En 1940 paraissait le chef d’œuvre d’Ernest Hemingway nous racontant l’histoire d’un pont en Castille qui devait absolument exploser.  Quelques 78 années plus tard, à Montréal, c’est la chaise du directeur général du Canadien qui doit sauter.

En cette ère de mondialisation et de droite économique, il est difficile pour le citoyen québécois très moyen de survivre aux dépenses de sa semaine de larbin tout en se gardant un budget à dépenser dans la section « petits plaisirs ».  Si nous étions tous riches, le champagne coulerait à flot, les voitures de luxes pollueraient allègrement les rues de Montréal et les loges du Centre Bell sonneraient toujours engagées.  Malheureusement, il nous faut faire des choix lorsque vient le temps de sacrifier nos rares deniers à quelque activité servant à nous faire oublier éphémèrement les misères du traintrain quotidien.

Or soyez honnête, vous, amateurs de hockey et plus particulièrement de la Sainte Flanelle : le montant d’argent que vous avez dépensé pour le Canadien cette année (bières aux bars diffusant les matchs, émissions câblées, produits de concession, billets au Centre Bell et hot-doyes, etc.) est-il supérieur, égal ou… critobal(Huet)-ment moins élevé que celui de l’an dernier?

C’est bien ce que je pensais.  Moi aussi, d’ailleurs…

On aura beau nous vendre que le Canadien de Montréal est synonyme de courage, de tradition et d’identité nationale, il reste que c’est d’abord et avant tout une entreprise commerciale des mieux rodées qui soit.   Alors voilà : aucune organisation marchande digne de ce nom ne peut se permettre de garder en poste un directeur général qui met en péril l’entrée d’argent.

Marc Bergevin est-il le seul responsable des déboires du Canadien?  Certainement pas, mais il en est quand même le grand artisan.  Les années de mauvais repêchage, l’échange controversé de Subban, la non-signature des Radulov et des Markov et plus récemment encore son incapacité à vendre Max Pacioretty (alors que des Rick Nash pourtant moins alléchants se sont vendus à très bon prix!) auront eu raison des derniers soupçons de crédibilité que possédait l’homme de confiance de Geoff Molson.  Ajoutez à cela qu’en revanche, il n’a que peu de bons coups à souligner dans son bulletin et vous avez un directeur général au bord du précipice. Personne ne pourra reprocher à Bergevin de ne pas avoir essayé, au moins un petit peu, mais il est à mon avis grand temps pour lui de quitter le navire, avant de le couler lui-même et à tout jamais, laissant une tache indélébile sur son CV jusqu’ici impeccable.

La vie de directeur général est bien cruelle vous savez : parlez-en à Ron Francis qui était pourtant adulé de tous à l’époque où il n’était qu’un simple joueur.  Mais il y a longtemps, un vieux chef indien m’a dit une phrase très inspirante: « Dans une entreprise, plus tu montes en grade, plus tu te rapproches de la porte. »

Le Canadien se remettra certainement de sa descente aux enfers de cette année, mais ce ne sera pas sous l’égide de Bergevin.  Il est toujours impressionnant de voir comment une équipe peut rebondir lorsque l’on change l’entraineur, mais sur le long terme, un changement de directeur général est encore plus profitable.

Après tout, Marc Bergevin n’est pas LE CANADIEN; seulement qu’une petite partie… mais  une petite partie qui affaibli tout l’ensemble depuis quelques années. Et ça, Geoff Molson ne peut plus l’ignorer.  Et Bergevin lui-même doit le savoir…

Vous ne me croyez pas?  Relisons ensemble les célèbres paroles du poète : « Nul homme n’est une île, un tout en soi; chaque homme est partie du continent, partie du large ; […] Aussi n’envoie jamais demander pour qui sonne le glas : il sonne pour toi. »

 

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