Les Patriots de la Nouvelle-Angleterre sont encore en vie, mais pour combien de temps, au juste? Dans une fin de match qui rappelle les meilleurs moments de la dynastie Belichick-Brady, ils sont parvenus à ravir une victoire avec 3 secondes restantes au compteur, grâce à la jambe de leur botteur Nick Folk. Il manque toutefois un élément ici qui ramènera tout le monde sur terre : les Pats affrontaient l’une des pires équipes de l’histoire de la NFL, les Jets de 2020, qui tombent à 0-9 pour la première fois de leur existence.  Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il s’agit d’une victoire gênante dans les circonstances.

Alors que les Jets sont en passe d’assurer leur avenir au poste de quart-arrière pour les deux prochaines décennies, les Patriots quant à eux n’ont aucun plan d’avenir à cette position. Ils sont en attente d’un miracle : la résurrection de Cam Newton, qui tarde de plus en plus à se produire. Encore hier, Newton a trébuché à deux reprises dans la zone payante, donnant la frousse aux partisans des Pats craignant de voir le cauchemar de Buffalo se reproduire à nouveau. Pour les Patriots de 2020, c’est le monde à l’envers. Alors qu’au cours des 20 dernières années, s’approcher de la zone des buts signifiait un touché imminent, aujourd’hui c’est plutôt les affres du fumble qui hantent les partisans.

Malgré un moment qui rappelait les jours du Cam Newton de 2015, en esquivant un sack assuré au quatrième quart, la victoire d’hier face aux Jets nous démontre, encore une fois, qu’il n’y a pas vraiment de progression observable chez le quart-arrière des Patriots. L’expérience ne porte pas les fruits escomptés et, malgré de brèves réjouissances, les Pats ne participeront vraisemblablement pas aux éliminatoires cette saison. De plus, ils risquent de conclure leur campagne avec un choix de repêchage au milieu du peloton qui ne leur permettra pas de mettre la main sur leur prochain quart-arrière de franchise.

Nonobstant le bas de salaire de Cam Newton, Bill Belichick a tout de même pris un risque considérable au poste de quart-arrière cette année, celui de sacrifier l’évaluation à long terme de Jarrett Stidham. Pire encore, une chance, aussi mince soit-elle, d’obtenir le meilleur quart-arrière jamais produit par les rangs universitaires américains en Trevor Lawrence.  Bien sûr, l'idée du tanking ne correspond pas à la culture des Patriots. Cette méthode est contraire à tous les principes de Bill Belichick, tant le GM que le coach. Or, au point où en étaient les Patriots à la moitié du quatrième quart hier, c’est-à-dire devant la forte possibilité de perdre contre les Jets de 2020, se peut-il que le rêve de Trevor Lawrence ait traversé l’esprit de Belichick l’espace de quelques secondes?

Si le rêve de Trevor Lawrence s’est dissipé, depuis hier soir, de l’esprit des partisans des Patriots, c’est pour laisser place au cauchemar de l’avenir des quarts-arrière dans la section Est de l’Américaine. Si Trevor Lawrence devient éligible pour le repêchage 2021 de la NFL, les rivaux de l’AFC East compteront sur les quarts-arrières suivants : Josh Allen (Bills), Tua Tagovailoa (Dolphins) et Trevor Lawrence (Jets). Pendant ce temps, les Patriots tâcheront de se trouver un  autre quart-arrière de transition sur le marché des joueurs autonomes – ou de rapatrier Jimmy Garoppolo par la voie d’une transaction. Avec les blessures qui s’accumulent, pour combien de temps les Patriots pourront-ils compter sur lui?

Pour dire les choses simplement, il s’agit d’une situation peu enviable pour les Patriots. Lentement, mais sûrement, ils sont en train de devenir une organisation médiocre, sans grande possibilité d’avenir, portée par une équipe de vétérans en fin de piste. Mais au moins, quand on possède son quart-arrière de franchise, il est plus facile de s’accommoder d’une reconstruction. Les Patriots doivent à présent se rebâtir sans quart-arrière, avec un manque sévère de talent et de jeunesse à pratiquement toutes les positions.

Pendant ce temps, si Trevor Lawrence répond aux attentes entretenues à son endroit, les Jets mettront fin à une disette de près de 50 ans à la position de quart-arrière, eux qui tentent de trouver l’héritier de Joe Namath depuis 1976. Pour Belichick , Robert Kraft et les partisans des Patriots, leur seul espoir réside dans le caractère profondément dysfonctionnel de l’organisation des Jets de New York - ou que Trevor Lawrence décide de disputer une saison supplémentaire à Clemson.

Or, les dernières nouvelles à ce sujet (Adam Schefter) confirmaient que Lawrence avaient l'intention de faire son entrée dans la NFL en 2021. Ce qui signifie qu'il deviendra la propriété des Jets.  Nombreux sont ceux qui considère cela comme une décision mal avisée de la part du quart-arrière prodigie. Compte tenu de l’état actuel de la franchise, tout porte à croire que même les Jets auraient pu saboter un talent générationnel comme celui de Patrick Mahomes.

Tout cela pour dire que les Patriots sont désormais impuissants face au destin de Trevor Lawrence dans la NFL. En 2020, ils ont troqué des prières de Super Bowl pour des vœux malfaisants envers leurs rivaux de division - ou des voeux pieux face aux intentions d'un jeune quart-arrière universitaire. Un peu comme Peyton Manning avec les Jets en 1998, alors qu'il avait refusé les avances Bill Parcells de joindre les rangs professionnel et ne pas disputé sa dernière saison avec les Volunteers du Tennessee. La Patriot Way pourra-t-elle survivre dans une telle situation? Rien n’est moins sûr.