Bonjour chers fans de Canadien,

Voici mon analyse de la situation de Canadien et des pistes de solution. Oui je dis Canadien et non le Canadien, ça me diverti plus. C’est personnel.

Commençons par le constat. Les fans et journalistes de Montréal veulent le bébé sans la grossesse. Et c’était aussi un peu la vision des anciennes administrations du Canadien. Le « patchage » était très à la mode. Pourquoi? Parce que Canadien doit toujours gagner voyons. 24 coupes Stanley, ici faut gagner. On regarde ailleurs puis on aimerait avoir leur équipe, comme on regarde des gens sur Instagram avec leur nouveau bébé, puis on se dit un instant que ça l’air tellement beau et facile ailleurs. On voit des belles photos de grossesses, du shower, etc. Mais on voit le produit fini. Pas le processus.

Mettons cependant les choses en perspective. Relativisons un petit peu aujourd’hui. Ça va nous faire du bien. Parce que dans la vie, tout est relatif.

Disette du Canadien, en est-elle vraiment une?

La dernière victoire de la coupe du CH remonte à 27 ans. À cette époque, la ligue comptait 24 équipes. Dans deux saisons, elle en comptera 32. Disons qu’en moyenne, pour l’exercice, la ligue en compte 30. En parité parfaite, Montréal devrait gagner chaque 30 ans. Donc en théorie, Canadien n’est même pas en retard sur son cycle. Mais je comprends que ce cycle n’est pas un but, ni un indice de performance, mais disons que ce n’est pas dramatique non plus.

Ajoutons un autre élément. Depuis 1993, la ligue a compté dans ses rangs plusieurs équipes puissantes. 6 équipes ont gagné plus d’une coupe Stanley ; Detroit, New Jersey, Colorado, Chicago, Pittsburgh et Los Angeles. En 26 coupes distribuées (lockout en 2005), 18 ont été partagées parmi ces six clubs. On fait un calcul rapide, il en reste 8, divisées en 24 clubs. Donc 1 équipe sur trois restantes a gagné. Ouf, Canadien est dans le deux tiers des équipes qui ont pas gagné, maudite affaire hein. Ou si vous voulez, il fait partir des 16 équipes à ne pas avoir gagné. Depuis le lockout, LA-CHI-PIT en ont gagné 8 en 14 ans. Vite comme ça, ça en laisse 6 pour…. 27 équipes. J’imagine que c’est la panique dans les 21 autres villes aussi.

Je ne dis pas que ça doit être le standard, mais nous sommes encore loin des disettes des Red Sox (86 ans) et des Cubs (108 ans) au baseball. Ou même du Toronto au hockey (rien depuis 1967).

Depuis 2005, la ligue a changé. Tout, du plafond salarial, aux règlements instaurés, la vitesse du jeu et le développement des joueurs. On est ailleurs. Et on oublie souvent que pendant les succès anciens de Canadien, les règles du repêchage étaient aussi différentes. Avoir le droit de regard sur le meilleur québécois disponible aidait disons. Surtout dans une époque où le hockey québécois produisaient son lot de joueurs d’impact. Alors comment Canadien doit s’actualiser, comment faire face aux défis du marché Montréalais? Est-ce que l’équipe doit mieux éduquer sa base partisane? Ou doit-elle être claire dans son plan et le communiquer?

Décortiquons ce que Canadien a fait, ce que les partisans et journalistes attendent, et faisons un constant rationnel.

