« Grâce à lui, j’ai finalement compris qu’il devenait important de vivre chaque jour comme s’il s’agissait du dernier ».

 Luc Lafortune m’écrit, encore ébranlé. Son ami, Denis Jeannotte a perdu son combat contre le cancer il y a quelques semaines à peine. J’ignore les raisons, mais il fallait que j’en parle. J’ai vu passer cette nouvelle. Je ne le connaissais pas, je n’en avais jamais entendu parler mais j’ai senti que je devais lui rendre hommage.

 Pourtant, Denis est un type des plus ordinaires. Sa sœur Hélène le décrit admirablement bien. « Je le revois avec sa culotte rouge,  longue, trouée et son short par-dessus, beau temps, mauvais temps, été comme hiver, même en montagne dans les Laurentides ou pour se rendre au travail. Je me rappelle de ces nombreux moments où il devait mettre de la glace sur ses jambes, sur ses pieds car il menait durement son corps. »

 

Denis a vécu le rêve de sa vie avec cette participation à Boston en avril 2017.

 

Denis vouait une grande admiration pour Terry Fox et Marcel Jobin, le fou en pyjama et leurs livres figuraient dans sa bibliothèque depuis les années 80. « Lors du marathon des Olympiques de Montréal, les coureurs défilaient devant la maison familiale. Nous les encouragions. Lorsque l’ultime coureur est passé un peu avant les policiers, Denis s’est mis à courir avec lui. C’était un Mexicain. Il l’a accompagné jusqu’à son entrée au stade. Denis était entier », poursuit sa sœur.

 Luc a croisé Denis pour la première fois lorsque ce dernier s’est acheté des souliers à la Maison de la course à Sainte-Thérèse. « Je lui ai vendu ses souliers pour Boston », signale fièrement Luc, que nous avons rencontré à Longueuil, sa ville natale. C’est d’ailleurs à cet endroit qu’en mai dernier, sachant qu’il souffrait d’un cancer des poumons, Denis a couru un dernier marathon ! Imaginez la puissance de cet homme !

 « Il était timide, peu d’amis, le genre de personne que tu t’attaches immédiatement, le gars que tu es heureux d’être à ses côtés. »

 

Luc Lafortune (à gauche) nous a raconté avec émotion les derniers moments vécus avec Denis.

 

D’ailleurs, Luc a vécu le marathon de Boston en sa compagnie en avril dernier. « Quelques jours avant, on avait repéré des taches sur ses poumons. Nous en avions parlé dans la chambre d’hôtel et il ne semblait pas inquiet outre mesure. Il disait que c’était peut-être suite à la période où jadis, il fumait. Or, quatre jours après Boston, il apprenait qu’il souffrait d’un cancer, phase 4 », raconte Luc.

 Denis a quand même enchaîné Longueuil en 3h30 ! « Je le revois encore dans le stationnement avant le départ, isolé en compagnie de son fils Nicolas, ce dernier qui paraissait très affligé par cette nouvelle. »

 Il avait accepté de suivre un traitement médical expérimental. Considérant son profil et sa bonne condition physique, les experts croyaient que le remède pouvait devenir efficace. Après des traitements de chimiothérapie, Denis a abandonné….pour la première fois de sa vie !

 

Le marathon de Longueuil l'an dernier fut la dernière course pour Denis. Sur cette photo, il venait d'apprendre depuis quelques jours qu'il souffrait d'un cancer. Quel courage !

 

« Il m’a écrit un message pour m’informer qu’il se rendait aux soins palliatifs. Tu sais, je perdais un gars de mon âge pour la première fois dans ma vie. Une semaine avant de mourir, il m’a dit qu’il avait accepté et que tout était terminé pour lui », se remémore Luc, tournant la tête de gauche à droite, nerveusement.

 Denis ne s’est jamais apitoyé sur son sort. Il croyait à la vie. « Quand je pense que pendant 15km, nous avons couru épaule à épaule à Boston ».

 À la maison Adélard Dion à Charlemagne, tôt un samedi matin, Luc l’a vu pour la dernière fois. « Il m’a dit : C’est peut-être la dernière fois qu’on se voit. Je le regardais se rendre aux toilettes avec une marchette et je me disais qu’il n’y a même pas un an, il courait un marathon ! Je n’en revenais pas. Je l’ai serré dans mes bras en lui disant que mes larmes, c’était parce qu’il représentait un vrai ami. » Denis est décédé dans la nuit de dimanche à lundi.

 

Voilà le cadre que les membres de la famille de Denis ont décidé de mettre près de l'urne.

 

Luc avait pris soin de lui remettre un cadre qui montrait les faits saillants de l’amitié entre eux. D’ailleurs, ce cadeau reposait tout près de l’urne au salon funéraire. « Tu sais, il a cru qu’il vaincrait ce cancer jusqu’à trois semaines avant son décès ».

 Hélène poursuit : « Il était le 3e gars de la famille, le plus aventureux mais gaffeur, un amoureux de la nature, de la pêche, du camping. Il avait étudié en administration. Il a travaillé comme chef d’équipe dans une buanderie commerciale puis est devenu gestionnaire à la buanderie de l’hôpital Sacré-Cœur. Plus tard, il acceptait le poste de responsable de l’entretien et de la salubrité avec 300 employés sous sa tutelle. Avant de prendre sa retraite, il a passé les cinq dernières années au CHSLD Le Cardinal à Pointe-aux-Trembles. Une personne intègre, travaillante, vaillante, le sens du devoir, de l’engagement, fiable, serviable, structurée et déterminée. Il prenait la vie au moment présent », a conclu sa sœur.

 Denis est né le 16 avril 1960 et le 16 avril prochain, Luc participera au marathon de Boston. « Je vais le courir avec une pensée pour Denis et je porterai sa photo en son honneur sur mon chandail. Et dire que nous l’avons fait ensemble il y a un an ! »

 

Luc participera au marathon de Boston le 16 avril prochain avec cette photo sur son chandail.

 

Luc Lafortune a repris goût à la course à pied en 2012. Père de deux filles, Alex, 24 ans et Marie-Catherine, 27 ans, il travaille en informatique et est l’oncle de Charles Lafortune. Sur une note plus joyeuse, il raconte que lors du temps des Fêtes, il déguisait Charles pour les sketchs de Noël. « Qui sait, je l’ai probablement inspiré pour sa carrière publique ! ».

 Voilà Denis, sans trop savoir pourquoi, j’ai rempli ma mission. Tu sais, je crois que nous avions des aspects similaires et je me demande si ce ne sont pas ces facettes qui m’ont attiré vers toi. J’aurais bien aimé te connaître. Il me semble que nous aurions été de bons amis.

Ton départ soudain me rappelle la fragilité de notre existence et l'importance d'apprécier chaque moment, particulièrement la présence des gens qui nous entourent.