La victoire par la marque de 21-11 des Patriots contre les Dolphins peut s’expliquer aisément : la préparation de Bill Belichick et de Josh McDaniels était pratiquement sans faille. Les Pats ont su exploiter la faiblesse de Miami dans le périmètre des linebackers, tant à l’extérieur qu’à l’intérieur ; permettant à Cam Newton de déborder de la pochette à sa guise (par des tracés latéraux ou tout simplement en se faufilant en ligne droite dans le front défensif, à la manière d’un power back. Pour dire les choses simplement, la résistance des Dolphins face à la course des Pats fut exécrable, permettant à la recrue non-repêchée JJ Taylor (le plus petit joueur de la NCAA en 2019 -5 pieds 5 pouces) de s’illustrer à son tout premier match dans la NFL, un privilège que Damien Harris n’a pu connaître la saison dernière.

Grâce à la pauvreté du noyau de linebackers des Dolphins, les Patriots ont pu se permettre de distribuer le ballon par voie aérienne qu’à 19 reprises. Chez les receveurs, Julian Edelman a été ciblé à 7 reprises (5 attrapés pour un total 57 verges) et N’Keal Harry a quant à lui  attrapé 5 passes en 6 tentatives pour un total de 39 verges. À eux seuls, Edelman et Harry ont donc revendiqué 62% du cumul de verges obtenues par la passe (155 verges) de Cam Newton. Le jeu aérien a soutenu le plan de match offensif rudimentaire des Patriots (confier les troisièmes essais à Cam Newton et à sa mobilité explosive), mais ne fut pas un facteur déterminant dans l’issue de la rencontre. Un tel phénomène risque de constituer un apax dans l’ensemble du calendrier des Pats cette saison – l’un des plus coriaces de la NFL en 2020.

Si ce plan de match de Belichick, digne de ceux des Dolphins des annés 1970, s’est avéré efficace dimanche dernier, il est clair que ce modèle offensif ne pourra tenir long feu au cours des prochaines semaines, particulièrement face à la spécialité de la défensive des Seahawks : la couverture de type nickel, dirigée par le coryphée Jamal Adams qui compliquera assurément les choses pourJosh McDaniels et Cam Newton dans cet affrontement en prime time  qui représentera le premier véritable test des Patriots cette année – une épreuve qui risque d’exposer les lacunes monumentales de l’équipe et d’imposer un dur retour à la réalité pour certains partisans des Pats qui croient déjà que Cam Newton est un candidat au titre de MVP.

De plus, nul besoin d’être un génie pour prévoir que Pete Carroll fera tout en son pouvoir pour forcer Cam Newton à  travailler dans la pochette et à s’illustrer par la passe – ce qui n’a jamais constituer le point fort de ses habiletés de quart-arrière. Une fois Edelman neutralisé en couverture double, Newton n’aura d’autre choix que de se tourner vers N’Keal Harry qui peine à créer de l’ouverture entre lui et les arrières défensifs adverses, et cela depuis son passage dans les rangs universitaires américains. À ce titre, il sera impératif pour le jeu au sol et la ligne offensive des Pats de trouver un moyen d’affaiblir la force explosive de Bobby Wagner (encore le meilleur linebacker intérieur de la NFL), s’ils veulent inscrire des points au tableau dimanche prochain. Cam Newton  le powerback ne pourra être le catalyseur offensif de cette équipe face au front défensif redoutable des Seahawks, au risque de subir une blessure qui pourrait corser la suite des choses pour les Pats.

Pour ce qui est du plan de match défensif des Pats pour contrer Russel Wilson et son attirail, la tâche ressemblera énormément à celle du Super Bowl 49 : empêcher Russell Wilson de déborder de la pochette. Un tel objectif exigera toutefois que le pass rush des Pats soit plus menaçant que dimanche dernier face aux Dolphins. Si Derek Rivers et Chase Winovich ont démontré des signes encourageants à ce chapitre, ils devront faire preuve de constance contre Seattle, sans être surutilisés. Or, qui dit pass rush contre Russell Wilsonrenvoie la balle au bond au noyau de linebackers intérieurs qui devront surveiller le corridor frontal patrouillé par l’un des meilleurs slot receivers de la NFL en Tyler Lockett. Pour désamorcer Russell Wilson, en raison de son manque flagrant de rapidité sur la ligne frontale, la défensive des Pats devra trouver un équilibre entre pression sur le quart et une couverture de zone aussi intuitive que réfléchie. Ce qui, nous le devinons, ne sera pas une mince affaire face à l’une des puissances notoires de la NFC, les favoris de plusieurs pour remporter leur division, celle qui donnera lieu au combat le plus sanguinaire dans la NFL cette saison.

Si les deux dernières décennies nous ont appris à ne jamais sous-estimer Belichick, il faut aussi être réaliste : une victoire des Patriots face aux Seahawks est de l’ordre des probabilités conditionnelles les plus complexes.