Il le reconnaît.

 « La vie, je l’ai eu facile jusqu’à maintenant. » Sauf que….

 Discret, on sent que Pierre-Olivier Jacques n’est pas du genre à s’étaler. Toutefois, lorsqu’il s’ouvre et qu’il parle de course à pied, il devient un livre ouvert.

 Seulement 31 ans et déjà médecin de famille depuis 2015, il opère son bureau à Saint-Étienne-de-Lauzon non loin de Lévis, et pourtant natif de Shawinigan où son père André pratique le même métier. Facilité à l’école… exception faite de l’art dramatique ! Enfant unique, celui qui a vu le jour un 16 octobre réside dans une luxueuse maison en compagnie de Marilyn, infirmière dans un hôpital de Québec.

 Une erreur ou un hasard, voilà comment il explique son incursion dans le milieu de la course. Adepte du gymnase en 2003, il doit se rendre à Ottawa pour parfaire son anglais. Il ne peut accéder au gymnase à cet endroit et décide de compenser par la course à pied. À sa première sortie, il se tape un 10km, sans aucune préparation. Sac d’école et boîte à lunch dans la grosse chaleur, il court à tous les jours.

 

Pierre-Olivier a incité son père André également médecin à courir avec lui. Les deux ont pu se classer à Boston.

 

À son retour au Québec, il abandonne la course et revient au gymnase mais à l’automne 2007, il décide d’y revenir pour ne plus jamais la délaisser. Il ne court pas l’hiver mais brisera la glace en 2013. À sa dernière journée de cégep, il quitte Trois-Rivières pour se rendre à la maison paternelle à Shawinigan, une distance de 43 km. Il vient de goûter sans vraiment le savoir à la distance d’un marathon.

 Quelques jours plus tard, il décide de quitter la maison à jeun pour courir 30km ! En 2010, il participe à l’ironman de Louisville au Kentucky et le termine en 13h53, sous une chaleur suffocante alors que 30% des participants abandonnent. Il se revoit encore vomir après avoir franchi le fil d’arrivée !

 En 2009, il courait de 5 à 6 fois par semaine pour des distances de 19 km à chaque sortie. Ce cheminement rocambolesque incitera son père à s’initier à ce sport. À la fête des pères de 2009, ils courent 10km et quelques semaines plus tard, ils s’embarquent pour le demi de Québec. L’année suivante, Pierre-Olivier court son 2e marathon en compagnie de son père qui obtient même un droit de passage pour Boston ! « Il pourra toujours se vanter qu’il a réussi à faire Boston avant moi ! » Aujourd’hui, André totalise une quarantaine de marathons.

 

Le jeune couple désire avoir un enfant. Forcément, Pierre-Olivier devra ajuster son horaire.

 

Ado, il avait rêvé qu’il était parti de chez-lui pour se rendre au New Jersey en ski de fond ! En 2011, il le concrétise mais en courant. Il quitte Shawinigan avec une poussette en direction de Wildwood, une distance de 1141km qu’il traversera en 28 jours. Il logeait dans des casernes de pompiers, chez des particuliers et parfois dans la tente qu’il traînait.

 En 2011, il se classe pour Boston avec son meilleur temps en carrière, 3h02. Or, 2013 marquera une explosion avec 18 marathons dans la même année. Lorsqu’il termine son dernier examen pour l’obtention de son doctorat, il quitte l’université Laval en courant à 16h30 et atteindra Shawinigan à 15h30 le lendemain après-midi, une distance de 162km !

 Savez-vous pourquoi il en enfile autant ? Des petites vacances pour relaxer dit-il mais surtout, les médailles le stimulent au plus haut point. En 2014, 13 marathons dont cinq en trois fins de semaine consécutives ! En 18 mois, il aura pris part à 31 marathons, couru une distance de 160km et une autre de 100km. Et là, il s’est produit quelque chose.

 

Réaliser un rêve complètement fou, c'est le cas de le dire, pas en ski de fond mais bien en courant !

 

« J’avais atteint la limite. Je ne ressentais plus aucun plaisir.»

 Obligé de prendre une pause, il ne restera pas longtemps inactif. Actuellement, il a amassé 105 marathons, 8 courses de 50km, quatre fois le 100km à Argenteuil, une course qui se fait habituellement à relais puis un ironman. Il admet combattre continuellement des blessures, une tendinite au talon d’Achille et une douleur à une hanche, deux malaises qui persistent et qui l’indisposent continuellement.

 Cette dépendance lui a déjà coûté deux compagnes et jusqu’à présent, Marilyn tolère bien la situation. D’ailleurs, le jeune couple rêve d’avoir un enfant, ce qui forcément, obligera Pierre-Olivier à prendre une pause.

 Les études démontrent que les répercussions à courir autant ne devraient pas être négatives. « Je ne connais pas l’avenir, peut-être que je vais le regretter un jour mais on verra. Je crois que certains êtres humains possèdent des prédispositions à courir autant. Toutefois, je pense que tout le monde peut arriver à franchir la distance marathon au moins une fois dans sa vie. »

 

Pierre-Olivier Jacques, toute une machine !

 

Au cours des prochaines années, P.O. ciblera ses marathons. « Je vais les sélectionner, choisir des endroits plus intéressants comme Dubaï et Madrid que je vais vivre l’an prochain ou les majeurs éventuellement. »

 Son désir de pouvoir accompagner son enfant dans la course à pied commence à le préoccuper, Il sait qu’il ne doit pas se brûler d’ici là.

 Ses fameuses médailles, il les accroche dans d’immenses cadres fabriqués à l’extérieur du pays qui en contiennent 50 chacun. Or, lorsqu’il me les a montrés, ils étaient remplis. Et il déteste en voir un qui n’est pas complet.

 Il se retrouve vraiment dans un cercle vicieux .