Marc Bergevin a fait vibrer l’écosystème hockey montréalais avec son « reset ». En gros, son plan, bâtir une équipe autour de vétérans établies, autour d’un lot de jeunes joueurs en progression, et par le repêchage et le développement de ses prospects. On lui reprochait de ne pas avoir utilisé le mot reconstruction, de ne pas être franc, de vouloir caché ce mot parce qu’il en avait peur. Une saison et demi après, était-ce vraiment un reset ou un reconstruction? Et comment fait-il par rapport à son plan. Notez ici que je ne suis pas défendeur de Bergevin, cependant, il faut aussi prendre en considération la complexité du marché. Nous allons commencer notre analyse du travail de Canadien a partir de ce moment, parce que soyons honnête, malgré le fait que les résultats n’aient pas été nécessairement satisfaisants, il est faux de dire que le CH était mauvais entre 2012 et 2018. Voici ses résultats :

2012-2013 : premier rang dans la division, défaite en première ronde, blessure de Carey Price en série

2013-2014 : défaite en finale d’association, blessure de Carey Price en série

2014-2015 : premier rang dans la division, défaite en deuxième ronde

2015-2016 : saison catastrophe, blessure de Carey Price après une fiche de 10-2 à ses 12 premiers matchs.

2016-2017 : premier rang dans la division, défaite en première ronde.

2017-2018 : saison catastrophe pour tout le monde, point.

Constat, dans ce fameux plan de 5-6 ans, Canadien a décroché 3 fois la première place de sa division, a fait les séries 4 fois, et 4 fois le sort de la saison a été intimement lié avec la santé de Carey Price.

Où je veux en venir, le mot reconstruction est un peu impossible quand un Carey Price est dans votre équipe, du moins s’il est en santé. On parle souvent de joueur de concession. Dans ce contexte, il l’est, et peut même avoir son impact à l’inverse, dans le sens où, si vous comptez sur Price, il est très difficile de perdre toute l’année. Donc on a opté pour le « reset ». Force est d’admettre que Canadien suit son plan. Il a accumulé beaucoup de choix au repêchage, n’a pas dépensé pour de l’aide à court terme, et on laisse de plus en plus de place aux jeunes. On essaie de les entourer de gars avec beaucoup de leadership. Mais pourquoi c’est si dure de dire reconstruction, les Rangers l’ont fait non? Oui ils l’ont dit… l’ont-ils fait? En partie. Ils ont liquidés plusieurs actifs. Mais rapidement, ils ont échangé des jeunes et choix pour un défenseur qu’ils ont couvert d’or et donné un énorme contrat à un joueur autonome convoité. Ce sont les bases d’une reconstruction?  On aime mieux quelqu’un qui dit ce qu’on veut pas entendre et le fait, ou quelqu’un qui dit ce qu’on voudrait entendre et le fait pas?

Ce n’est pas d’hier que Montréal met beaucoup de poids sur le gardien. Je n’ai pas à nommer ceux avant lui. Mais jamais il n’en a été autant victime. Je m’explique.

Depuis deux décennies, Canadien a toujours eu un club moyen. Le résultat d’une saison était pas mal toujours lié à la performance du gardien. Que ce soit Théodore, Huet, Halak ou Price. Les années où Canadien aurait pu être mauvais, le gardien gonfle la fiche, fini dans le peloton ou mieux, et les choix demeurent loin au repêchage. Canadien était plus ou moins toujours compétitif, ce qui justifiait facilement le patchage. Avec un bon gardien tu sais jamais hein! Les années où Canadien aurait dû se reconstruire, Price a sorti ses meilleurs saisons.

Quel modèle suivre?

Alors comment tu améliores ton équipe, qui est moyenne avec un super gardien, tout en repêchant loin. Comment devenir Tampa Bay, maudit qu’ils ont bons eux, maudit qu’ils développent bien. J’ai analysé en partie comment il avait grimpé, est-ce réaliste pour Canadien d’emprunter la même voie?

Entre 2009 et 2013, ils ont repêché 5 fois dans le top 10, donc 3 top 3.  Une année il avait même 2 choix de première ronde. L’année qu’ils n’étaient pas dans le top 10, ils ont repêché Kucherov en 2e ronde (et je suis sûr qu’il l’aurait pris à la place de Namestnikov s’ils savaient qu’ils allaient faire 128 points un jour). Ce concept est pas mal le même utilisé par Chicago, Pittsburgh et plus récemment par Toronto et Colorado.  6 ans plus tard, ils sont dominants dans le ligue, avec raison non?

