souvent.

 Or, je ressens le besoin de sa présence, de son regard, de son sourire, de ses yeux qui pétillent, qui m’encouragent, me supportent. Je la sens parfois impressionnée devant la présence de tous ces athlètes. Elle comprend. Elle est passée par là.

 

Carole était là pour les 50 premiers marathons.

 

Pour la durée du marathon, elle doit occuper ses temps libres. Je l’ai déjà vu tricoter, assise sur un banc, lors du marathon hivernal d’Ottawa présenté en février, sous un soleil radieux, alors que je passais à cinq reprises devant elle. Toutefois, la plupart du temps, je disparais et elle ne me reverra que quelques heures plus tard.

 Une éternité pour elle.

 Elle en profitera pour prendre le déjeuner, marcher, relaxer.

 Ce qui me rassure, c’est que je suis conscient qu’elle le fait parce qu’elle m’aime. Elle m’encourage et j’ai besoin de cet appui. À quelques kilomètres de la fin, je sais qu’elle m’attend, qu’elle m’accueillera avec joie et que sa reconnaissance sera au rendez-vous.

 Le simple fait de se rendre à un marathon dans la solitude vient habituellement briser cette magie qui caractérise de tels événements. La différence d’une présence est énorme et vient peser lourd dans la balance.

 

Pasquale (à droite)  était là pour les 50 derniers marathons.

 

Après le fil d’arrivée, lorsqu’elle m’enlace, alors, la fatigue disparaît et son câlin m’aidera pour la période de récupération. Souvent, les émotions remontent en surface et je sens ma gorge qui se serre.

 Pour courir un marathon, on doit disposer d’une grande force mentale et l’apport d’un être cher contribuera à rendre ces moments euphoriques.

 Je ne suis pas le seul qui vit pareilles expériences. Tous les adeptes ressentent le même besoin lorsqu’ils franchissent la ligne d’arrivée. Un humble hommage de ma part aux deux femmes qui m’ont supporté au cours de ces 20 ans. Assurément qu’elles m’auront permis d’atteindre cet objectif de 100 marathons.

 Sans cette contribution, il m’aurait été impossible de remplir cette mission. Sincèrement, je vous remercie.