Le moins que l'on puisse dire est que les Patriots ont disputé leur meilleur match de la saison, hier soir face aux Ravens de Baltimore à Foxborough. Et c’est bien cela le problème. Offensivement, leur production offensive repose largement sur le jeu au sol et ils peinent à développer un jeu aérien digne des rangs professionnels. Encore hier, n’eût été Damien Harris, qui ressemble de plus en plus au porteur de ballon du Crimson Tide, les Patriots auraient fort probablement subi une 6e défaite, pour se diriger vers le post-mortem prématuré de leur saison. 

Contre toute attente, ils sont tout de même parvenus à infliger un revers à l’une des puissances reconnues de l’AFC dans des conditions météorologiques qui avantageaient le jeu au sol redoutable des Ravens porté par Lamar Jackson, de Mark Ingram, JK Dobbins et Gus Edwards. En grande partie parce que Bill Belichick le stratège s’est imposé à nouveau comme un X-Factor. L'entraineur-chef des Pats est revenu à sa méthode la plus efficace, la plus létale : tendre des pièges à l’adversaire, le transformer progressivement en son pire ennemi, tout en le surpassant par une exécution irréprochable des fondamentaux du football. : dominer la ligue de mêlée, achever les plaqués. Retourner à la base des enseignements de Vince Lombardi sur sa vieille ardoise dans les sous-sols du Lambeau Field. C’est ainsi qu’on surmonte un manque de talent important. Ceux qui le croyaient dépassé ont été rappelés à l’ordre hier soir.

Toutes les analyses produites au courant de la semaine affirmaient que les Patriots ne possédaient pas un noyau de linebackers  intérieurs suffisamment rapide pour contenir la puissance pédestre des Ravens. Et pour des raisons qui échappent à l’entendement, John Harbaugh a privilégié l’approche du jeu aérien contre la Nouvelle-Angleterre, alors que la tertiaire des Pats représente le seul véritable point de force de l’équipe à ce stade-ci de la saison. À ce titre, il faut dire que les Ravens sont tombés dans le panneau de Bill Belichick qui, dans sa préparation hebdomadaire, voulait s’assurer d’affronter Lamar Jackson le passeur – et non le MVP porteur de ballon hybride qui a exposé les lacunes du Boogeyman la saison dernière en plein Sunday Night Football.

Cette fois, les Patriots sont sortis vainqueurs de cette rencontre parce qu’ils sont parvenus à dicter le déroulement de la rencontre grâce aux courses énergiques de Cam Newton et de Damien Harris, alors que les Ravens représentent pourtant la 7e meilleure brigade défensive contre le jeu au sol en 2020, même après cette défaite. Cela dit, malgré une amélioration significative de Cam Newton à titre de passeur, cette progression encourageante ne se traduit pas par une production dans la zone payante. À preuve, le recours à une passe profonde du receveur Jakobi Meyers (un ancien quart-arrière du high-school converti en receveur à l’université de North Carolina) dans un jeu truqué qui s’est conclu par un touché de Rex Burkhead au deuxième quart.

Le recours au jeu truqué représente une tendance malheureuse des Pats cette année : combler les lacunes de passeur de Cam Newton quand il déborde de la pochette et créer ainsi des ouvertures pour les receveurs par effet de surprise. Nul besoin de vous dire qu’une telle approche ne peut survivre longtemps dans la NFL. Jakobi Meyers ne pourra pas toujours s’improviser quart-arrière – et si les défensives adverses parviennent à neutraliser les courses de Cam Newton, les Pats redeviendront aussi prévisibles et inefficaces qu’avant le match d’hier, car Bill Belichick et Josh McDaniels n'ont certainement  pas réinventé la roue hier soir. Au contraire, nous avons presque eu droit à un plan offensif plutôt archaïque, digne du Ice Bowl de 1967. 

Toutes les équipes qui ont attentivement disséqué les enregistrements vidéo des Patriots cette année ne tomberont pas de leurs chaises en étudiant les tapes du match contre Baltimore. C’est à se demander si les Ravens étaient tout simplement mal préparés après s’être attendus à une promenade dans le parc contre une équipe qui a eu toutes les misères du monde à vaincre l’une des pires équipes de l’histoire de la NFL la semaine précédente.

Heureusement pour les Pats, le rendement de leurs deux prochains adversaires contre le jeu au sol est peu reluisant. Les Texans occupent le 28e (moyenne de 167.4 verges accordées par match) et les Cardinals et le 17e rang (moyenne de 120.2 verges accordées par match) à ce chapitre. Avec des plans de matchs étoffés et le repoussement des limites du cahier de jeux conçu pour Cam Newton par Josh McDaniels, les Patriots pourraient poursuivre leur séquence de victoires et entraver ainsi l’ascension des Dolphins de Miami dans le classement de l’AFC East.

En prévision du match de dimanche dernier, on ne sait plus derrière qui se ranger : les misérables Texans ou les Patriots . Telle est la vie pour ceux qui s’efforcent de comprendre l’édition 2020 des Patriots. Si nous ne sommes pas tant surpris d’une victoire contre les Ravens, un revers contre les Texans s’inscrirait tout de même dans l’ordre des choses – la conduite d’une équipe, hélas, capable du meilleur comme du pire. Pour leurs détracteurs, c’est embêtant. Les Pats sont sympathiques à nouveau parce que relativement inoffensifs. Ils étaient les underdogs à domicile pour la première fois depuis le 18 novembre 2001 face au Greatest Show on Turf, les Rams de St-Louis.

Les choses ont bien changé, mais les plus crédules sont convaincus du contraire. Une semaine après avoir perdu toute chance de mettre la main sur Trevor Lawrence, ils croient que l’Histoire est sur le point de se répéter après la victoire d’hier. Et pour être honnête, on ne sait plus à qui donner raison, tellement le récit de cette saison se transforme au fil des dimanches.

Demeurons toutefois lucides et refroidissons les ardeurs des Foxborough Faithfuls : les Patriots n’ont plus de quart-arrière de franchise et leur priorité absolue est de trouver le prochain.