Or, entre 2012 et 2016, Canadien a repêché aux 3e - 25e - 26e - 26e - 9e- 25e rangs. On est sensé avec les mêmes résultats qu’eux en ce moment?

Pourtant, on a un constant négatif de ces saisons-là, en ayant les résultats cités ci-haut. Quand tu repêches aussi loin, c’est que tu as de bonnes saisons. Imaginez si il avait fallait vivre avec le fait que Canadien finisse successivement 29e – 25e – 8e – 21e – 28e au classement (ça c'est Tampa Bay). Pittsburgh a gagné comme ça, Chicago aussi, Washington. Ajoutons qu’ils ont tous un premier choix total ou plus dans leur équipe. Ajouté à ça plusieurs top 3.

Vous voyez quand je dis qu’on veut le bébé sans grossesse. Ce n’est pas garant de succès non plus. Nous avons qu’à regarder Buffalo et Edmonton, qui ont pris cette avenue et qui ne s’en sont toujours pas sortis. Ces deux équipes ont par contre usé de stratégies pour couper les coins ronds pour avoir des résultats plus rapidement, ce qui n’a pas marché. D’affreuses transactions ont mené au fiasco respectif. Griffin Reinhart contre des choix de première et deuxième rondes vient en tête de liste, notamment.

Alors quelle avenue est disponible pour Canadien, dans un marché où il faut toujours un brin soit peu être compétitif? Prenons l’exemple de St. Louis, récent gagnant. Et nous allons prendre des éléments, mais peut-être pas ceux que vous pensiez. On a souvent tendance à vouloir recopier le modèle sur la glace des récents vainqueurs, Pittsburgh et son offensive ou St. Louis pour leur grosseur. Est-ce vraiment la grosseur de St. Louis qui les a fait gagner? En partie. Est-ce leur échange pour O’Reilly l’été d’avant? En partie aussi. Au lieu d’analyser l’identité du club sur la patinoire, analysons comment ils gèrent leur effectif. Comme l’avenue de Tampa Bay, Penguins, Blackhawks et Capitals est impossible à reproduire à Montréal, prenons exemple sur St. Louis.

Premièrement, ça faisait déjà plusieurs années que St. Louis avait une équipe mature. Leur principal problème? Le gardien. Un peu à l’inverse du Canadien, St. Louis avait toujours un bon club, mais pas un bon gardien, ce qui les empêchait de gagner en séries, mais ce qui les gardait toujours au milieu de peloton au repêchage, comme Canadien. Après des essaies ratées avec Halak, Ryan Miller, Martin Brodeur (et oui on l’oublie) et Brian Elliott, ils ont même échangé un future nommé au Vézina, imaginez, les Blues ont décidé de faire confiance à Jake Allen, un gardien moyen, ce qui a fait en sorte que St. Louis faisait du surplace. Ce problème en était un gros. Parce que même avec l’échange pour O’Reilly, le début de saison des Blues était plutôt décevant l’année dernière. À Noël, on disait que Buffalo avait fait tout un coup, obtenant un choix de première ronde des Blues qui allait être tôt. Finalement, il a été le dernier du tour. Parce qu’un certain Binnington est entré en scène. Malgré le début de saison difficile, les joueurs continuaient d’y croire parce qu’ils étaient en fait à un élément d’être champion, quand on y pense.

Deuxièmement, selon l’analyse que j’en fait, St. Louis a gagné grâce à l’équilibre de sa formation, le développement des jeunes au courant de la saison et un brigade défensive solide et efficace, mais sans flafla. Et bien sûr, le gardien. Exemple, Thomas et Blais ont commencé la saison sur la 4e ligne et tout au long de l’année, ils ont eu de plus en plus de responsabilités et d’impact, les deux finissant sur la première ligne avec O’Reilly en finale. Pas banale. En somme, prendre une équipe mature, ajouté un bon gardien et des jeunes et un centre comme O’Reilly, top 3 Selke, ça aide disons à gagner. La photo de l’alignement au début de la saison est rarement la même qu’à la fin. L’évolution au cours d’une saison est très importante.

