Les Patriots de la Nouvelle-Angleterre, bien qu’ils soient le principal sujet de conversation des talk-shows sportifs américains depuis deux décennies, leurs méthodes demeurent également l’un des secrets les mieux gardés de la NFL. Nous avons tous notre théorie sur leur façon de procéder et d’envisager la gestion d’une équipe de football, mais pas question de s’épancher sur la matière grise de Bill Belichick, qui s’affaire à ne rien divulguer qui pourrait désavantager son organisation auprès des médias ou des autres directeurs généraux et entraîneurs de la ligue. Or, pour interpréter ce qui se passe entre les murs du Gillette Stadium, ceux qui suivent les activités et commentent les décisions des Patriots connaissent bien l’adage suivant : «Ne vous concentrez pas sur ce qu’ils disent, mais sur ce qu’ils font».

Hier, en début de soirée, Ian Rapoport a mentionné que les Patriots étaient sur le point de s’entendre avec le porteur de ballon Lamar Miller, lui qui a raté l’entièreté de la saison 2019 en raison d’une rupture du ligament croisé-antérieur. La validité de l’entente dépend évidemment de la réussite d’un examen médical.  Entre 2014 et 2018, Miller a cumulé une moyenne de 981 verges au sol par saison et de 4.38 par portée. Si sa moyenne de verges par portée a connu un sursaut en 2018 (4.6), elle n’a cessé de régresser depuis 2014 (5.1), alors qu’il avait connu un sommet en carrière pour les verges obtenues au sol (1099) et les touchés (8).

De plus, Miller revient d’une blessure sévère qui risque de l’empêcher de retrouver sa forme de jadis, sans oublier qu’à 29 ans, il emprunte invariablement la pente descendante de sa carrière. Mais pour revenir à l’adage concentrez-vous sur ce qu’ils font, la signature de Lamar Miller n’est pas le véritable indicateur de ce qui se passe dans le giron des Patriots. L’arrivée de Miller nous apprend une chose plus importante : encore une fois, Sony Michel amorcera le camp d’entraînement sur la PUP (physically unable to perform). De toute évidence, Lamar Miller ne vient pas assumer le rôle de porteur de ballon #1 des Patriots.  S’il retrouve une certaine forme physique lui permettant de contribuer le moindrement au jeu au sol, il offrira davantage de profondeur au comité des porteurs de ballon déjà bien fourni : James White, Rex Burkhead, Sony Michel et Damien Harris.

À première vue, on pourrait croire que la signature de Lamar Miller vient tout simplement combler la perte du vétéran Brandon Bolden qui a déclaré forfait pour des raisons de santé (Covid-19) la semaine dernière. Or, Miller n’apporte pas la polyvalence d’un Brandon Bolden qui a toujours contribué de manière significative au jeu aérien des Patriots durant ses deux séjours avec l’équipe. Avec l’ajout de Cam Newton, on pouvait certainement s’attendre à ce que cette dimension du jeu soit exploitée par Josh McDaniels, si on tient compte du fait que l’ancien quart-arrière des Panthers a connu un certain succès avec l’option du passing back que représentait Christian McCaffrey. Chez les Patriots, cette possibilité s’offrira encore avec James White et Damien Harris, ce dernier repêché pour sa grande versatilité observée durant ses années dans les rangs collégiaux avec le Crimson Tide de l’Alabama .

Or, on ne sait pas encore de quel bois se chauffera Damien Harris chez les professionnels, lui qui n’a participé qu’à 4 jeux en 2019 pour un total de 12 verges. Tout porte à croire que les Patriots l’ont choisi en 3e ronde en 2019 dans l’intention de l’intégrer de manière significative au jeu aérien, pour éventuellement remplacer James White (28 ans-agent libre sans restriction en 2021) dans le rôle du passing back #1. À ce titre, si la signature de Lamar Miller confirme ce que nous savions déjà - les Patriots tiennent à amorcer la saison 2020 avec un comité de porteurs de ballon aussi abondant que versatile –, elle nous rappelle que la santé de Sony Michel est un problème qui revient avec la même constance que le retour de l’automne et la saison du football.. Pas une seule fois depuis son arrivée dans la NFL, l’ancien Bulldog n’a-t-il amorcé une saison en pleine santé, que ce soit en raison d’une blessure ou à la cheville. En 2021, les Patriots devront choisir s’ils souhaitent exercer la 5e année d’option sur le contrat de leur ancien choix de première ronde en 2018. 

En somme, la venue de Lamar Miller semble sans conséquence réelle, au-delà de devenir possiblement le 5e porteur de ballon de l’équipe, pour jouer un rôle semblable à celui de LeGarette Blount en 2016. Personne ne s’attend non plus à ce qu’il assume des responsabilités hors du commun avec les Patriots. Il pourrait même se faire retrancher d’ici la fin du camp d’entraînement, qui sait. Là n’est pas la question. Ne vous concentrez pas sur ce qu’ils disent, mais sur ce qu’ils font : la compétition chez les porteurs de ballons des Patriots est ouverte aux quatre vents et Damien Harris est appelé à prendre du galon, à profiter de l’absence de Sony Michel pour devenir éventuellement l’option privilégiée pour ce qui est du jeu au sol et celle du passing back.