Les problèmes de profondeur des Patriots de la Nouvelle-Angleterre à la position de receveur de passe ne sont un secret pour personne. Elles sont même à l’origine de la décision de Tom Brady de terminer sa carrière avec les Buccaneers de Tampa Bay, eux qui possèdent l’un des meilleurs noyaux à ce chapitre dans la NFL. De plus, de nombreux observateurs se sont surpris du fait que les Patriots n’ont sélectionné aucun receveur de passes durant les sept rondes  du dernier repêchage. Ils ont plutôt fait leurs emplettes du côté des agents libres non-repêchés, notamment en s’assurant les services de Will Hastings – l’ancienne cible de Jarrett Stidham à Auburn – et ceux de Jeff Thomas, le rapide et talentueux receveur des Hurricanes de Miami. Il s’agit probablement de la prise la plus intéressante des Patriots du côté offensive durant l’entre-saison., hormis celle de Cam Newton.

N’eût été ses problèmes en dehors du terrain, Jeff Thomas(5'10, 180 lbs) aurait probablement trouvé preneur dans les deux premières rondes de l’encan 2020 de la NFL. En 2017, dans le processus de recrutement des meilleurs espoirs produit par les high schools des États-Unis par les programmes universitaires, Thomas était considéré comme le 5e meilleur receveur au pays. Il s’est classé au-devant de CeeDee Lamb, d’Henry Ruggs, de Jalen Reagor, de KJ Hamler et de Lavishka Shenault. Évidemment, un tel classement n’indique aucunement ce que réaliseront ces espoirs dans les rangs collégiaux, encore moins dans la NFL. Cela dit, cette anecdote nous offre une perspective intéressante sur le statut de Thomas à son arrivée à l’Université de Miami. Les Hurricanes croyaient avoir mis la main sur une recrue «quatre étoiles» au minimum.

Alors, comment expliqué la chute monumentale de Jeff Thomas au repêchage 2020? La réponse est fort simple : ses frasques et ses mauvais choix lorsqu’il se retrouvait à l’extérieur du giron des Hurricanes. Sur le terrain, dès son arrivée avec l’équipe, Thomas s’est imposé comme un retourneur de botté de premier plan – une moyenne de 24.9 verges par retour en 2018 et un touché inscrit sur une remise. Toutefois, en novembre de cette même année, l’entraîneur-chef Mark Richt a évincé Jeff Thomas du programme des Hurricanes, suite à de multiples violations du code d’éthique du programme athlétique de l’Université de Miami, qui n’ont jamais été détaillées publiquement.

Malgré cela, des rumeurs rapportées par le Miami Herald tout de même circulé à ce sujet. Thomas aurait eu quelques prises de bec avec l’instructeur des receveurs Ron Dugans. De plus, toujours selon ces rumeurs, dès qu’il était contrarié, Thomas quittait intempestivement les locaux des Hurricanes et s’absentait des réunions d’équipe plusieurs jours d’affilée. Dans la foulée de ces conflits avec le personnel d’entraîneurs des Hurricanes, Thomas aurait contacté le coach des Fighting Illini de l’Université de l’Illinois dans le but d’obtenir un transfert là-bas. Cette rumeur a été confirmée par Lovie Smith lui-même.  

Les choses se sont déroulées autrement : Jeff Thomas n’a jamais obtenu de transfert vers l’Université de l’Illinois, Mark Richt a été congédié et Manny Diaz l’a remplacé. Ce dernier a pris contact avec Thomas et l’a invité à revenir avec les Hurricanes. Toutefois, ce retour ne s’est pas fait sans une régression de la production offensive de ce dernier. Thomas est passé du meneur de l’équipe pour les verges obtenues (563 verges), les attrapés (35), tout en inscrivant 3 touchés, en 2018, à une discrète production de 379 verges et trois touchés en 10 rencontres disputées en 2019. Lors de son passage de deux saisons avec les Hurricanes, Jeff Thomas a récolté 1316 verges, 83 attrapés et 8 touchés – une moyenne de 22.6 verges pour les retours de bottés d’envoi, 18.6 verges pour les bottés de dégagement.

Si les habiletés (une rapidité exceptionnelle et une force de préhension hors du commun) de Jeff Thomas n’ont aucunement été affectées par ces inconduites, sa baisse de production a inquiété la plupart des dépisteurs de la NFL qui ne croyaient pas judicieux de dépenser un choix de repêchage pour s’assurer ses services.  Les Patriots, eux qui ont l’habitude de tenter leur chance avec les esprits troublés au grand talent, n’ont pas hésité à en faire un projet pour le camp d’entraînement 2020. Connaissant la façon dont Bill Belichick valorise particulièrement le travail des unités spéciales, il est certain que les aptitudes de Jeff Thomas à titre de retourneur de botté ont piqué sa curiosité. De plus, la vitesse déchaînée et les mains de Thomas peuvent en faire un receveur de premier plan dans la NFL, s’il parvient à raffiner ses tracés, à canaliser la force explosive de ses chevilles dans cet aspect essentiel de la position de receveur de passes.

La question est de savoir si Jeff Thomas pourra s’acclimater durablement à l’environnement de la Patriot Way, qui repose sur le sacrifice, le dévouement, la résilience, l’humilité et la force mentale, que Belichick définit lui-même comme «la capacité de faire passer les intérêts de l’équipe avant les siens, surtout quand cela demande de renoncer à la lumière des projecteurs». Une chose est certaine, si Thomas adhère entièrement à la philosophie des Patriots, peu d’organisation lui offriront le cadeau le plus inestimable qui soit dans la NFL : la possibilité de se transformer en la meilleure version de lui-même, un joueur capable de se développer à la pleine mesure de son talent. Dans le cas de Jeff Thomas cela signifie devenir l’un des meilleurs receveurs de sa profession.

Tout cela, bien sûr, est conditionnel à la manière dont Thomas se comportera chez les Patriots et à la qualité des efforts qu’il déploiera pour se tailler une place au sein de l’équipe. Mentionnons aussi que pour Cam Newton, encadrer le développement d'une recrue comme Jeff Thomas représente une occasion unique de prouver sa valeur de leader auprès de sa nouvelle équipe.