Le troisièmement est important ici, en fait, c’est ce que Canadien doit tenté de recréer. La force des Blues dans les dernières années? Sa gestion d’actif. En 2017, en pleine course pour les séries, à la date limite, St. Louis échange Shattenkirk qui allait devenir agent libre à la fin de la saison. St. Louis rate les séries. Le premier choix acquis est utilisé dans la transaction de Schenn. En 2018, toujours en pleine course aux séries, St. Louis échange Stastny. Les Blues obtiennent encore un choix de premier tour, qui après transaction pour s’avancer devient Book, un prospect intéressant. Malgré le fait que les séries étaient toujours à porter, le rentabilité des effectifs a toujours été plus importante. La valeur est une notion aussi très relative. C’est d’autant plus vrai pour une équipe sportive. Plus tu as d’actif, donc plus tu as de prospects, de choix au repêchage, l’impact d’une transaction dans laquelle une équipe dépense en actif sera amoindri. Prenons l’échange de Tatar de Détroit à Vegas. Le prix que Vegas a payé peut sembler beaucoup, mais pour eux à ce moment, l’était-ce? Grâce au repêchage d’expansion, ils ont pu extirpé plusieurs prospects et choix des autres équipes qui ne voulait pas perdre certains joueurs. Avouez qu’il est plus facile de transiger des choix quand tu viens de repêcher trois fois en première ronde l’année précédente. Les Bruins ont utilisé un peu la même façon de faire en 2015 lorsqu’ils ont obtenu des choix de première ronde pour Lucic (2 en fait, après avoir flippé Jones) qu’ils allaient perdre l’été d’après. Ils ont repêché 3 fois de suite en milieu de première ronde.  

Montréal est condamné à gagner quasi chaque année, du moins être compétitif, parce que sinon l’intérêt envers le club diminue considérablement. Nous ne sommes malheureusement pas fans de hockey, nous sommes fans de Canadiens. La reconstruction complète n’est pas envisageable, du moins pour le moment, l’attraction des agents libres est difficile. Petite mise au point, permettez-moi de diviser le blâme pour ce dernier élément, oui la culture de Canadien n’est peut-être plus ce qu’elle était, mais les médias ont aussi un énorme rôle à jouer là-dedans. Souvent ceux-ci s’en lavent les mains, mais d’avoir un micro et se faire pointer chaque erreur n’est pas coutume partout dans la ligue, comprenons que ce n’est pas fait pour tous les joueurs, ajoutons à ça le cynisme de certains d’entre-eux, le cocktail est difficile à gérer.

Canadien doit donc constamment se renouveler, et ça passera par la gestion des actifs de l’équipe. Bonne nouvelle, si Bergevin fait quelque chose de bien, c’est ça. Difficile de trouver une transaction où il a perdu au change, et encore moins où il a trop dépensé. Il est avar dans les derniers temps, et c’est tant mieux. Qu’il garde son travail ou non, c’est le plus beau cadeau qu’il peut faire pour le moment. Les solutions impulsives pour succès immédiat ne sont plus d’actualité, Canadien l’a trop longtemps fait. Parce qu’effectivement, le succès passera par le renouvellement constant de l’effectif de l’organisation. Et quand Canadien sera proche, Marc, s’il est toujours en poste, a déjà prouvé qu’il fera le geste nécessaire pour donner une chance à Canadien de pousser plus loin.

Plusieurs joueurs de grand talent seront disponibles au prochain repêchage à Montréal. Qu'il soit dans la course ou non, Canadien doit faire comme les Blues en 2017 et 2018 à la date limite, rentabiliser chaque actif à sa plus grande valeur, que tu sois dans la course ou non.